Après s'être affrontés dans les Alpes, les favoris du Tour de France vont en découdre aujourd'hui et demain dans les Pyrénées. Deux étapes truffées de cols réputés à la sortie desquelles le nom du vainqueur de l'édition 99 sera probablement connu. Si tant est que Lance Armstrong, actuel maillot jaune, ait encore à craindre.

A entendre le discours de ses poursuivants, dont le premier, Abraham Olano, pointe à 7'43'', tout est encore possible. Autrement dit: en public, personne n'a encore renoncé. Mais dans le secret des salons feutrés des hôtels, dans le calme de la journée de repos, le sentiment que l'Américain est intouchable prend le dessus. On se contenterait déjà d'une place sur le podium. Actuel quatrième du classement général, Laurent Dufaux ne se berce pas d'illusions. A son avis, les deux premiers rangs sont réservés, sauf défaillances, à Lance Armstrong et Alex Zülle (3e). Les autres se battront pour la dernière marche du podium.

Le Temps: Les deux étapes des Pyrénées sont attendues comme le feu d'artifice sportif de ce Tour de France. Grimpeur réputé, quatrième du classement général, comment les abordez-vous?

Laurent Dufaux: Avec un bon moral. Habituellement, cette partie du Tour me convient mieux que les Alpes. D'ailleurs, j'y ai remporté ma seule victoire d'étape, en 1996 à Pampelune. Les tracés sont moins longs et les cols plus pentus. La course est plus nerveuse. Pour demain, ce n'est pas compliqué: les jambes décideront de tout. Je ne sais pas si je serai à la hauteur de la bagarre.

Lance Armstrong possède une solide avance. Avez-vous déjà pensé à des alliances pour le mettre en difficulté?

Bien sûr, mais ces unions dépendront du déroulement de la course. Elles se noueront pour autant qu'un coureur ne menace pas l'autre.

Vous ne chercherez donc pas à déloger le maillot jaune?

Il faut être réaliste. Lance Armstrong est devenu le patron. En plus d'une bonne avance, il dispose d'une équipe remarquable. Ce dernier point vaut aussi pour Alex Zülle, prédestiné à la seconde place à Paris. Je vise la troisième place. Mais je ne suis pas le seul: Fernando Escartin, Pavel Tonkov ou Abraham Olano, s'il ne concède pas trop de retard dans les Pyrénées, affichent ce même objectif.

A propos d'équipe, vous êtes le seul des favoris à ne pas être protégé. Est-ce que cela vous gêne?

C'est parfois difficile. Par exemple dans le col de la Croix-de-Fer, j'étais le seul Saeco dans le premier peloton, fort de quarante coureurs. Lorsque l'on vise le classement général, cette situation est dangereuse. Par bonheur, je n'ai pas connu de problèmes. Mais il y a aussi un avantage: je me contente de suivre. Le poids de la course repose sur les équipes plus présentes.

N'est-ce pas limiter vos ambitions?

Peut-être, mais le problème n'est pas simple. Avec Mario Cipollini, l'équipe gagne partout dans le monde et durant toute la saison. Il a besoin d'être emmené dans les sprints. La conséquence est que notre formation prend part à beaucoup d'épreuves. En arrivant sur le Tour, mes coéquipiers étaient tous épuisés. Certains totalisaient déjà plus de 80 jours de courses.

Cet isolement doit vous changer de l'équipe Festina, mobilisée pour le Tour et où tout était organisé, calculé.

Si l'on espère un résultat ici, il n'est pas possible de travailler autrement qu'avec un programme bien structuré comme c'était le cas chez Festina. La preuve en est donnée cette année par les formations US Postal et Banesto. De la même manière, il n'est pas possible de viser à la fois le Tour de France et le Giro. Regardez ce qui s'est passé chez Polti: il était prévu que Richard Virenque aide Ivan Gotti en Italie et que celui-ci lui renvoie l'ascenseur ici. Dans les faits, Gotti a gagné le Giro, mais il n'a pas donné un coup de pédale pour Virenque: il n'avait plus de ressources.

Vous venez de signer un nouveau contrat de deux ans avec l'équipe italienne. Votre position de leader sera-t-elle mieux considérée?

J'en ai parlé avec mon directeur sportif, qui m'a assuré un recrutement adéquat pour la saison prochaine. Mais il ne faut pas rêver, une partie de l'équipe sera toujours à la disposition de Mario Cipollini. Je ne remets pas en cause la structure de Saeco: elle est parfaite. D'ailleurs, au moment de renouveler mon contrat, je n'ai pas cherché à négocier.

Avez-vous le sentiment de réaliser votre meilleur Tour de France?

Pour l'instant, je suis content d'être à un rang que j'estime être le mien. C'est ma réponse sur le terrain aux problèmes de l'année dernière. Reste que la hiérarchie actuelle doit faire grincer beaucoup de dents. Quatre anciens Festina – Alex Zülle, Laurent Dufaux, Richard Virenque et Christophe Moreau – se classent actuellement dans les treize premiers. Une preuve que les valeurs ne changent pas. Ce n'est pas le dopage qui fait les champions.