Quelques minutes avant d'entrer sur les Champs-Elysées pour la parade finale du Tour de France 99, Laurent Dufaux pense à sa famille et aux moments de repos qui l'attendent. Les quelques critériums auxquels il participera – le Vaudois sera mardi au départ d'A Travers Lausanne – ne sont que détails, histoire de ne pas perdre le rythme. Détendu sous le soleil d'Arpajon, il commente sa course, parle du dopage et de ses sentiments une année après son exclusion.

Le Temps: Comment jugez-vous votre 4e rang final?

Laurent Dufaux: Si l'on m'avait proposé avant le début du Tour une place dans les cinq premiers, j'aurais tout de suite signé. Autant dire que je suis très satisfait. Toutefois, je ne peux pas dire que je suis surpris. J'avais clairement affiché mes ambitions avant le départ. Mais le plus important est ailleurs: j'ai démontré que je pouvais à nouveau participer à la bataille des meilleurs.

– Il y a trois semaines, certains vous voyaient remporter l'épreuve. Y avez-vous vraiment songé?

– On doit toujours espérer, car le destin réserve parfois des surprises. Au fond de moi, cependant, j'avais peu d'espoir. Mes sensations étaient bonnes, mais le manque de compétition ne me permettait pas de me situer par rapport à mes adversaires. Après les deux étapes alpestres, je ne me suis plus fait d'illusions. Lance Armstrong et Alex Zülle m'étaient supérieurs.

– Pensiez-vous qu'Armstrong survolerait ainsi la course?

– Je ne pensais pas qu'il serait aussi fort. Et je ne suis pas le seul. Mais ce Tour, il le voulait et il l'a préparé en conséquence. Avec toute son équipe. Pour moi, c'est la seule manière de remporter une épreuve de ce type. On peut encore ajouter que sa relative discrétion en début de saison lui a permis d'éviter la pression qui pèse habituellement sur les favoris.

– Vous, par contre, n'avez pas été beaucoup soutenu par votre équipe…

– Non, c'est vrai. Mais je ne pense pas que le contraire aurait changé beaucoup à la physionomie de la course. J'espère cependant que l'expérience servira l'année prochaine. Et qu'une partie de l'équipe sera à mon service.

– L'an dernier, vous aviez été exclu du Tour avec l'équipe Festina. Y avez-vous beaucoup pensé cette année?

– Oui, un peu. Même si j'ai la capacité d'oublier très vite, il reste quelques séquelles. Après les événements de l'an passé, j'ai réussi à faire le vide, à me concentrer sur l'avenir. J'ai travaillé beaucoup pour avoir une chance de prouver ma valeur réelle.

– Cela signifie-t-il que votre 4e rang à plus d'importance que celui décroché il y a trois ans?

– On ne peut pas comparer ces deux résultats.

– Comment avez-vous vécu le climat de doute qui a prévalu cette année?

– Sans trop de problèmes. Malgré les affaires, le Tour de France a connu un succès populaire incroyable. A l'exception de quelques banderoles, nous n'avons rencontré que de l'enthousiasme. Je pense que le public nous soutient parce qu'il a remarqué que l'on s'acharne sur le vélo. Finalement, il n'y a eu qu'une partie de la presse à l'origine de la suspicion. Certains journalistes sont venus sur le Tour pour chercher la petite bête et je trouve cela désolant. Tout le monde travaille dans le bon sens. Les tests sont toujours plus nombreux et sophistiqués. Les coureurs ne demandent que ça.

– Parlez-vous souvent de ce problème dans le peloton?

Plus vraiment. On évite ces discussions. A la longue, elles deviennent lassantes.