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L’image des e-sportifs tranche avec celle des athlètes traditionnels, mais ils intéressent de plus en plus les sponsors.
© Olivier Vogelang

Reportage

Lausanne apprend à parler e-sport

La première édition de l’International Gaming Show, ce week-end à Beaulieu, a montré que les compétitions de jeux vidéo intéressent bien au-delà du cercle des initiés. Organisateurs d’événements et grandes entreprises cherchent à apprivoiser les codes d’un secteur porteur

Ne pas se tromper de direction une fois arrivé à la fontaine de Beaulieu. D’un côté, les halles sud accueillent le Salon des métiers et de la formation, où les adultes apprennent aux ados le langage du monde du travail. De l’autre, les halles nord abritent la première édition de l’International Gaming Show (IGS). Là, ce sont les ados qui apprennent aux adultes le langage de l’e-sport.

Sur trois jours, cette convention a réuni plusieurs milliers de visiteurs autour de quatre tournois, de stars de la manette, de youtubers spécialisés et de stands thématiques. Tout l’univers des compétitions de jeux vidéo, en plein essor au niveau mondial. Une communauté de centaines de millions de joueurs. Un marché de près d’un milliard de francs. Des joueurs professionnels, des stades pleins, des fans déchaînés.

De l’énergie et un plaisir fou

«Quand, en tant qu’organisateur d’événements, on voit la finale mondiale du jeu League of Legends devant 40 000 spectateurs en Chine, cela donne des frissons, et des idées: pourquoi l’e-sport ne s’inviterait pas, ces prochaines années, au stade de la Tuilière ou à la nouvelle patinoire?» lance Pascal Duperret, de Grand Chelem Management, qui a mis sur pied l’IGS en attendant la construction des futures infrastructures lausannoises.

La cinquantaine curieuse, il s’occupe de développer de nouveaux projets pour la société vaudoise, qui chapeaute de nombreux événements sportifs plus traditionnels (tennis, basket, voile, golf). «Nous avons récemment lancé des rencontres d’arts martiaux mixtes (MMA), car leur potentiel est évident, reprend-il. L’e-sport, c’est pareil: on y perçoit beaucoup d’énergie. Nous avons un plaisir fou à nous y investir, même si au début, très honnêtement, c’était un peu du chinois.»

Il se passe quelque chose

L’aveu revient souvent d’un stand de la convention lausannoise à l’autre. Il y a les initiés – la petite vingtaine pour la plupart, majoritairement des hommes – venus rencontrer une star du milieu, suivre un tournoi précis ou découvrir quelque nouveauté technique ou ludique. Et puis il y a tous ceux qui ne comprennent pas grand-chose à ce qu’il se passe, mais qui comprennent très bien qu’il se passe quelque chose.

«Durant toute l’année, nous recherchons des sponsors pour des événements sportifs et ce n’est jamais facile, témoigne Pascal Duperret. Mais avec ce projet-là, nous avons reçu beaucoup d’écoute.» Au point de réussir à ficeler un budget de quelque 600 000 francs, et de signer un contrat de «naming» avec une grande assurance.

Lire aussi: «Le sport aura besoin de l’e-sport»

En Suisse, nous n’en sommes qu’aux frémissements du phénomène, mais j’ai la nette impression qu’il sera amené à croître

Béatrice Gass n’a que 28 ans mais elle avoue volontiers que l’e-sport la «dépasse un peu». Pourtant, cette responsable événementiel de La Bâloise a vite été séduite par l’idée de soutenir l’International Gaming Show. «Les grandes entreprises sont des vieilles dames; il faut savoir écouter le jeune public pour se renouveler. Quand on nous a contactés pour cette manifestation, j’ai sondé nos apprentis et nos stagiaires. Leur enthousiasme m’a convaincue. En Suisse, nous n’en sommes qu’aux frémissements du phénomène, mais j’ai la nette impression qu’il sera amené à croître.»

Même sentiment au Lausanne-Sport (qui a lancé sa section électronique en avril) ou chez UPC (qui a ouvert un site web dédié à la discipline), également présents à Beaulieu. Dernier-né des événements e-sportifs de l’Arc lémanique après PolyLAN à l’EPFL (déjà quinze ans d’existence) ou la Geneva Gaming Convention (qui a vécu sa deuxième édition en septembre), l’International Gaming Show de Lausanne tente de ratisser le plus large possible pour séduire au-delà de la communauté des joueurs.

Bornes d’arcade et consoles dernier cri

Des bornes d’arcade pour la nostalgie des anciens. Des consoles dernier cri pour tester des jeux récents. Un stand de prévention contre la cyberdépendance. Tout au fond, une scène avec 1200 places assises pour assister aux finales des tournois et aux différentes conférences. Les pros de Grand Chelem ont vu les choses en grand. Mais pour donner du sens au programme, ils s’en sont remis au nez d’un jeune homme de 24 ans.

Lire aussi: Le Lausanne-Sport ouvre une section sport électronique

Informaticien à la ville – «pardon pour le cliché…» –, Frédéric Boy est aussi président de la section e-sport du LS depuis que le club vaudois a recruté son équipe Qualitas Helvetica, et garant de la crédibilité e-sportive de l’IGS. «D’un côté, je voulais mettre en place des tournois de très haut niveau européen pour parler aux fans. De l’autre, il s’agissait d’approcher le grand public car nous sommes encore dans une phase où beaucoup de monde se demande ce qu’est l’e-sport, et il faut pouvoir répondre.»

Des structures à établir

Il le fait déjà au quotidien, souvent appelé à la rescousse par les médias qui cherchent à analyser le phénomène. «Ce qui est amusant, c’est qu’un coup, c’est la rubrique sportive qui m’appelle, puis la rubrique culturelle ou celle des nouvelles technologies… L’e-sport est à la croisée de beaucoup de chemins, il déstabilise les catégories existantes. A mon avis, d’ici une quinzaine d’années, il aura sa propre rubrique. Aujourd’hui, nous en sommes aux reportages sur le thème en général, c’est une étape. Si je vous détaille mon palmarès, cela ne vous parlera sans doute pas, mais petit à petit, les gens vont se familiariser avec tout cela.»

A Beaulieu, les parties se révèlent plus ou moins faciles à suivre en fonction des jeux. Les passionnés crochent devant le tournoi de Hearthstone mais les profanes se grattent la tête. Pascal Duperret, pourtant sensibilisé aux codes du milieu, avoue sa peine à saisir l’action d’une rencontre de League of Legends. Le principe de Retimed, qui fait l’objet d’une présentation sur la grande scène en présence du champion de Suisse, est par contre intégré en quelques secondes. Une ligue suisse de ce «shooter» (jeu de tir) fun et nerveux en deux dimensions pourrait voir le jour dès l’année prochaine.

Un milieu pas encore professionnalisé

Le champ de l’e-sport est encore en mutation, tout particulièrement en Suisse, où le milieu ne s’est pas encore professionnalisé. «Mais à terme, c’est clair que j’aimerais – comme beaucoup d’autres – travailler à 100% dans le domaine», reconnaît Frédéric Boy. C’est aussi en pensant à leur carrière que certains ados ont opté pour les halles nord et l’International Gaming Show, une fois arrivés à la fontaine de Beaulieu.

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