ENQUETE

Quand Lausanne drague le monde sportif

Qu'entreprend la cité vaudoise pour renforcer son statut de capitale olympique?

A l'entrée de la ville, sur les brochures des touristes... Partout s'étale le slogan: Lausanne, capitale olympique. Siège du Comité international olympique (CIO), la Ville a-t-elle vraiment orienté sa politique en faveur du sport international?

Le sport est l'un des quatre axes de développement de la ville de Lausanne. Ainsi en ont décidé les autorités communales. Au niveau local, cependant, l'implication de la Ville est comparable à ce qui se pratique dans le reste de la Suisse selon Patrice Iseli, chef du Service des sports. Interrogés, Philippe Guignard, ancien président du FC Lausanne-Sport, et Robert Lei-Ravello, président du Hockey Club de la ville, se disent très satisfaits de l'aide des politiques. Ils ne trouvent rien à redire au budget que Lausanne consacre à son statut de capitale olympique.

Car c'est essentiellement au niveau du sport international que Lausanne fait des efforts hors normes. Pour attirer les fédérations sportives, et pour organiser des championnats de grande envergure.

Pour draguer les instances sportives internationales, la Ville a fixé depuis huit ans des conditions-cadres alléchantes: le loyer offert durant les deux premières années, un allégement fiscal et un guichet unique destiné à faciliter toutes les démarches administratives. Une aide pratique est aussi offerte aux employés pour l'obtention d'un permis de travail, la recherche d'un logement, etc. Une «Maison du sport international» a également été inaugurée en juin de l'année passé. Son but: offrir des locaux à proximité du siège du CIO aux fédérations et organisations sportives qui souhaiteraient s'établir à Lausanne. Les trois bâtiments affichent déjà complet et la construction d'un quatrième immeuble est d'ores et déjà envisagée.

Depuis l'acquisition de son statut de capitale olympique en 1995, Lausanne accueille un nombre croissant d'organisations internationales. Une petite vingtaine de fédérations et 20 organisations sportives ont déjà établi leur siège dans la capitale vaudoise contre 16 dans le reste de la Suisse.

Mais Lausanne ne veut pas être qu'une capitale administrative. La cité souhaite également accueillir un maximum de grandes compétitions internationales. Pour cela, elle se dote de moyens extraordinaires. «On fait indiscutablement plus que les autres villes suisses pour attirer les manifestations sportives internationales», affirme Patrice Iseli. Dans son service, huit personnes ne s'occupent que de l'organisation des compétitions les plus importantes et un poste et demi est consacré au contact avec les fédérations internationales.

Mais quels sont les atouts de la ville? «Nous avons un savoir-faire reconnu en matière d'organisation de manifestations sportives puisque nous accueillons en moyenne un championnat du monde ou d'Europe par année» explique le chef du Service des sports. Une enveloppe alimentée par la Ville, le canton et la fédération est spécifiquement réservée aux compétitions de cette importance. Un crédit municipal de un million de francs est également destiné uniquement à la promotion du statut de capitale olympique.

Malgré tout, le budget de Lausanne demeure son point faible. «On reste une petite ville et on ne peut pas offrir les mêmes enveloppes que les grandes capitales, explique Marc Vuilleumier, conseiller communal chargé de la Sécurité publique et des sports. En plus, à l'étranger, c'est souvent le pays qui paie alors que dans notre cas, il s'agit surtout de la Ville et du canton. La Confédération n'aide pas beaucoup.» Des problèmes d'échelle, voilà le principal handicap de la Ville. Un parc hôtelier relativement restreint, pas de grand centre de congrès et pas vraiment de grand centre sportif non plus à part Malley mais qui est en glace huit mois par année.

Malgré tout, Lausanne parvient à accueillir bon nombre de manifestations: «En juin, nous organisons les Championnats du monde de kickboxing et l'an prochain les mondiaux de billard, se réjouit Marc Vuilleumier. En 2011, nous accueillerons aussi les Championnats d'Europe de gymnastique et Gymnaestrada qui compte entre 25000 et 30000 participants. Nous avons également quelques gros projets en chantier mais comme nous en sommes encore au stade des tractations financières, je ne peux pas en dire plus.»

Beaucoup d'argent, de lobbying pour attirer les sportifs mais dans quel but? Pour l'animation et le tourisme, répond Marc Vuilleumier. «Le sport est une source majeure de divertissement pour la ville et le Musée olympique est l'un des plus visités du pays.» Pour Patrice Iseli, c'est une question d'essence, voir d'identité: «Lausanne a beaucoup d'atouts. C'est une belle ville, une ville de culture... Mais il y a d'autres belles villes, par contre, il n'y a qu'une seule capitale olympique.»

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