Il régnait une drôle d’ambiance à la Vaudoise aréna ce mercredi matin, à l’occasion de la conférence de presse consécutive au rachat du Lausanne Hockey Club par un trio d’investisseurs.

C’était peut-être, en tant que journaliste, le fait de revoir pour la première fois depuis longtemps ces confrères avec lesquels on traîne d’ordinaire très régulièrement au gré des matchs et de l’actualité. Ou alors ces tables individuelles quadrillant l’immense espace «Capitale Olympique» pour respecter les règles de distanciation sociale. Et puis aussi la nature du message délivré par les responsables du club vaudois: résolument optimiste… s’il n’était ce contexte pandémique qui complique considérablement les affaires.

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La bonne nouvelle d’abord. Des mains de l’homme d’affaires américain Ken Stickney, le LHC est passé à celles de trois personnes, dont aucune ne détient une majorité des actions, qui semblent à ce stade faire l’unanimité. Il y a le financier tchéco-américain Zdenek Bakala, alias «Z», actif dans le domaine de l’immobilier et des médias; le russo-américain Gregory Finger, qui a fait fortune dans les technologies de l’information et du web; et enfin Petr Svoboda, ancien joueur de NHL et champion olympique en 1998 avec la République tchèque.

Pas de chiffres dévoilés

Ce dernier, futur «directeur des opérations hockey», s’est fait le porte-voix des nouveaux propriétaires, évoquant le «beau et difficile défi» qui les attendait et le «potentiel énorme» du LHC. Unique représentant du triumvirat ce mercredi matin à la Vaudoise aréna, il est par ailleurs le seul qui ne vit pas dans la région depuis longtemps. Zdenek Bakala habite le canton de Vaud depuis une dizaine d’années, Gregory Finger depuis près de vingt ans. «Gregory a d’abord été un client, via mes activités de notaire, puis il est devenu un ami et il a commencé à venir très régulièrement assister aux matchs, retrace Patrick de Preux, président du club vaudois depuis onze ans et confirmé dans sa fonction. Nous partageons souvent le même point de vue en matière de hockey sur glace. Je le connais bien, c’est un homme de valeur.»

Devant la presse, il n’a pas hésité à dire que «le Lausanne Hockey Club n’avait jamais été entre de meilleures mains» et que les nouveaux propriétaires n’étaient pas «des affairistes» venus faire de la spéculation, mais des passionnés désireux de porter un vrai projet au service de la communauté. «Ils s’investissent vraiment pour donner quelque chose à la région», lance Sacha Weibel, directeur général du club qui, lui aussi, conserve son poste.

Les nouveaux patrons du LHC s’appuient sur des moyens considérables. La seule fortune de Zdenek Bakala est évaluée entre 800 et 900 millions de francs. Mais leur intention n’est pas, nous dit-on, de faire du mécénat ou de signer un chèque pour boucher les trous en fin de saison. «Nous nous engageons à développer une entreprise solide, professionnelle et financièrement viable», souligne Petr Svoboda.

Les trois hommes ont toutefois déjà mis la main au porte-monnaie quand, en octobre, le Lausanne HC a dû dégoter 14 millions de francs en urgence pour faire face à un souci de liquidités (une situation alors révélée par l’équipe de Sport-Center). Et «sans eux, la situation financière actuelle serait encore plus compliquée», souffle Sacha Weibel. Mais impossible de connaître les montants en jeu, ni pour aider le club par le passé, ni pour le racheter aujourd’hui, ni pour le développer à l’avenir. «Les chiffres restent à l’interne», coupe Patrick de Preux.

MacTavish reste à la bande

Une chose est sûre. L’équilibre financier du club vaudois serait plus stable si le Covid-19 n’était pas passé par là. Le soulagement lié au renouvellement de l’actionnariat n’enlève rien à la complexité de la situation. L’exercice 2019-2020 a été interrompu après la saison régulière puis annulée comme si elle n’avait jamais existé. La suivante reste suspendue à l’évolution de la crise sanitaire et des mesures politiques adoptées pour y faire face. «Nous en sommes à établir différents budgets en fonction des scenarii possibles, reprend le président. Je veux être optimiste: si les Suisses continuent de bien se comporter, les choses s’amélioreront petit à petit.»

Jusqu’à permettre au championnat de démarrer comme prévu, dans des patinoires pleines, dès la mi-septembre? On l’espère du côté du LHC. Car «ce ne sont pas les prêts proposés par la Confédération qui vont nous aider à ce stade», regrette Patrick de Preux, qui a vu «un effet d’annonce» dans l’aide promise au sport suisse le 13 mai dernier. Les conditions d’attribution «ne sont pas acceptables», déplore Sacha Weibel, en appelant les autorités politiques à mieux écouter les besoins du secteur sportif.

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Dans ce contexte particulier, il est encore difficile de préfigurer le futur visage du Lausanne Hockey Club sur la glace, sinon qu’un «accent particulier sera mis sur la formation des jeunes, au niveau régional». La première équipe, elle, sera toujours dirigée par le Canadien Craig MacTavish, ancien coach des Edmonton Oilers en NHL. Nommé le 27 février dernier, il avait dirigé deux rencontres avant que la pandémie ne mette le sport mondial à l’arrêt.