L'histoire est un peu celle de ces enfants qui s'enferment dans le noir pour se faire peur. Ou qui se pincent très fort en disant: «Même pas mal». Les joueurs du Lausanne HC n'avaient arraché qu'un seul point aux Viégeois en saison régulière (un nul pour trois défaites). Puis ils se sont «amusés» à perdre les deux premiers matches de leur demi-finale contre ces satanés Valaisans. Autrement dit, ils ont attendu d'être dos au mur dans cette série au meilleur des cinq matches, avant de rallumer la lumière, une première fois dimanche dernier, puis la seconde mardi. Et comme le jeu a semblé drôle (9928 spectateurs à Malley vendredi, guichets fermés et record de la saison), ils ont tenté une dernière partie. Qui s'est bien terminée pour eux, puisqu'après s'être de nouveau plongés dans le noir, ils ont retrouvé l'interrupteur et l'ont emporté 4-3 (0-1, 2-1, 2-1). Une victoire synonyme de qualification pour la finale des play-off de Ligue nationale B, ce dimanche contre Bienne.

Les Valaisans, bons joueurs, se sont en effet chargés d'appuyer sur le bouton après moins de trois minutes, d'un tir dévié de leur défenseur Karl Kopf. Les Lausannois ont failli laver l'affront dans la foulée. Une première fois par leur premier bloc vite neutralisé par son alter ego viégeois. Une seconde fois par l'attaquant russe Dmitri Shamolin, qui s'était ouvert tout grand le chemin des buts. En vain. Malgré plusieurs minutes de supériorité numérique, les joueurs de Riccardo Fuhrer ont peiné pour installer leur jeu de puissance, tandis que ceux de Bruno Aegerter se régalaient de quelques ruptures dangereuses. Quelques échauffourées plus tard (16e), c'est Oliver Kamber qui échouait à rallumer la lumière.

Combinaisons alambiquées

Rebelote d'entrée de deuxième tiers, en supériorité numérique cette fois. Avec Beat Heldstab dans le rôle de celui qui tire les rideaux, histoire de s'assurer que les Lausannois sont bien dans le noir (22e). A 0-2, les coéquipiers de Serge Poudrier se sont mis en quête d'une veilleuse en alternant jeu court et jeu long. Combinaisons alambiquées en zone adverse, et longues passes en avant à la recherche d'un Maxime Lapointe très en pointe. Le premier bloc lausannois, toujours neutralisé, tantôt malchanceux, s'est de nouveau effacé devant celui de Benny Plüss, Oliver Kamber et Philipp Orlandi. C'est en effet Plüss qui a réduit la marque (32e). Avant que Philippe Müller n'égalise à 40 secondes de la fin du deuxième tiers. Entre-temps, Dmitri Shamolin avait trouvé la transversale adverse sur l'une de ses nombreuses et malheureuses tentatives (36e). Et Poudrier avait vu son égalisation refusée (38e) pour une intrusion d'un des siens dans la zone du gardien valaisan.

Jusqu'aux deux buts lausannois, Rainer Karlen a longtemps fait croire, grâce à ses parades, que le scénario du match précédent allait se reproduire. Mais à l'avantage des Viégeois cette fois-ci: un rush total autant que stérile des attaquants lausannois de plus en plus déterminés à tenter le tout pour le tout à mesure que le chronomètre défilait. Fausse piste. Dès le retour sur la glace au troisième tiers temps, Benny Plüss a sonné la fin de la récré (3-2, 41e). Et fait souffler un peu d'air frais dans une patinoire de Malley transformée en chaudière. Paradoxalement, le salut des Vaudois est venu d'une infériorité numérique. A 3 contre 5 (!) pendant 1'29'', les hommes de Fuhrer ont profité d'une gigantesque erreur de deux défenseurs viégeois pour rallumer tout ce que la patinoire comptait de projecteurs (48e).

Fair-play valaisan

Définitivement mis en confiance, après s'être fait tellement peur, les Lausannois ont continué d'enflammer Malley, où ola et standing ovation ont alterné dans les tribunes archi-combles. A cinq minutes de la fin, les quelques centaines de Valaisans qui y avaient cru ont avoué le fond de leur pensée en agitant une large banderole (confectionnée à l'avance?): «Toutes bonnes pour l'avenir en LNA». A quoi le panneau lumineux a répondu du tac au tac: «Viège, bravo pour votre fair-play».

Quand le coup de sirène final a libéré les milliers de Lausannois, malgré un dernier but valaisan à quelques secondes du terme, cela faisait de longues minutes qu'ils se tenaient debout dans des claquements de mains ininterrompus, n'en pouvant plus de laisser éclater leur joie. Ce dimanche, c'est sûr, ils remettront ça face à Bienne, en finale.