Samedi, à l'occasion du derby entre Lausanne et Martigny, plus de 5 500 fidèles ont convergé vers Malley pour y communier dans le temple du Lausanne Hockey Club. Ou plutôt, malgré la victoire obtenue ce soir-là (5-2), dans le tombeau des potentiels inexploités de la formation vaudoise et des espoirs déçus de ses disciples.

L'antienne est en effet tristement célèbre. Situé au cœur d'une région à l'économie florissante et à la démographie dynamique, suivi par l'un des publics les plus pratiquant du pays, le LHC aurait tout pour revendiquer une place durable dans le saint de saints du hockey helvétique. Mais il ne parvient pas à s'extirper du purgatoire de la LNB.

Une impuissance encore confirmée par un début de saison chaotique, déjà marqué par un changement d'entraîneur. Quelles sont donc les causes profondes de cette malédiction? Et par quelles voies le salut pourra-t-il être trouvé? Tentatives de réponses avec trois vieux pèlerins du hockey national, qui ont aujourd'hui mis leur expérience au service du LHC: Gérard Scheidegger, Paul-André Cadieux et Jean-Jacques Aeschlimann.

Avant sa venue dans le chef-lieu vaudois, Gérard Scheidegger a exercé des fonctions exécutives au HC Bienne, à Davos et à Langnau. Directeur général à Lausanne depuis à peine six mois, il souligne que la force d'un club réside avant tout dans la stabilité de ses structures. «La continuité est essentielle, aussi bien au niveau du conseil d'administration et de la direction opérationnelle que de l'encadrement sportif», observe-t-il. Une logique poussée à l'extrême par le HC Davos, qui maintient le même homme à la bande, Arno Del Curto, depuis plus de dix ans.

Tout le contraire du club lausannois, dont l'aire de glace de Malley a des propriétés de sables mouvants. Instable à tous les étages, et consommateur effréné d'entraîneurs jetables, le LHC n'a jamais pris le temps de consolider ses fondations. «La passion pour le hockey est extraordinaire à Lausanne, mais dégage une pression particulière, constate Gérard Scheidegger. Le risque est alors de manquer de patience. Ici, des personnes brillantes qui ont voulu construire ont malheureusement été poussées vers la sortie, à l'image d'Ueli Schwarz (ndlr: directeur sportif démissionnaire en 2003).»

Jean-Jacques Aeschlimann, quatorze saisons passées à Lugano et 119 sélections en équipe nationale, évoque un mal lausannois plus sournois: «J'ai observé que le LHC manquait d'une culture gagnante, d'une culture du hockey moderne. A Lugano, on reconnaît le rôle spécifique de chaque joueur. Ici, j'ai parfois eu l'impression que seuls les buts comptaient.» Un constat que l'attaquant relativise aujourd'hui. «Cette saison, quelque chose se produit dans le bon sens, avec l'implication de grands connaisseurs du monde du hockey dans la structure actuelle.»

En charge de l'équipe depuis le début du mois d'octobre, à la suite du licenciement de Heikki Leime, Paul-André Cadieux pointe du doigt l'effet destructeur d'anciennes dissensions internes. «Le club a souvent manqué d'unité et n'a pas été capable de faire front commun pour se défendre», précise le natif d'Ottawa. Un manque de cohésion préjudiciable au moment de promouvoir les intérêts du LHC devant les collectivités publiques. «Cette faiblesse est à l'origine d'un déficit de soutien politique. Nous devrions constituer une force de proposition afin de créer une dynamique positive et innovante autour du club, s'enflamme le technicien. Regardez Rapperswil, où une sorte de joint-venture lie les autorités et les Lakers, ce qui profite aussi bien au club de hockey qu'à l'image de la ville.»

Mais l'un des problèmes centraux du LHC ne réside-t-il pas dans certaines carences de son système de formation, l'obligeant à aller chercher ailleurs les ressources qu'il pourrait trouver localement s'il s'en donnait les moyens? Les exemples du HC Ajoie ou des Kloten Flyers, pépinières de jeunes talents, ne sont-ils pas reproductibles? «Dans un club comme Ajoie, remarque Paul-André Cadieux, les jeunes sont très vite responsabilisés. Du coup, ils progressent rapidement. Le cas de Kloten est différent. Le club zurichois s'appuie sur des recruteurs qui attirent des jeunes dès 10 ans dans le giron des Flyers, en puisant dans un bassin de population beaucoup plus important que le nôtre.»

Gérard Scheidegger livre une analyse réservée: «On peut se demander pourquoi on ne sort pas de produits du club plus régulièrement. Mais avant de tirer des conclusions, nous devons établir un état des lieux, précise le directeur général. Si le LHC semble avoir négligé son mouvement junior par le passé, nous souhaitons désormais nous impliquer davantage.»

Reste à régler le problème des finances, éternel nœud gordien d'un club dont les comptes, encore bouclés sur des pertes de plus de 230 000 francs lors du dernier exercice, doivent impérativement être assainis. Et dont le budget de 4 millions de francs, confortable pour la LNB, est grevé par d'anciens engagements. «La mauvaise situation financière nous conditionne, souligne Gérard Scheidegger. Et nous payons encore le prix de la relégation d'il y a deux saisons, avec des contrats établis pour la LNA.» Le transfert tout frais du Russe Andreï Bashkirov, étranger surnuméraire, devrait alléger ce fardeau.

En dépit des difficultés, Gérard Scheidegger se montre optimiste pour l'avenir du Lausanne Hockey Club. Et pour l'avancée du chantier dont il a la charge. Tout d'abord parce que les résultats récents, quatre victoires lors des six dernières parties, témoignent d'un retour à l'équilibre. Surtout, parce que le LHC dispose de deux atouts maîtres: «Nous avons le potentiel de spectateurs pour nous offrir un budget de Ligue A. Et notre budget sponsoring de 2 millions de francs, un montant extraordinaire en LNB, prouve que le produit LHC est intact.» Une base solide sur laquelle il compte s'appuyer pour sortir enfin l'hibernatus lausannois de sa longue léthargie.

A quelques pas de la patinoire de Malley s'étend une vaste friche industrielle promise à la réhabilitation, et sur laquelle un nouveau quartier devrait voir le jour d'ici à quelques années. L'avenir dira si un grand club de hockey sortira également de terre.