Euro Tour

A Lausanne, l’opération séduction de l’unihockey

Les quatre meilleures équipes du monde s’affrontent ce week-end à Malley. En Suisse, la discipline est plus pratiquée que le hockey sur glace mais reste confidentielle en Romandie

L’Euro Tour d’unihockey se déroulera de vendredi à dimanche à Lausanne. A l’échelle de sa discipline, cette compétition amicale de prestige est l’équivalent du Tournoi des VI Nations. En mieux, même: en rugby, la France, l’Angleterre et les autres sont sérieusement concurrencées au niveau mondial par les pays de l’hémisphère sud; les quatre équipes qui s’affronteront à l’espace Odyssée de la patinoire de Malley sont sans égales. La Suède domine le sujet (elle a remporté huit des dix titres mondiaux distribués depuis 1996); la République tchèque, la Finlande et la Suisse se disputent les places d’honneur.

Rien d’étonnant à la présence d’une carte rouge à croix blanche dans le carré d’as. L’unihockey compte près de 31 000 licenciés en Suisse, loin du football (250 000), proche du volleyball (35 000), mais surtout devant le hockey sur glace (24 000) et tous les autres sports collectifs. Sa popularité ne couvre toutefois pas uniformément le territoire national. Le «floorball», ainsi qu’on l’appelle outre-Sarine, est essentiellement une affaire alémanique, où son développement est localisé autour de quelques places fortes.

On dénombre cinq équipes de Ligue nationale A masculine aux environs de Berne, quatre dans la région de Zurich, deux dans les Grisons et une à Saint-Gall. Ailleurs? La discipline est bien implantée au niveau scolaire mais peine à devenir sport de masse et surtout d’élite. En Suisse romande, quelque 3200 licenciés seulement tapent dans la petite balle blanche à trous. Aucun club n’évolue en LNA ou en LNB. Aucun joueur n’appartient à la sélection nationale.

Un acte symbolique

La barrière de röstis est bien réelle, mais les passionnés piochent pour la faire tomber. Accueillir l’Euro Tour à Lausanne n’est pas un acte anodin, mais symbolique (la discipline a sa place en Suisse romande) et militant (elle vaut le coup qu’on s’y intéresse). «Nous attribuer l’organisation de cette compétition est un véritable cadeau de la part de Swiss Unihockey», estime Michel Ruchat, la voix de la Suisse romande au sein de la fédération nationale depuis 2014. Et une forme de récompense pour ce Vaudois, qui a mené sa carrière professionnelle entre le tourisme et le marketing, et qui se bat pour faire exister son sport favori en terres francophones.

En 2015, il organisait pour la quinzième fois le Challenge des Bains, un tournoi de préparation à Yverdon où il s’est toujours débrouillé pour attirer les équipes les plus prestigieuses possibles et les dirigeants les plus influents. Objectifs: intéresser les Alémaniques à la Suisse romande et les Romands à l’unihockey. Créer des ponts et des vocations. Cela a parfois marché: les deux meilleurs ambassadeurs francophones de la discipline – les seuls à évoluer en LNA – sont issus de ce Nord vaudois où Michel Ruchat a longtemps concentré ses efforts. Basile Diem (23 ans) joue à Rychenberg Winterthour; Laura Marendaz (23 ans) à Berne-Berthoud. Elle a été la première Romande à porter le maillot de l’équipe de Suisse, et la seule à ce jour.

Depuis qu’il a intégré la Fédération, Michel Ruchat a élargi son champ d’action à toute la Suisse romande. «C’est une vraie locomotive, estime Stéphane Billeter, président du comité d’organisation local de l’Euro Tour. Il ne se gêne pas d’aller tambouriner aux portes, quitte à les casser pour se faire entendre. Sans lui, on n’en serait pas là aujourd’hui.» En quelques mois, il a réactivé les associations cantonales qui sommeillaient et appuyé la création de celles qui n’existaient pas.

Fossé culturel

«Maintenant, pour grandir, notre sport a besoin d’une image forte dans la région, c’est-à-dire d’une équipe d’élite», estime Michel Ruchat. La saison prochaine, Fribourg évoluera bien pour la première fois en Ligue nationale B, mais si la ville est bilingue, le club est d’abord de tradition alémanique, porté dans son élan par la proximité de Berne plus que par le dynamisme naissant de la Suisse romande. Pour voir une équipe vraiment «welsch», il faudra descendre en 1re ligue (troisième division), où le LUC jouera pour la première fois de son histoire la saison prochaine. «C’est une étape marquante, estime Stéphane Billeter, également président du club lausannois. Cela confirme une tendance positive, que l’on observe aussi dans les nouvelles inscriptions.» Enjeux d’avenir: trouver les ressources – en matière de personnel et d’infrastructures – pour accueillir dans de bonnes conditions les personnes intéressées.

Mais le fossé qui sépare unihockey romand et floorball alémanique demeure avant tout culturel. Dans ses bastions, la discipline fait partie de la vie des gens. Les gamins naissent canne en plastique à la main. «C’est presque ça, oui, rigole Manuel Engel, membre de l’équipe de Suisse. Je viens d’un petit village près de Langnau où l’on ne se pose pas la question: tout le monde joue au floorball. J’ai commencé à l’âge de 5 ans, comme tous mes amis, et je n’ai jamais eu envie de changer.» En Suisse romande, les choses sont bien différentes: les enfants découvrent la discipline au gré du bon vouloir de leurs profs d’éducation physique. «Moi, j’ai commencé au gymnase, puis je m’y suis mis plus sérieusement à l’université», raconte Stéphane Billeter.

Aujourd’hui, il est convaincu que sa discipline va finir par rencontrer du succès. «C’est un sport rapide et technique où l’on ne s’ennuie jamais, argumente-t-il. La similarité avec le hockey sur glace suscite la curiosité des gens. Lorsqu’ils viennent voir un match, ils tombent tous sous le charme.» Ce week-end, les organisateurs attendent entre 1000 et 1700 spectateurs par jour pour un Euro Tour aux allures d’opération séduction à Malley.


Le hockey dans tous ses états

Unihockey ou floorball, le plus joué. Avec près de 31 000 licenciés en Suisse dans des versions à quatre ou six joueurs, il est plus pratiqué que le hockey sur glace. On y joue en salle, sans protections, baskets aux pieds et canne en plastique en mains, avec une petite balle blanche à trous.


Hockey sur glace, le plus populaire. Faut-il présenter cette discipline dans un pays où les patinoires sont mieux garnies que les stades de football? Né au Canada à la fin du XIXe siècle, il réunit près de deux millions de licenciés dans le monde.


Hockey sur gazon, le plus ancien. Ses origines se perdent dans l’histoire, mais sa version moderne a été développée au XIXe siècle en Angleterre. C’est aussi celui qui se rapproche le plus du football: on y joue à onze contre onze sur un terrain aux dimensions comparables. Les joueurs sont munis d’une crosse dont ils ne peuvent utiliser qu’une face pour frapper la balle.


Roller hockey et skater hockey, les faux frères. Tous les deux se pratiquent en salle ou sur du bitume avec des rollers équipés de quatre roues en ligne, à cinq contre cinq. Une différence notoire: on utilise un palet dans la première variante, une balle dans la seconde.

Rink hockey, le moins violent. Cousine des deux précédentes, cette discipline interdit les contacts entre les joueurs. Ceux-ci chaussent des patins équipés de deux rangées de deux roulettes, et utilisent une balle. Ancien président du CIO, Juan Antonio Samaranch a été gardien de but et même sélectionneur de l’équipe d’Espagne.

(L. PT)

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