La route des Plaines-du-Loup sans trafic. Des places de parc en zone bleue libres juste en face du stade. Quelques policiers tranquilles, une grappe de bénévoles masqués. Les abords de la Pontaise n’auront jamais été aussi calmes à une heure du coup d’envoi d’un match de football.

Le Lausanne-Sport, leader de Challenge League, s’apprête à défier le FC Bâle, troisième de Super League, en quarts de finale de la Coupe de Suisse et le constat a de quoi soulager les responsables: malgré un retour à la vie normale de plus en plus patent, jusque dans les rassemblements spontanés, les amateurs de football avaient autre chose à faire que de venir braver le huis clos imposé à une partie aux allures de reprise officielle. «Moi, je crains juste que nos supporters viennent nombreux après la rencontre, au cas où l’on gagne, pour fêter la victoire», souffle un des braves qui gardent la grille.

L’équipe vaudoise finira par s’incliner, 2-3, après une demi-heure de prolongation et un but décisif de Silvan Widmer. Mais les fans seront tout de même quelques dizaines, après le coup de sifflet final, à venir chanter et taper dans leurs mains en l’honneur de leurs favoris…

Personnalités en tribune

En attendant, l’homme contrôle les billets des happy few tolérés dans l’enceinte. En tout et pour tout, 300 personnes peuvent occuper le terrain, les bureaux, les tribunes. Il y a les deux équipes et leur staff, les officiels, les représentants des médias et quelques dizaines d’invités, dont pas mal de têtes connues. Bernard Challandes, l’entraîneur (neuchâtelois) du Kosovo, arrive quelques minutes avant la délégation de l’ASF. «C’est un jour historique! Aujourd’hui, nous assistons à la renaissance de notre football», lance le président, Dominique Blanc.

Avec lui, Pierluigi Tami (directeur des équipes nationales) et Vladimir Petkovic. Rencontré la semaine dernière à Lucerne, le sélectionneur de la Nati nous confiait sa joie de voir le ballon rouler de nouveau: «La reprise du football est clairement positive, même sans public, pour permettre aux gens de penser à autre chose. L’Allemagne a lancé le mouvement de manière très sérieuse, très précise et très déterminée, ce qui a permis à tout le monde de profiter de l’expérience, de voir que c’était possible. J’ai vécu des matchs à huis clos avec la Lazio en Europa League et c’est une situation étrange, où l’on entend tout ce que les gens se disent. Mais dans le contexte actuel, cela a le mérite de donner de l’espoir.»

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Pour commencer, c’est son nom qu’il faut donner, ainsi que son adresse et la certification que l’on n’a pas de symptômes du Covid-19. Un bureau a été installé devant la seule rampe d’accès aux tribunes ouverte pour donner informations et «compos» des équipes. Le sol est marqué de manière à ce que les distances de sécurité soient respectées. «Il y a pas mal de contraintes à prendre en considération et le cahier des charges évolue sans cesse, mais on gère», sourit Vincent Steinmann, directeur marketing du LS.

Première mi-temps sans folie

Les équipes entrent sur la pelouse l’une après l’autre. Aucune poignée de main n’est échangée. Après trois mois d’une pause forcée sans précédent dans l’histoire récente, le football suisse recommence comme l’on entame un petit match à l’entraînement.

Et à vrai dire, le jeu ne reprend pas bien différemment. Le rythme est lourd, marqué par les bruits sourds des frappes qui résonnent dans le stade muet. Les deux équipes se jaugent. Sans folie. Le FC Bâle impose une domination tenace mais stérile, et ne semble jamais vouloir accélérer. Le Lausanne-Sport attend bas et semble prêt à se projeter vite mais l’ambition peine à se réaliser. D’un côté comme de l’autre, la prudence et les déchets techniques condamnent toutes velléités offensives jusqu’au bout d’une première mi-temps terne.

A quel point le match aurait-il été différent s’il ne ponctuait pas une longue trêve imprévue? Combien de temps faut-il pour nettoyer les automatismes rouillés par une dizaine de semaines loin les uns des autres? Questions ouvertes.

Bâle sur trois tableaux

La seconde période déploie déjà une tout autre histoire. Des espaces se créent et les deux équipes en profitent. Le FC Bâle pense avoir classé l’affaire lorsque Arthur Cabral inscrit le 0-2 de la tête après avoir claqué un retourné pour ouvrir la marque, mais le LS revient au score en deux minutes et deux coups de tête (Zeqiri puis Geissmann). L’exploit semble alors à sa portée. «Dans cette phase, avant la fin du temps réglementaire, nous avons eu l’occasion de passer devant», remarquera l’entraîneur Giorgio Contini. Mais la demi-heure additionnelle sera fatale à ses protégés, qui encaissent un troisième but et perdent Noah Loosli, expulsé.

Sans marquer les esprits, le FC Bâle file vers les demi-finales de la Coupe de Suisse, qu’il devra disputer en plus du championnat et de l’Europa League. Le LS, lui, entame son sprint final vers la promotion dans l’élite avec quelques certitudes supplémentaires (même si ses 15 points d’avance au classement peuvent déjà lui permettre de voir venir). «Aujourd’hui, je suis déçu du résultat mais certainement pas de la prestation, lance Giorgio Contini. C’était la reprise, il y avait beaucoup d’interrogations. Nous avons montré que nous étions prêts.»

Les autres équipes du pays trépignent d’en faire de même.