A Lausanne, les hommes occupent la quasi-totalité (93%) des terrains de sport subventionnés par la ville. Les hommes reçoivent aussi la quasi-totalité (96%) des subventions pour équipes élites. Enfin, seul un quart des subventions et aides allouées sont au bénéfice des femmes.

Ces chiffres ahurissants sont tirés d’une analyse de la ville de Lausanne sur la place des femmes dans le sport, menée entre 2019 et 2020. La Capitale olympique s’engage à changer cela. Avec un petit fonds budgétaire de 300 000 francs, elle veut rendre leur place aux sportives grâce à un catalogue de 19 actions et 61 mesures, et ainsi lutter contre les stéréotypes de genre. Genève avait dressé un constat analogue en 2017 et lancé des initiatives ciblées de «Sport pour tous».

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Le sport à Lausanne, c’est un budget de 45 millions, dont 6,6 millions de subventions par année. Les 250 bénéficiaires sont aussi bien des infrastructures que des manifestations; des associations et clubs que des sportifs d’élite. «Le sport est un miroir de la société, en cela il est un lieu de stéréotypes et de discrimination», lance le municipal chargé des sports, Oscar Tosato. Dernière conférence de presse pour cet élu socialiste après presque vingt ans à ce service. Il laissera la place fin juin à Emilie Moeschler, première femme à diriger le service des sports de la capitale vaudoise.

«Nous avons lancé l’enquête «Femmes et sport» dans le sillage de l’expérience genevoise. Mais en 2008 déjà, nous adoptions des subventions spécifiques pour le sport féminin. Il faut une politique volontariste et ambitieuse pour augmenter la part des femmes actives dans le sport. L’exemple bordelais que nous avons étudié l’a démontré: grâce à leurs mesures prises en ce sens, la participation sportive féminine a augmenté de 18% en quatre ans», souligne le municipal.

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La seconde partie du rapport émane d’une enquête, menée par l’Université de Lausanne, auprès de 2000 femmes de la région lausannoise. Il en ressort que moins de 10% d’entre elles se sentent à l’aise de pratiquer une activité sportive en ville; 19% des répondantes ont subi des actes ou paroles sexistes durant leur pratique sportive. «Des sifflements, souvent, ou des interpellations lorsqu’elles font leur jogging en ville», détaille la chargée de recherche, Solène Froidevaux, sociologue et spécialiste des questions de genre et de sport.

«Il apparaît dans notre étude que 86% des femmes s’adonnent à une activité sportive régulière, mais qu’elles vont en majorité se consacrer à une pratique autonome, hors club ou association, qui leur garantit une certaine flexibilité», dit-elle. Les principaux obstacles s’avèrent être souvent liés à la vie de famille. Un renforcement des inégalités apparaît au moment de la naissance du premier enfant.

Plan d’action

C’est pour remédier à ces manquements que Lausanne a créé au début de l’année un «Fonds pour promouvoir le sport pour toutes et tous et promouvoir l’égalité femmes-hommes», doté de 300 000 francs. Comparée à l’entier du budget, cette somme peut paraître ridicule, mais la ville a également défini des indicateurs de suivi budgétaire lié au genre et promet d’augmenter le nombre de femmes bénéficiaires de ses subventions.

La championne de tennis Timea Bacsinszky prêtera son image à la campagne de sensibilisation visant à valoriser la pratique sportive des femmes. «La relève manque, les clubs de tennis lausannois ne comptent que 28% de femmes. Je me reconnais dans ce combat égalitaire, et souhaite encourager les femmes à découvrir les bienfaits du sport, physiques mais aussi sociaux. Je pense aussi que plus il y aura d’entraîneurs et de coachs féminins, plus les femmes se sentiront à leur place», a plaidé la joueuse lausannoise.