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Devant des joueurs lausannois, dépités, des supporters ont manifesté leur frustration en lançant des fumigènes sur la pelouse. Des dizaines d’ultras, eux, ont tenté de s’en prendre aux fans du FC Thoune. 
© LAURENT GILLIERON / Keystone

Football

Pour Lausanne-Sport, c'est la double peine

Il y a presque exactement deux ans, le club vaudois remontait en Super League avec un peu d’avance sur son planning. Le voilà éjecté de l’élite six mois après une augmentation significative de son envergure financière

«Excuse-moi chef, y a combien en Valais? 2-1 pour Sion? Ah. On est raides, alors…» Lunettes noires sur le nez, écharpe bleue et blanche autour du cou, ce supporter du Lausanne-Sport a un peu d’alcool dans le sang et des trémolos dans la voix. Ce n’est que la mi-temps du match que ses favoris disputent contre le FC Thoune, et le score est toujours de 0-0. Mais il faut pour entretenir la possibilité d’un maintien en Super League que les Vaudois s’imposent, et que dans le même temps le FC Sion, contre Saint-Gall à Tourbillon, ne gagne pas. Les deux semblent mal partis. Ce sera pire en seconde période.

A Tourbillon, les Valaisans conserveront leur avantage (3-2 score final). Sur la pelouse de la Pontaise, le Lausanne-Sport finira de s’effondrer sportivement en encaissant deux buts. A l’heure de jeu, l’affaire est classée. Ce qu’il restait d’espoir, anéanti. Les spectateurs, qui disaient avant le match être venus «assister à un enterrement», s’attendaient sans doute à une ultime demi-heure dans l’ambiance pesante du recueillement. C’est à peu près à ce moment-là que les ultras locaux se sont violemment abandonnés à leur frustration et que l’arbitre a renvoyé les deux équipes aux vestiaires. La partie n’a pas repris.

«Une sacrée pagaille»

Il y a d’abord eu des fumigènes agités et lancés sur le terrain. Ensuite, quelques pétards ont fait sursauter la foule. Subitement, des dizaines d’ultras se sont précipités hors du stade pour réapparaître quelques dizaines de secondes plus tard sur la piste d’athlétisme qui entoure le terrain, avec l’intention de s’en prendre aux fans du FC Thoune. Ils auraient fait demi-tour en apercevant des représentants des forces de l’ordre lourdement équipés. «Ils ont encore fait une sacrée pagaille devant l’entrée du stade», témoigne un membre du staff lausannois qui a assisté à toute la scène. Les incidents n’ont duré qu’un petit quart d’heure et n’ont impliqué que peu de supporters, mais ils n’ont pas manqué de heurter.

«C’est inadmissible, une véritable honte, nous lance le vice-président Stefan Nellen pendant les instants de flottement qui ont suivi l’interruption de la rencontre. J’espère que nous pourrons identifier rapidement les responsables de ces débordements, ils n’ont pas leur place chez nous.» La situation n’a pourtant pas complètement surpris les responsables. «On savait que ça allait péter», nous glisse-t-on. «Oui, nous avions connaissance de tensions entre les supporters des deux équipes, valide Stefan Nellen. Nous avons essayé de prendre des mesures pour gérer la situation.»

Les adieux à la Pontaise

Concrètement, les forces de l’ordre avaient prévu de procéder à un contrôle d’identité des ultras à leur sortie du stade. «Mais en voyant le dispositif se mettre en place, ils ont très mal réagi, et tout le monde a vu la suite», explique le dirigeant. En conférence de presse, le directeur sportif Pablo Iglesias affiche une mine déconfite. «Sincèrement, je suis affecté. Quelle triste fin de saison. Pour nous, ces incidents, plus la relégation, c’est la double peine.»

A l’été 2019, le LS emménagera dans son nouveau stade de la Tuilière. La vieille Pontaise a ainsi fait ses adieux à l’élite sur un match qui n’est pas allé à son terme. Le club doit se faire à l’idée qu’il retrouvera la saison prochaine la Challenge League. Et ce n’est pas simple.
L’équipe vaudoise avait terminé l’année 2017 à une flatteuse cinquième place au classement de Super League. Un mois et demi auparavant, le géant britannique de la pétrochimie Ineos avait racheté le club et laissait entrevoir une augmentation substantielle de ses moyens financiers. A l’intersaison débarquaient Simone Rapp (Thoune, alors co-meilleur buteur du championnat), et Enzo Zidane, «fils de». Tous les voyants étaient au vert. «Nous placer parmi les trois ou quatre premiers à l’horizon de ces trois, quatre ou cinq prochaines années? Oui, je crois que c’est possible», nous glissait David Thompson, CEO d’Ineos, au moment de devenir le nouveau président du LS.

«Un échec global»

Mais quelque chose n’a pas fonctionné. Habitué à faire bien avec peu, le Lausanne-Sport n’a pas su profiter de ses nouveaux moyens pour passer un cap. Au contraire. Sur le terrain, il a perdu son jeu. Semaine après semaine, ses matches. Et il y a un mois, son coach, Fabio Celestini, qui il n’y a pas si longtemps était encensé pour ce qu’il arrivait à faire à la Pontaise. Sportivement, tout ce qui avait été construit ces trois dernières années s’est délité en quelques mois.

«Nous allons au-devant d’une analyse nécessaire. Il est évident que des erreurs ont été commises. Mais je ne veux pas chercher de coupables maintenant. Je pense que cet échec est global», estime à chaud Stefan Nellen. A la veille du match, sur les ondes de La Première, il prévenait déjà qu’en cas de relégation, «le LS n’aurait d’autre objectif que de remonter immédiatement en Super League».


De la Challenge League à la Super League, et retour

24 mars 2015, engagement de Celestini

Le Lausanne-Sport est à la peine en Challenge League. Septième du classement, il n’a pris qu’un point sur 18 possibles depuis le début de l’année; un bilan partiel qui coûte sa place à l’entraîneur italien Marco Simone. Fabio Celestini, son remplaçant, a dans son cœur l’amour du club (il y a commencé sa carrière pro) et sur son CV l’une des plus belles carrières du foot suisse.

5 mai 2016, promotion en Super League

Le projet de Celestini était de faire remonter Lausanne dans l’élite à moyen terme, mais une alchimie impressionnante et un jeu séduisant ont accéléré le processus. Les Vaudois ont 14 points d’avance au classement quand le FC Wil, deuxième, renonce à se battre pour obtenir sa licence de jeu pour la Super League, et valide leur promotion.

13 novembre 2017, arrivée d’Ineos

Cela fait quelque temps que le président Alain Joseph laisse entendre son souhait de se retirer lorsqu’il estimera avoir trouvé la bonne solution pour son club. Le géant britannique de la pétrochimie Ineos devient propriétaire du LS, ses 40 milliards de francs de chiffre d’affaires laissent entrevoir de nouveaux moyens.

19 avril 2018, licenciement de Celestini

L’ancien homme providentiel, nommé entraîneur suisse de l’année 2016, ne résiste pas à un début d’année catastrophique (sept défaites, trois nuls, une victoire). Le coach de la réserve Ilja Borenovic est nommé à la tête d’un quatuor de techniciens qui doit sauver l’équipe.
13 mai 2018, relégation en Challenge League Lors de l’avant-dernière journée du championnat, la victoire du FC Sion sur Saint-Gall (3-1) scelle le destin du LS, qui retrouvera la deuxième division la saison prochaine.

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© JOHN MACDOUGALL