Vendredi Saint ou pas, quatre footballeurs tapent un poker dans les entrailles de la Pontaise. On signale à Arpad Soos que, par les temps qui courent, ça ne fait pas très sérieux. Large sourire: «Oui, là c’est la corruption. Venez, là-bas il y a la salle pour le dopage…» A l’image de ses «poulains», hilares derrière leurs piles de jetons, l’entraîneur du FC Lausanne-Sport affiche sérénité et joie de vivre. Lundi après-midi, les Vaudois disputent une demi-finale de Coupe de Suisse à Saint-Gall; pas n’importe quelle tranche dans la vie d’un club en (re)construction, secoué par un début d’année catastrophique.

Pour le gardien Anthony Favre, ce rendez-vous avec les 18 000 spectateurs de l’AFG Arena est «un match pour se racheter de tout ce qu’on n’a pas fait». Ce qu’ils n’ont pas fait? C’était répondre à une folle attente. Bon troisième à la trêve hivernale, le LS se prend alors à rêver de promotion. «C’était un championnat très serré, ça nous a donné l’impression de pouvoir viser plus haut et on s’est vus trop beaux», plaide coupable le président Jean-François Collet. «On a fait trois transferts et on y a cru. Mais c’était une erreur d’appréciation. Nous n’étions pas prêts à vivre ça.»

Après l’exploit en Coupe contre Young Boys, en effet, le retour de manivelle sera terrible. «Nous étions devenus favoris de tous nos matches et nous étions incapables d’assumer cette étiquette», explique Anthony Favre. Quatre défaites et un nul plus tard, la tête de l’entraîneur John Dragani tombe. Voile de pudeur sur la question: «C’est dur parce qu’il a toujours donné son maximum et qu’il n’était pas le seul responsable», dit Jean-François Collet.

Le football est un éternel recommencement et Lausanne a renoué avec la victoire en Challenge League mercredi soir à Locarno (0-2). Une bouffée de bonheur et de confiance avant le périlleux déplacement saint-gallois. «Il y a de nouveau de la musique dans le vestiaire», note Arpad Soos, en poste depuis deux semaines. «Ça nous a fait du bien de passer une journée complète ensemble et de gagner ce match. Je suis convaincu qu’il y a assez d’expérience dans le groupe pour que nous n’ayons pas peur face à une équipe qui va démarrer à l’anglaise. J’ai le sentiment que les joueurs vont se sublimer.»

Anthony Favre confirme: «Si lundi matin je me lève sans avoir la boule au ventre, il faut que j’arrête le foot. Mais nous devons faire en sorte que cette pression soit positive, essayer de rendre ce match normal.» Arrivée de Baulmes début 2006, le portier lausannois est le plus ancien du contingent. En quatre ans, il a vu défiler les entraîneurs – Castella, Geiger, Isabella, Barberis, Cotting, Dragani – et appris à vivre «dans le ventre mou du classement». Comme tout le monde au LS, il espère, un jour, revoir le club en Super League.

Outre l’excitation immédiate qu’elle suscite, cette demi-finale contre Saint-Gall permet justement aux dirigeants vaudois de mesurer tout le chemin qui les sépare encore de l’élite. Avec 3,2 millions de francs de budget, dont 1 dévolu à la formation des jeunes, il est peu réaliste de lorgner vers l’étage supérieur. «Le but, c’est d’être prêts pour l’échéance du nouveau stade [à l’horizon 2014]», explique Jean-François Collet. «Mais il faut procéder par étapes plutôt que de viser une ascension trop en rapide en mettant en danger l’équilibre financier du club. Si l’on excepte quelques prestations de service, le LS vit aujourd’hui de ses propres revenus.»

Après la faillite du printemps 2003, au cours d’une lente et pénible «rééducation», le Lausanne-Sport a eu le temps de cultiver prudence, patience et humilité. Son nouvel entraîneur colle au pedigree: «Pour ceux qui pensent que le LS doit remonter tout de suite, tout ne va pas bien, puisque nous sommes 8es et que c’est râpé pour cette saison», admet Arpad Soos. «Mais si on mesure une progression sur d’autres critères que les points marqués, si le club maîtrise ses comptes et le paramètre temps d’ici à 2014 en œuvrant dans la continuité, le projet peut devenir intéressant.»

Ancien coach du Stade Nyonnais et dernièrement du Team Vaud Foot M18, Arpad Soos est lié au club jusqu’au 15 mai, par un «contrat à la Facchinetti» – une poignée de main. Il ignore encore dans quelle mesure son avenir sera lié à celui du LS, mais il s’est déjà fait une idée de la marche à suivre. «Avant toute chose, il faut présenter du jeu», assène-t-il. «Il faut miser sur la formation des jeunes, nous donner les moyens de conserver nos pépites et faire de Team Vaud Foot, qui réunit les talents du canton, le cœur de notre club en professionnalisant des postes.»

Musique d’avenir… A la Pontaise ce vendredi, on évite de se projeter trop loin pour se focaliser sur la préparation d’une demi-finale de Coupe de Suisse. Après un premier galop matinal, les spaghettis et le poker, une deuxième séance d’entraînement est programmée en début d’après-midi. «Avec tout ce que nous avons connu cette saison, le groupe est lié par des choses assez fortes», conclut Anthony Favre. Puis, dans un sourire annonciateur de lendemains allègres: «Quand on arrive en demi-finale, on se dit qu’il serait bête de s’arrêter là…»