Football

Lausanne-Sport, parti loin pour se retrouver

Au bout d’un des plus longs déplacements de la saison et au terme d’une prestation peu conforme à leur projet de jeu, les Vaudois se sont imposés 0-1 sur la pelouse du Rheinpark de Vaduz après quatorze matches sans victoire

90e minute de jeu au Rheinpark de Vaduz. Lausanne mène d’une longueur quand, au bout d’une action confuse, Philipp Muntwiler se retrouve bien seul face à Thomas Castella. Il arme sa frappe dans l’urgence et ne peut éviter d’allumer le gardien vaudois. Des buts cruels et tardifs, qui transforment une belle victoire en un nul rageant ou un nul satisfaisant en défaite déprimante, le Lausanne-Sport en a encaissé beaucoup cette saison. Mais pas cette fois. Thomas Castella a le bon réflexe de ne pas relâcher la balle et l’excellente idée de garder sa cage inviolée jusqu’au bout. Le coup de sifflet final de l’arbitre Adrien Jaccottet soulage une équipe sevrée de victoires depuis le dimanche 2 octobre (4-1 à la Pontaise contre Lugano) et quatorze parties (onze défaites, trois nuls). Les Vaudois exultent, s’enlacent, se congratulent. Un peu plus tard, ils crieront très fort dans leur vestiaire.

La saison n’est pas finie, le maintien loin d’être assuré. Dimanche prochain, le LS (huitième du classement, 23 points) affrontera Grasshopper (neuvième, 23 points) puis, le samedi d’après, Thoune (septième, 27 points). Il sera intéressant de voir où sera le club vaudois après cette série de confrontations directes. Il ne pouvait pas mieux l’entamer qu’en ramenant trois points du Liechtenstein et en abandonnant la lanterne rouge du classement à Vaduz (22 points).

Longs dégagements

«Est-ce que notre succès est mérité ou pas? Je ne sais pas. Ce que je sais, c’est que mes joueurs auront le sourire pendant le trajet du retour et que cela faisait longtemps que ce n’était pas arrivé», commentait Fabio Celestini après la partie. Pour une fois, l’entraîneur lausannois se montrait même prêt à nuancer son mantra, sans l’abandonner pour autant. «Ces trois points sont importants en tant que tels. Moi, ce qui m’importe, c’est qu’on joue d’une certaine manière, mais pour mon équipe, ce succès est vital, il est bon pour la tête. Si souvent, nous aurions mérité de gagner pendant 80 minutes et – parfois à cause de nous-même, parfois de l’adversaire – la victoire nous échappait…»

Cette fois, ses hommes s’y sont accrochées si fort qu’elle a dû se résoudre à leur rester fidèle. Pour cela, ils ont parfois sacrifié leurs principes de jeu – circulation du ballon au sol – sur l’autel de la prudence et effectué de longs dégagements auxquels ils se refusent d’habitude. Utile. Efficace. Mais même eux peinent à s’y résoudre. «On a peut-être exagéré un peu, estimait Nassim Ben Khalifa au coup de sifflet final. Quelques fois, nous aurions pu construire.»

«Ce n’est que le début»

Il faut parfois savoir partir loin pour se retrouver. Ce dimanche, le Lausanne-Sport a profité de l’un des plus longs déplacements de la saison (340 kilomètres et 3h30 de route) pour prendre – bien malgré lui – de la distance avec ses ambitions sur le plan du jeu, mais il s’en tire avec un succès. Au Rheinpark, il a redémarré la machine. Nassim Ben Khalifa est convaincu que cette victoire sera le déclic dont ses coéquipiers et lui avaient besoin. «Ce n’est que le début», promettait-il.

L’unique but de la rencontre est tombé à un quart d’heure du terme. Gabriel Torres, tout juste entré en jeu, décochait une belle frappe que Benjamin Siegrist ne parvenait pas à bloquer. Lui échappant des mains, la balle a lentement mais inexorablement roulé jusqu’à franchir la ligne. Enfin, Lausanne – qui évoluait à onze contre dix depuis la 19e minute de jeu et l’expulsion de Maurice Brunner – prenait l’avantage.

Possession stérile

A la pause, Fabio Celestini avait réorganisé son équipe sans laisser de doute quant à ses intentions. D’un 4-1-4-1 équilibré, il était passé à un 3-4-3 offensif. Le demi récupérateur Andrea Maccoppi a vite cédé sa place à l’attaquant Nassim Ben Khalifa, vite suivi par Gabriel Torres et Kévin Mendez, deux autres joueurs au profil offensif. «La première mi-temps avait été compliquée, nous avons eu de la peine à faire circuler le ballon même que nous étions en supériorité numérique. Après la pause, nous avons pris plus de risques, nous avons davantage trouvé les intervalles», estimait Ben Khalifa. La possession de balle lausannoise demeurait néanmoins un peu stérile (quatre tirs seulement pendant la partie) et comme Vaduz ne brillait pas non plus par son animation offensive, la rencontre n’a pas atteint des sommets.

Manque d’engouement populaire

Principal club de football d’une minuscule principauté, le FC Vaduz est à la Super League ce que l’AS Monaco est la Ligue 1 française: une équipe qui participe au championnat d’un pays sans appartenir à son territoire, et sans générer un engouement populaire particulier. Dimanche, difficile de sentir l’excitation d’un match à six points monter dans les rues du centre. Les terrasses accueillaient davantage de touristes asiatiques classant des photos sur leurs téléphones portables que de supporters enchaînant les bières pour se donner du courage. Petite enceinte pouvant accueillir 7584 spectateurs, le Rheinpark était littéralement à moitié vide pour le choc des mal classés. Comme le Stade Louis-II lors des rencontres de championnat de Monaco.

Mais là où l’ASM enthousiasme l’Europe entière par son football chatoyant, le FC Vaduz peine à se défaire d’une réputation d’équipe ennuyeuse. Cela passait encore lorsqu’il évoluait dans le relatif anonymat de la Challenge League, mais depuis la seconde promotion de son histoire en première division helvétique au printemps 2014, beaucoup de fans de foot verraient d’un bon oeil qu’il ne s’y éternise pas. La victoire du LS aura fait plaisir au-delà du cercle des supporters vaudois.

Nouveau technicien nommé cette semaine

Mais les Liechtensteinois n’entendent pas se laisser faire. Il y a une dizaine de jours, l’entraîneur Giorgio Contini – qui était en place depuis novembre 2012 – a été licencié. La preuve que les dirigeants (emmenés par la seule femme présidente d’un club de Super League, Ruth Ospelt) ne vont pas rester les bras croisés. Ils nommeront un nouveau technicien cette semaine, après un intérim de Daniel Hasler qui aura duré deux matches. Sur le terrain, les joueurs aborderont la lutte contre la relégation en habitués, qui en sont sortis sauvés ces deux dernières saisons. Dimanche, Lausanne a gagné sur leur pelouse une bataille importante, mais la guerre n’est pas finie.

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