«Il faut continuer à jouer, à redoubler les passes.» Paroles d'Olivier Custodio, milieu de terrain du Lausanne-Sport, à la mi-temps du match contre Winterthour, alors que le score était de 0-0. «Cela va finir par passer», concluait-il au micro, avant de filer vers le vestiaire. Samedi, la conviction du capitaine vaudois ne s'est pas réalisée. Mais ses mots sont appelés à résonner bien au-delà de la rencontre pluvieuse que ses coéquipiers et lui ont fini par perdre; ils font écho au discours de l'entraîneur Fabio Celestini, qui se donne corps et âme pour ce qu'il appelle «le projet LS», et qui consiste en un chemin plus qu'en une destination. Il veut une équipe qui aligne des joueurs vaudois, et qui pratique un football de qualité. Ainsi, et pas autrement, cela va finir par passer. A terme. Il sera alors temps de parler de résultats. Pour l'instant, l'ancien joueur de l'Olympique de Marseille commente plus volontiers le «contenu», tout en dessinant, semaine après semaine, un véritable portrait du football vaudois.

"Nous nous sommes heurtés à un mur"

Cela faisait sept journées que le LS n'avait plus perdu. Malgré le revers concédé, il reste en tête du championnat de Challenge League. Cette place de leader n'était pas attendue. Pas tout de suite. «Il faut être prêt à reculer, quitte à connaître quelques saisons difficiles, pour ensuite revenir avec un vrai projet», disait, en avril, Fabio Celestini. Aux avant-postes après un quart de la saison, son équipe fait désormais l'objet d'un traitement particulier. «Nous savions que Winterthour viendrait avec deux lignes de quatre joueurs, pour bétonner les espaces, glissait Arnaud Bühler au terme de la rencontre. Nous nous y étions préparé. Mais nous nous sommes heurtés à un mur.»

Les Zurichois n'ont jamais cherché à jouer, contrairement aux Lausannois. «Vous ne nous verrez jamais faire autre chose», martelait le défenseur central, relayant stricto sensu le message de son entraîneur. Même mené, le LS a continué de faire tourner le ballon, à gauche, à droite, jeu long, jeu court, pour trouver une ouverture qui ne s'est jamais présentée, en dépit de quelques situations chaudes pour Zeqiri ou Pandiani, qui a tiré sur la barre transversale en fin de match. Winterthour, de son côté, a profité d'un coup-franc pour ouvrir la marque et d'une de ses seules occasions pour classer l'affaire. Le réalisme à l'alémanique en réponse au romantisme à la vaudoise.

Un lourd et glorieux héritage

En cherchant à développer un beau football, le LS 2015-2016 accepte un lourd et glorieux héritage, celui d'une équipe qui a souvent chercher à soigner la forme. Logique, dans un canton où «jouer au foot», en soi, signifie jouer de façon attractive, faire des passes, garder le ballon, le faire courir plus qu'on ne court soi-même. La manière n'est pas un bonus, pour Fabio Celestini, elle est une marche à suivre, «une condition sine qua non». En cela, son LS est résolument vaudois, autant que par les joueurs qui le composent.

Son effectif fait la synthèse de tout ce que le canton a de bon à apporter à une équipe appelée tôt ou tard à retrouver l'élite. Il offre une place prépondérante à ceux qui ont suivi la voie «académique», celle de Team Vaud. Une impressionnante part du contingent est directement issue de la filiale de formation maison, et Fabio Celestini n'hésite pas à confier des postes-clés à de très jeunes joueurs. Samedi, Kevin Martin, à peine 20 ans, était titularisé au but pour la quatrième fois de la saison, tandis qu'Andi Zeqiri était aligné en pointe, quelques mois après avoir soufflé sa seizième bougie.

"Ces Messieurs de Lausanne"

Il y a aussi quelques «anciens», parmi les meilleurs footballeurs que le canton a produit ces dernières années: l'impeccable défenseur Arnaud Bühler (30 ans) et l'ancien meneur de jeu de l'équipe de Suisse Xavier Margairaz (31 ans) en tête. Avec l'Uruguayen à passeport italien Walter Pandiani (39 ans), ils sont les cadres d'un groupe dont la moyenne d'âge est à peine plus élevée que celle d'une équipe d'espoirs. «Leur rôle est autant sur le terrain qu'en-dehors, soulignait Fabio Celestini avant la rencontre du week-end. Je les ai choisis en tout premier lieu parce que je savais qu'ils pouvaient être des exemples en matière de professionnalisme.»

Cette année, Lausanne a également rappelé des joueurs qui avaient dû s'exiler un temps, faute d'avoir percé dans la capitale. C'est le cas des latéraux alignés contre Winterthour, Nicolas Gétaz et Numa Lavanchy, revenus du FC Le Mont en conservant la grinta et le côté teigneux qui font l'identité de l'autre club vaudois de Challenge League. «Que le LS vienne les rechercher, cela valide le travail que l'on fait», soulignait, beau joueur, son entraîneur Claude Gross en début de saison.

«Ces Messieurs de Lausanne», comme on peut l'entendre de par le Pays de Vaud, ont les yeux grands ouverts sur tout ce qu'il s'y passe. Ils voient bien que leurs jeunes, faits au feu d'une 1re ligue extrêmement rude, physique, où un pressing incessant incite à penser et jouer vite, profitent à se frotter à des équipes sérieuses comme Yverdon Sport, Azzurri 90 Lausanne ou Echallens. Ils veulent aussi reconquérir le soutien des campagnes, des clubs de village, pour mieux garnir une Pontaise dont l'affluence peine à atteindre les 3000 spectateurs (2980 samedi). C'est dans cet esprit qu'un partenariat a été établi avec la Fédération vaudoise des jeunesses campagnardes, dont quelques représentants ont donné le coup d'envoi de la rencontre, samedi.

Accident de parcours

Dans ce contexte, la défaite enregistrée contre Winterthour apparaît comme un accident de parcours à l'échelle du chantier entrepris à la Pontaise. La suite de la saison? «Difficile de dire ce qui va se passer. Personne ne nous a écrasé, mais nous n'avons jamais survolé non plus, rappelle Fabio Celestini. Il reste beaucoup de points d'interrogation.» Aucun, toutefois, ne concerne les grandes lignes du projet mené.