«Mieux vaut tard que jamais.» Alicia Molik, 23 ans, était il y a quelques années l'une des juniors les plus prometteuses du circuit. Les espoirs placés en elle dans son pays ont cependant été déçus durant plusieurs saisons, alors même que l'Australie, nation riche en joueurs de qualité, attend depuis longtemps déjà une championne digne de la légendaire Margaret Court. En un week-end à Kloten, l'athlétique jeune femme a crevé l'écran. Elle s'est adjugé le titre dimanche en battant la Russe Maria Sharapova 4-6 6-2 6-3, après avoir dominé, la veille, la Bâloise Patty Schnyder en demi-finale.

«J'ai pris mon temps, mais chacun a besoin de suivre son propre chemin», a déclaré Alicia Molik afin d'expliquer le retard qu'elle a pu prendre pour éclater au plus haut niveau, retard qui est d'autant plus frappant lorsqu'elle affronte, comme hier en finale du tournoi zurichois, une joueuse de 17 ans qui compte déjà une victoire en Grand Chelem à son palmarès.

Un travail intensif

Pour l'Australienne, tout a commencé à se mettre en place en 2003. Basé sur la force de son service et de son coup droit, son jeu a gagné en substance grâce à un travail intensif réalisé sous l'égide de son entraîneur David Taylor, sur lequel elle s'est d'ailleurs précipitée juste après avoir remporté le plus prestigieux succès de sa carrière aux dépens de Maria Sharapova. L'an dernier, Molik s'était offert son premier titre à Hobart, avant d'en gagner un deuxième cette année à Stockholm. Mais c'est surtout sa victoire lors du match pour la médaille de bronze aux Jeux olympiques d'Athènes face à une autre Russe, en l'occurrence Anastasia Myskina, qui l'a révélée au grand public tout en lui donnant confiance en ses moyens.

Il convient toutefois de préciser qu'Alicia Molik a été quelque peu aidée par les circonstances à Kloten. Maria Sharapova, victorieuse à Wimbledon au mois de juillet dernier et grande favorite de la rencontre en tant que tête de série No 4 du tournoi, a été gênée par une douleur aux pectoraux dès le deuxième set de la finale. Et son service a nettement perdu de son efficacité à partir de ce moment. La joueuse russe, qui restait sur une série impressionnante de douze matches consécutifs sans défaite et qui avait gagné les six finales qu'elle avait disputées jusque-là, ne voulait pourtant pas évoquer cette gêne comme la seule cause de son échec. Elle a même tenu à relever les mérites de son adversaire. Et quand on lui a demandé quelle impression cela faisait de perdre une finale, elle a su conserver son pragmatisme et une relative bonne humeur: «C'est mieux que d'être éliminée au premier tour!»

Le tournoi émigre

Même si les organisateurs zurichois auraient peut-être préféré voir Maria Sharapova, incontestablement promise à un grand avenir, succéder à la Belge Justine Henin-Hardenne au palmarès de leur épreuve pour l'ultime édition programmée à Kloten, ils se montraient globalement satisfaits de ce millésime 2004. Le joli parcours de Patty Schnyder, battue en demi-finale par la future lauréate, ainsi que celui des Russes Dementieva et Sharapova, ont permis au tournoi de conserver son intérêt malgré les forfaits successifs de six joueuses classées parmi les dix meilleures mondiales. D'autres manifestations ne se seraient pas remises d'une telle succession de coups durs. Du côté de Zurich, on se montre au contraire optimiste pour le futur, notamment en raison du transfert l'an prochain entre les murs rénovés du légendaire Hallenstadion, où le public devrait se déplacer plus nombreux qu'au stade du Schluefweg.