«L'attaquant moderne, si c'est un piquet, il ne joue pas plus haut que la 3e ligue. Tu dois te bouger!» crie Thierry Cotting en arrêtant le jeu pour prodiguer ses conseils. Autour de lui, rassemblés en éventail, les jeunes du Centre de formation du Servette FC (CFFSG) prêtent une oreille attentive en se désaltérant. Sur les terrains du stade de Vessy, à Genève, le match d'entraînement peut reprendre. L'entraîneur l'interrompt fréquemment pour prodiguer ses conseils: «Regardez le ballon et la zone de jeu! Donnez-vous de l'espace et du temps!» L'entraîneur élève aussi la voix: «Si je suis dynamique dans les consignes, c'est qu'il faut se bouger. A tous les entraînements, il faut se donner à fond, être à 110-120%. Sinon, ça ne sert à rien.»

L'ancien entraîneur d'Etoile Carouge (LNA), maître d'éducation physique diplômé, est revenu à ses premières amours: la formation. Responsable technique du CFFSG depuis une année, Thierry Cotting se veut modeste à l'heure du premier bilan: «Cela fait vingt ans que l'on parle de formation à Genève, mais concrètement, cela ne fait qu'une année qu'il y a quelque chose. Il faut être patient, et attendre deux ans pour tirer un vrai bilan.» Les douze premiers mois restent positifs: «C'est une grosse satisfaction. Nous sommes partis de rien. Aujourd'hui, il existe une structure qui concilie le sport et les études.»

Programme scolaire adapté

Voulu par Canal Plus dès son arrivée à Genève, mis en route grâce à une fondation – indépendante du Servette FC et présidée par Olivier Maus – créée le 11 novembre 1997, structuré dans les premiers mois de 1998, le Centre de formation a ouvert officiellement le 20 juillet 1998 à l'Institut Florimont. Cet établissement, partenaire du club, s'occupe des cours, de l'encadrement, du repas et de l'hébergement pour les internes. La plupart des jeunes suivent leur scolarité ailleurs – maturité dans une école publique, école de commerce, école de culture générale, Cepta (école professionnelle) –, mais le programme scolaire a été adapté de façon individualisée, en accord avec le Département de l'instruction publique et les différents directeurs d'école.

«Nous nous occupons de l'éducation sportive, mais nous ne négligeons pas l'aspect scolaire. Nous sommes régulièrement en contact avec les professeurs», explique Thierry Cotting. Les jeunes suivent un entraînement quotidien – voire deux – à raison d'une quinzaine d'heures de pratique et de théorie par semaine. Ces entraînements sont complétés par une sensibilisation à la diététique et un suivi médical et psychologique.

Les joueurs intégrés au centre sont entièrement pris en charge par la fondation du CFFSG (qui paie 500 000 francs par an) qui leur assure la formation sportive et scolaire ou professionnelle. Ils appartiennent au Servette FC, et sont sous contrat d'apprentissage avec le club. L'an dernier, onze stagiaires (8 internes et 3 externes) de 14 à 17 ans formaient la première promotion d'«apprentis footballeurs». Des jeunes choisis après une sélection rigoureuse, des discussions personnelles et des visites scolaires d'orientation. La priorité a été donnée aux jeunes talents déjà présents dans le club et sélectionnés en équipe nationale juniors. «L'objectif est la formation régionale, même si le recrutement se fait aussi à l'extérieur», précise Thierry Cotting.

Vie d'internat difficile

Ainsi, Roger Wagner, 17 ans, est arrivé l'an dernier de Soleure. «Au début, la vie d'internat, l'éloignement de mes parents, de mon frère et de ma sœur, ainsi que la langue, ont constitué les principales difficultés», se souvient le jeune attaquant international des «moins de 16 ans». Aujourd'hui, après cette période d'adaptation, il se trouve bien à Genève. Comme ses copains du centre, il ne rêve que d'une chose: être un jour footballeur professionnel. Face à Grasshoppers, l'an dernier, il a même joué deux minutes en Ligue nationale A. Pour l'heure, Roger est patient, et les études ne le rebutent pas: «Je veux réussir dans le football, mais on ne sait jamais; je peux me blesser…»

Daniel Parra, 18 ans, vit également au centre, mais voit plus souvent sa famille, à Onex. Le plus difficile? «L'autonomie. Savoir gérer son temps libre.» Si, au début, les sorties lui manquaient, le problème ne se pose plus aujourd'hui: «Il faut faire quelques sacrifices, mais c'est mon choix. J'ai une chance. A moi de la saisir.» Cette saison, Daniel fait partie du contingent de la première équipe, comme deux autres jeunes du centre, Thierno Bah et Maxim Sanou. Mais il restera au centre de formation pour pouvoir terminer sa maturité économique.

Si les jeunes du centre s'entraînent parfois avec la première équipe ou jouent des matchs amicaux, ces premiers exemples d'intégration sont une motivation supplémentaire. Intégrer l'équipe professionnelle n'est pas un leurre. D'autant que les dirigeants misent sur ce réservoir. «Après une année, le bilan va au-delà de nos espérances, se félicite Patrick Trotignon, le directeur général du club. La majorité des jeunes du centre ont remporté le championnat national des «moins de 17 ans». Ce centre est l'avenir du Servette FC.»

Cette saison, le CFFSG a vu le nombre de stagiaires passer de 11 à 15 (7 internes et 8 externes). A petits pas, le centre prend un rythme de croisière. Avec l'espoir de voir un titulaire dans la première équipe dans un avenir proche.