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Roger Federer et Rafael Nadal pour une fois du même côté du filet. Dans le cadre de la Laver Cup, ils affrontaient samedi la paire formée par les Américains Jack Sock et Sam Querrey.
© DAVID W CERNY

Tennis

La Laver Cup, une autre vision du tennis

A Prague, Roger Federer et son agent, Tony Godsick, ont réussi leur pari. Loin de l’exhibition sans âme que certains redoutaient, cette nouvelle compétition a enthousiasmé ses participants, révolutionné les codes visuels du tennis et replacé le jeu dans une histoire de transmission

L’image du week-end, le clou du spectacle, restera son double unique et historique avec Rafael Nadal. Un pur bonheur pour tous les amoureux du tennis dans une salle électrisée par la force de l’instant. Ce n’est pourtant pas pour se mettre en vedette, mais bien pour rendre hommage aux anciens, à Rod Laver, à Björn Borg, à John McEnroe, qu’il ne supportait plus de voir cantonnés à des rôles de consultants de luxe, que Roger Federer a créé la Laver Cup.

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La force de la première édition de cette compétition par équipes – l’Europe contre le reste du monde – réside dans cette capacité à créer des ponts entre les générations, à une époque où la démultiplication des records et des statistiques relègue le passé aux oubliettes. Roger Federer a posé les fondations d’un événement intergénérationnel, qu’il rêve de voir devenir pérenne pour acquérir une légitimité historique. «J’aimerais que dans cinquante ans, tous les plus grands joueurs soient passés par la Laver Cup», dit-il. Le temps jugera.

Evénement léché dans les moindres détails

Rome ne s’est pas faite en un jour et la route sera longue, mais les premiers pas de leur «bébé» – pour reprendre le terme cher à Tony Godsick, agent de Federer et responsable du tournoi – sont concluants. Grâce au soutien de solides sponsors et des fédérations américaine et australienne de tennis, les organisateurs ont su mettre en place un événement pensé, léché dans les moindres détails. Qu’il s’agisse de l’élégance sobre d’une ligne graphique efficace et omniprésente ou de la visibilité massive sur les réseaux sociaux. Sans parler d’une production télévisuelle brisant tous les tabous. Ici on filme et montre la vie des joueurs dans les coulisses.

Tous ceux qui ont fait le déplacement à Prague en prennent plein la vue. John McEnroe, bombardé capitaine du Team World, parle d’un «voyage en première classe». «C’est génial de voir une telle énergie, de voir les gars s’encourager comme ça. Il y a du potentiel et en tant qu’ancien joueur et fan de tennis, j’espère que cet événement s’inscrira dans le futur.» Le fantasque Nick Kyrgios s’éclate. «C’est juste parfait, insiste l’Australien. Ça crée des liens et des souvenirs incroyables. Si tu gagnes un tel événement, ça reste inoubliable. Le tennis a besoin de ça. C’est devenu trop individualiste. Chacun fait ses trucs dans son coin sans se préoccuper des autres. Ça change, ça fait du bien!»

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Tout participe de cette collégialité. Jeudi soir, lors du gala d’ouverture, devant un parterre en tenue de soirée dans la somptueuse salle de la Maison municipale de Prague, les joueurs sont présentés à tour de rôle par un de leurs coéquipiers. Et c’est à Alexander Zverev qu’incombe la tâche d’inviter Federer sur scène. Il raconte alors avec émotion et nervosité sa première rencontre, à 5 ans, avec le Maître. «Il m’a parlé en allemand. J’étais surpris car je ne savais pas que les Suisses parlaient allemand (rires de la salle). Je lui ai demandé un autographe et il m’a dit qu’un jour on jouerait peut-être l’un contre l’autre. J’ai répondu timidement: «Oui, peut-être.» Et aujourd’hui, j’ai l’honneur de faire équipe avec lui.»

Rôle de transmission entre générations

Tout aussi ému, Zverev, vendredi, à l’heure d’évoquer les conseils tactiques que Federer lui a glissés à l’oreille pendant son simple contre Denis Shapovalov. «Une aide précieuse», reconnaît-il. Une chance unique pour ces jeunes d’échanger avec ces immenses champions. La Laver Cup joue aussi un rôle de transmission entre les générations.

Au-delà d’un marketing rodé, cette Laver Cup frappe un grand coup par son caractère humain et sportif. La salle de la O2 Arena, bel écrin de 16 700 places, pleine dès le premier jour, aura vibré avec cette brochette de légendes. Sur ce court, il se sera vraiment passé un truc fort. Des tribunes, on ne sait plus où donner de l’œil. Le spectacle est partout. Comment ne pas scruter les réactions de chacun. On s’amuse en voyant avec quelle intensité Rafa Nadal vit les matches de ses camarades du Team Europe. Il se lève, serre le poing, tape sur ses cuisses. La combativité légendaire du numéro un mondial transparaît même sur le banc. Federer, tel le grand gamin qu’il est souvent, n’est pas en reste non plus côté encouragements. Même si les Européens restent sobres par rapport aux «bad boys» du Team World, qui rivalisent de gestes ou se roulent par terre pour célébrer les points gagnés. «Ils sont plus jeunes que nous», sourit Nadal. «Des personnalités et des caractères différents», se marre Federer.

Borg et McEnroe capitaines

Comme si chaque équipe collait à l’image de son capitaine. Car avec Borg et McEnroe, on assiste au remake du feu et de la glace. Chacun campé sur son canapé de capitaine, ils rejouent sans le vouloir leurs duels passés. En bleu, «IceBorg» ne laisse rien paraître de la nervosité qui pourtant l’habite. «Plus que quand j’étais joueur», avoue-t-il. Le Suédois, visage impassible, distille ses conseils au compte-gouttes, et donne une petite tape de temps en temps à ses joueurs. A l’inverse, «Big Mac» grimace, croise et décroise les bras, s’agite et va jusqu’à traiter Nadal de noms d’oiseau pour encourager Jack Sock, qui vient d’égaliser à un set partout face à l’Espagnol

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Puisque chacun se prend au jeu, la valeur des rencontres dépasse de très loin celle d’une exhibition. Il n’y a certes aucun point ATP à glaner, mais le respect des pairs à conquérir. Investis, les joueurs se sortent les tripes pour tenter de marquer pour leur camp. Dominic Thiem avoue «s’être senti plus nerveux que sur un match du circuit». Aucun ne veut décevoir Federer, Borg ou McEnroe! Et même les plus illustres se donnent à fond. Les sauts de cabri de Nadal après une balle de break sauvée ou ses bras levés au ciel pour célébrer sa victoire en simple samedi n’avaient rien de chiqué. Pour eux, c’est du sérieux, comme la remontée fantastique du Team World dimanche.

Avec la Laver Cup, Roger Federer prépare aussi son avenir. Mais qui de plus légitime que le meilleur joueur de tous les temps pour, comme le dit si bien McEnroe, «promouvoir le tennis en lui donnant un bon coup de pied». Le rideau tombe à Prague dans l’euphorie d'une victoire de l'Europe 15-9 obtenue sur le fil par Federer lui-même. Et le rendez-vous est pris pour 2018 au United Center de Chicago, une salle de 23 000 places.

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