LeBron James a réussi son extraordinaire pari. Celui d’offrir aux Cleveland Cavaliers la franchise qui l’a drafté en première position en 2003, le tout premier titre NBA de l’histoire. Celui de ramener un sacre national dans une ville de l’Ohio dont les principales équipes professionnelles – football américain, baseball, basketball – n’en avaient plus fêté depuis 1964 et le triomphe des footballeurs des Browns. Celui, plus personnellement, de gagner la bague promise au champion de la ligue professionnelle nord-américaine pour la troisième fois, après deux succès à Miami (2012 et 2013).

Cela paraissait impossible il y a encore deux mois. Les Golden State Warriors venaient d’effacer des annales un record vieux de vingt ans, celui du plus grand nombre de victoires en une saison régulière de NBA détenu par les Chicago Bulls de Michael Jordan (73 en 82 matches). Stephen Curry et ses potes d’Oakland marchaient sur l’eau et rien ni personne ne semblaient pouvoir les stopper.

Le retour du roi

C’était sans compter sur une sévère baisse de régime, en play-off, de celui qui avait été élu meilleur joueur de la saison régulière à l’unanimité (une première) mais qui a ensuite été ennuyé par des soucis à une cheville et un genou. «Il n’y a aucune explication, je n’ai aucune excuse, j’étais prêt à jouer, blessé ou pas blessé», a déclaré Stephen Curry dimanche, après la défaite de ses Warriors dans le septième et dernier acte de la finale (93-89). Golden State avait mené trois manches à une avant de voir les Cavaliers revenir au grand galop. Aucune équipe n’avait jamais réussi à effacer un tel retard lors d’une finale de NBA. Le retour record d’une équipe dans une série, pour conclure le retour triomphal du roi «King» James. Car l’histoire de ce premier titre des Cavs tient du pur messianisme.

11 juillet 2014. LeBron James, quatre fois most valuable player (MVP) de la NBA, signe une lettre ouverte sur le site internet de Sports Illustrated intitulée «I’m coming home». «J’ai toujours cru que je reviendrais à Cleveland terminer ma carrière. Je ne savais pas quand. J’ai commencé à me demander ce que ce serait que de m’occuper de ma famille dans ma ville natale. J’ai regardé les autres équipes, mais je ne pouvais quitter Miami que pour Cleveland», y écrit-il. Puis: «Quand je suis parti de Cleveland, j’étais en mission, révèle James. Je chassais les titres, et nous en avons remporté deux. Mais Miami avait déjà eu cette satisfaction. Notre ville n’a plus connu ça depuis un long, long, long moment. Le plus important pour moi est de ramener un trophée au nord-est de l’Ohio.»

De star à traître

Cleveland, au bord du lac Erié. LeBron James a grandi là ou presque, à l’échelle des Etats-Unis, c’est-à-dire à 40 miles au sud, dans la ville d’Akron. Lorsqu’il naît en 1984, sa mère a 16 ans et doit l’élever seule. Taillé pour le basketball, il se fait vite remarquer: il couple une carrure impressionnante (2,03 mètres) à une vitesse d’action rare pour un joueur de son gabarit. Il devient star avant même d’atterrir en NBA; Sports Illustrated le porte en Une et titre «The Chosen One» (l’Elu) alors qu’il est encore au lycée. En 2003, il est drafté en première position par la franchise de sa région, les Cavaliers.

En sept saisons, Cleveland atteindra une fois la finale NBA (en 2007) et LeBron James enchaînera les distinctions individuelles. Mais il veut davantage et en 2010, libre de s’engager où il le souhaite, il rejoint Miami en quête de trophées collectifs. Psychodrame dans l’Ohio: le fils prodigue devient un traître; les fans le renient; le propriétaire de la franchise Dan Gilbert signe une lettre critique à son encontre; il se fait huer lorsqu’il revient, sous les couleurs du Heat, jouer à Cleveland.

Très attaché à sa région d’origine, l’intéressé a pourtant toujours su qu’il reviendrait un jour. Il l’a dit en 2014. Tout en précisant: «Je ne promets pas un titre. Je sais combien c’est difficile à obtenir. Bien sûr, je veux gagner dès l’année prochaine, mais je suis réaliste. Ce sera un long processus, plus long que celui entamé en 2010 (avec Miami).» Le messie lui-même sous-estime son pouvoir. De retour à Cleveland, il a fait comme en Floride: une finale NBA la première année (perdue en 2011 contre Dallas, en 2015 contre Golden State), le titre la deuxième. «Ce titre est pour ceux qui ne croient toujours pas en moi», a-t-il lâché après la finale. Mais y a-t-il encore des sceptiques?