Un beau jour de 2014, Lorenzo Falbo s’est fait piéger, et kidnapper par la mafia ukrainienne. Depuis cet épisode traumatisant, qu’il a raconté dans l’excellent webdocumentaire «Hors-jeu», le Genevois est bien placé pour savoir que tout peut arriver à un agent de joueurs de football. Il sait aussi que beaucoup de jeunes embrassent le métier sans être préparé à la complexité des situations auxquelles ils pourront être confrontés, a fortiori depuis que la FIFA a laissé tomber la licence officielle qu’il fallait obtenir pour exercer en 2015. «Avant de me lancer, j’ai dû réussir un examen qui était très, très compliqué, se souvient Lorenzo Falbo. Aujourd’hui, il suffit de s’enregistrer auprès du Secrétariat d’Etat à l’économie. Concrètement, les agents de football ont aujourd’hui la même autorisation que les agences de placement, alors que ce n’est pas exactement la même activité…» Ni les mêmes connaissances mobilisées.

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Soucieux de l’évolution de la profession qu’il a choisie, Lorenzo Falbo a décidé de lancer une formation spécifique. «Des confrères m’ont dit que j’étais fou, que je sciais la branche sur laquelle j’étais assis en aidant la concurrence à s’aguerrir. D’un côté, c’est vrai. Mais je préférerai toujours avoir à lutter contre une concurrence saine, qui fonctionne avec éthique.» Il vient de diplômer sa première volée. Quatorze personnes. «Tous ceux qui ont été jusqu’au bout des quarante heures de cours ont réussi l’examen, j’en suis très fier, car il est basé sur celui que la FIFA pratiquait à l’époque, actualisé avec l’évolution des pratiques. Cela veut bien dire que les participants apprennent quelque chose.»

Un métier qui attire

La prochaine volée commencera son cursus en octobre prochain et la formation est désormais distillée en partenariat avec le SAWI. Cet institut de formation en marketing et communication à Lausanne cherche à développer son offre en matière de sport. Depuis quelques années, il propose MBA et bachelors dans le domaine au sein de son «Campus Sport» de Lausanne. «Pour fonctionner comme intermédiaire du football, il faut des compétences multiples, dont celles que nous maîtrisons ici», explique le responsable pédagogique Olivier Beyeler, convaincu que cette nouvelle formation aura du succès. Au contact des nombreux étudiants qui se pressent dans les locaux du numéro 1, avenue de Florimont, il sent bien que le métier d’agent interpelle, attire. Pour obtenir leur diplôme, les personnes intéressées devront payer 4900 francs et suivre huitante heures d’enseignement. Le double de la première volée. «Ce sera plus approprié, appuie Lorenzo Falbo. Avec les plus de vingt intervenants que nous mobilisons, nous avons été un peu serrés…»

Dans le football, il y a beaucoup d’escrocs et de mythomanes. Même les clubs soutiennent notre démarche, car ils préfèrent avoir des intermédiaires de qualité

Lorenzo Falbo

Le programme est riche. En neuf modules, il prévoit d’aborder des thèmes aussi divers que les enjeux juridiques, le fonctionnement des contrats, les relations entre joueurs et clubs, la mécanique des transferts, la gestion de l’image et le coaching mental. «Quand on dit agent de joueur, cela renvoie à la personne qui fait le lien au moment d’un transfert. Mais le métier est plus riche et plus complexe que ça, c’est pour ça que je préfère parler d’intermédiaire», explique Lorenzo Falbo. Il sait que les portes de la profession sont grandes ouvertes et que tous les candidats ne feront pas le détour par la salle de classe. Mais il espère imposer son cursus comme un label de qualité.

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«Dans le football, il y a beaucoup d’escrocs et de mythomanes. Même les clubs soutiennent notre démarche, car ils préfèrent avoir des intermédiaires de qualité. Les requins qui alpaguent les jeunes mineurs à la sortie de l’entraînement, personne n’en veut…» Dans les cours qu’il donne, Lorenzo Falbo fait en sorte de casser quelques clichés, dont celui qui veut que tous les agents de joueurs ont la belle vie, fait d’un travail pas sorcier et de commissions juteuses. «Contrairement aux idées reçues, ce n’est pas un métier facile. Financièrement, il faut se battre pour en vivre, et il est nécessaire d’acquérir des compétences très diverses. Lors d’un module, l’entraîneur du LS Fabio Celestini a dit à nos participants qu’ils devaient se préparer à être des conseillers de vie. C’est joli, et je trouve que c’est assez vrai.»