Le 103 arrive, bondé comme tous les matins. Une vieille femme surgit à l'arrêt de bus et s'apprête à profiter du fait que le chauffeur s'est arrêté deux mètres trop loin pour griller la politesse à la poignée de personnes qui patientait sagement.

Un jeune homme au brassard rouge vif la frappe à l'épaule d'un léger coup de baguette et arrête sa course. «Des gens font la queue, vous ne le voyez pas? Il faut être civilisé et attendre votre tour!»

Vu son ébahissement, l'incriminée n'a sans doute pas été mise au courant que le 11 de chaque mois est désormais «journée de la queue» à Pékin.

«Changer le comportement des gens demande du temps, mais nous sommes confiants en notre capacité à le faire en peu de temps.» Zheng Mojie est la présidente adjointe du Bureau de la construction du progrès culturel et éthique de la capitale. Créé en 1982, il dépend de la municipalité de Pékin. «Les programmes se succèdent depuis longtemps déjà, ce bureau n'a donc pas été créé pour les Jeux, et ses activités ne s'arrêteront pas avec eux», assure la quinquagénaire, en poste depuis l'an dernier.

Que reproche-t-elle exactement aux Pékinois? «Cracher par terre, ne pas avoir un comportement civilisé avec leurs voisins, que ce soit en voiture, dans les transports en commun ou dans les stades.»

Mouchoirs à crachats

Le programme des festivités devrait remettre cela à plat. Les journées du 11 des mois de février et de mars sont réservées aux queues dans les stations de métro et de bus; celle d'avril aux queues dans les hôpitaux; en mai, les automobilistes seront encouragés à ne pas conduire vite, à ne pas doubler leurs voisins et à ne pas griller les feux rouges; la journée de juin sera consacrée à la queue dans les magasins; celles de juillet et août aux queues dans les toilettes des jardins publics et dans les stades; puis, ce sera au tour des collégiens, lycéens et étudiants, avant qu'en novembre, summum de ces dix mois d'opération, tout le monde fasse la queue où qu'il soit.

«Ce ne sera évidemment pas une obligation, précise Zheng Mojie. Nous récompenserons ceux qui suivront ces consignes avec des fleurs ou des mascottes comme celles-ci.» Trois petites figurines rouges, orange et vertes au sourire niais «sont heureuses de contribuer aux activités liées aux Jeux olympiques», comme l'indique leur slogan.

La fonctionnaire refuse de s'entendre dire que cette opération est née de la volonté de plaire aux touristes occidentaux qui afflueront lors des Jeux olympiques. «Nous voulons juste établir nos propres standards car cela nous sera bénéfique.» Et interdire de cracher, n'est-ce pas pour éviter que les visiteurs ne soient terrorisés par les interminables raclements de gorge qui résonnent dans Pékin? «Cracher n'est pas un mauvais comportement en soi, mais cela favorise la transmission des maladies.»

De fait, le comité a fait réaliser des paquets de mouchoirs qui seront distribués gracieusement, à destination des crachats. A défaut, une amende de 7,25 francs sera prononcée.