En 2001, l'équipe Williams-BMW pourrait bien être celle qui arbitrera le duel annoncé qui devrait opposer la Scuderia Ferrari et l'impressionnant binôme McLaren-Mercedes. Sur le plan technique, la nouvelle monoplace est logiquement une évolution intelligente du modèle précé-dent qui a permis à Williams de se classer à la troisième place du championnat du monde des constructeurs 2000. Côté moteur, BMW affirme que le sien, plus petit, plus puissant, doté d'un angle différent, a été entièrement revu, ce qui pourrait impliquer quelques soucis de fiabilité, au moins en début de saison. Mais les essais hivernaux ont en partie rassuré les motoristes allemands.

C'est plutôt à cause de son duo de pilotes que l'écurie Williams risque de faire parler d'elle cette saison. Certes, Ralf Schumacher, le frère du champion du monde, est toujours là et a gagné en maturité, mais il se voit flanqué d'un petit nouveau en la personne du Colombien Juan Pablo Montoya. L'année dernière, Ralf s'est coltiné le très prometteur Jenson Button. Cette fois, son patron lui met dans les jambes un client qui semble encore plus redoutable.

Arrogant et prétentieux

A 25 ans, Montoya, qui connaît déjà l'écurie Williams pour avoir été son pilote d'essais, il y a deux ans, revient de son exil aux Etats-Unis gonflé à bloc. Il a déjà la réputation d'un pilote ultrarapide, peu tendre avec ses adversaires, mais aussi avec un palmarès respectable dont un titre de champion de Formule 3000, d'un autre dans le championnat américain de CART et une victoire aux célèbres 500 Miles d'Indianapolis. Un peu comme lorsque Jacques Villeneuve avait intégré l'équipe Williams, avec une réussite qui en avait étonné plus d'un.

Le Colombien présente également la particularité de ne pas douter de son talent. Il ne cherche jamais à jouer les faux modestes. Ce qui lui vaut d'être déjà catalogué comme arrogant et prétentieux.

Frank Williams, lui, ne considère pas cet état d'esprit comme un défaut. Au contraire. Toutefois Frank Williams n'a jamais été tendre avec ses pilotes. A l'instar d'Enzo Ferrari jadis, il adore les mettre en compétition. Il s'est bien gardé de présenter Montoya comme la 7e merveille du monde, même s'il fut le premier à croire au talent du Colombien au point de financer ses débuts en F3 et en F 3000, en échange d'un contrat à long terme.

Régime sec

Patrick Head, le directeur technique de l'écurie anglaise, comme son associé et ami Frank Williams, n'est pas du genre à se pâmer devant la réputation et les performances des pilotes qu'ils engagent. Ainsi, Frank Williams a commencé par demander à sa nouvelle recrue de perdre les quelques kilos pris dans les McDonald's américains. A leur époque, même des champions de la dimension d'Alain Prost (en 1993) ou d'Ayrton Senna (en 1994) ont subi la froideur de cette équipe typiquement britannique. Seuls les vrais durs peuvent s'y épanouir.

Cette philosophie de la course est d'ailleurs loin de manquer d'intérêt. Même si la politique qui consiste à introduire le loup dans la bergerie peut parfois coûter très cher lorsque la rivalité des pilotes d'une même équipe tourne au vinaigre sur la piste. Mais l'écurie Williams a connu bien pire lorsque Nigel Mansell et Nelson Piquet s'y côtoyaient.

Et puis Patrick Head sait toujours calmer les ardeurs des pilotes lorsqu'il comprend que ses jolies voitures risquent de finir leur carrière à la casse. Reste que si Juan Pablo Montoya aiguillonne Ralf Schumacher et le pousse dans ses derniers retranchements, l'écurie Williams-BMW, qui va profiter de toute l'attention de Michelin, pourrait bien faire des étincelles et bousculer la quiétude des géants Ferrari et McLaren.