Le Cirque Knie n'a pas prévu d'aller raconter ses blagues au Liechtenstein cette année. «Nous n'allons pas à l'étranger, monsieur», s'est contenté de justifier un préposé aux bavardages quelconques. Dans le même temps, la tournée footballistique du FC Vaduz passera peut-être dès juillet par les plus grandes villes du pays. Il ne manque en effet que cinq unités aux «étrangers», leader avec deux longueurs d'avance sur Bellinzone, à trois journées du terme et avant de recevoir Yverdon-Sport ce soir, pour accéder au sommet de la hiérarchie helvétique et s'offrir ainsi le nouveau programme «Bellissimo» de Frédy et Franco, au Schachen argovien ou sur la place des Potences, à Sion. Source de motivation notoire.

Après 76 ans d'histoires au cours desquelles on ne lui reconnut que le droit à la participation, le FC Vaduz a bien mérité le premier rang du chapiteau. Désorienté jusqu'au-delà de la suissitude, accoudé aux esprits réfractaires des «Neinsager». Trop friqué pour mourir dans le regard oblique du voisinage, trop cabochard pour rompre sous les édits d'une ligue nationale bientôt inquiète de l'expansion d'un club qui ne devait rester qu'un «club de première ligue», depuis son intégration en 1960. Trop ambitieux pour ne pas finir par monter en LNB, été 2001. La Ligue nationale dispense alors le FCV d'une éventuelle promotion, avant d'accorder aux «étrangers» le droit à l'excellence par une convention «aux détails confidentiels», signée comme un testament.

«Elle a été acceptée par l'immense majorité des clubs et porte jusqu'en 2010», éclaircit aujourd'hui Edmond Isoz, directeur de la Swiss Football League, lequel admet avoir été «sceptique, au début». Taiseux sur des conditions financières «secrètes», il concède néanmoins que le FC Vaduz «paie une prime d'entrée (ndlr: d'aucuns parlent de 250000 francs suisses en cas de promotion) ainsi qu'une taxe annuelle. Ils ont les mêmes droits et devoirs financiers que les autres, mais ne disposent pas de redevances et de subventions dans le domaine de la formation. Ils paient enfin tous les frais liés à l'arbitrage (ndlr: 30000 francs par an en Challenge League)».

Puis, explicite: «Il y a un donateur étranger qui leur garantit plusieurs millions.» Objection d'une communauté aphasique par intérêt, voire par principe: «Je ne connais pas cette personne, ose Hanspeter Negele, membre du FC Vaduz depuis 1965, président depuis 2003. Nos deux principaux sponsors sont l'entreprise de gestion de fortune MBPI et la Liechtensteinische Landesbank», lesquels auraient d'ores et déjà annoncé l'extension des facilités en cas de promotion. Le FCV est porté également par une majorité de membres influents du club des supporters, «environ 250», selon Negele, et les subventions de «l'UEFA et la FIFA à la fédération du Liechtenstein qui la redistribue ensuite entre ses membres, à savoir le FC Vaduz!» selon Paul-André Cornu, président d'Yverdon-Sport.

Bien entourée, bien implantée dans un territoire de nantis aux compétences mathématiques reconnues, la profession converse aujourd'hui des avantages fiscaux du club de la Principauté. «Aucuns», selon Negele, lequel souligne qu'un joueur approché par Vaduz «devra toujours choisir entre une vie sociale à Bâle ou Zurich et une expérience au Liechtenstein». «Je ne pense pas qu'ils puissent avoir un avantage, abonde Xavier Oberson, professeur genevois de droit fiscal. Pour les athlètes, l'imposition concerne le lieu de la performance et non pas le lieu de résidence.»

Au-delà d'une arithmétique de grossiste, quelle légitimité le FCV aurait-il en Super League? «Le scandale tient du fait qu'ils écrasent chaque année des cadors du football de talus en finale de la Coupe du Liechtenstein (ndlr: 37 victoires dont les onze dernières) et accèdent ainsi à la Coupe de l'UEFA, s'émeut Yves Martin, président du groupe de supporters lausannois BWFK. Lorsqu'ils héritent du PSG en Coupe d'Europe en 1996, le club s'assure un budget confortable rien qu'en droits télé.» Cornu: «Il s'agit d'une concurrence déloyale, c'est évident.»

Quelle concurrence? «Ils ne peuvent pas être champion suisse puisqu'ils dépendent de la fédération du Liechtenstein, confesse Isoz. Mais il faut remettre Vaduz à sa place. Si un club avec un budget relatif (ndlr: 8 millions l'an prochain ) et une moyenne de spectateurs économe devient champion, le football suisse serait gravement malade.»

«C'est complètement stupide de penser ainsi. Qu'adviendra-t-il lorsque Vaduz aura fait ses points et évité ainsi la relégation? Quel intérêt aura-t-il alors à gagner ses matches?» s'enquiert Christian Constantin, opposant prosélyte à la montée du FCV, tandis que son homologue neuchâtelois Sylvio Bernasconi ne veut pas «refaire le règlement aujourd'hui» et note que «cela fonctionne très bien avec Monaco chez nos voisins». Et qu'au pays de Galles, aussi, les tacticiens contournent le canal de Bristol pour saccager les chevilles en championnat anglais.

Vaduz reste néanmoins une destination footballistique originale. On ne parle pas encore de hooliganisme (974 spectateurs de moyenne cette saison au Rheinpark), ni même de l'influence du houblon sur le neurone des brutes épaisses, parce que la bière n'a manqué qu'une seule fois au pub Old Castle Inn, lors de la réception d'une meute britannique à l'occasion d'un match de l'équipe nationale du Liechtenstein. Les sept équipes du coin évoluent toutes dans les championnats helvétiques et, avec quelque 1700 licenciés pour 36000 habitants, le «pays» connaît l'un des plus hauts taux de footballeurs du monde.

On espère aujourd'hui «quelque 5000 spectateurs par match l'an prochain si nous montons», selon Negele. On parle d'un travail mérité, élaboré avec l'arrogance des cadets, des infrastructures adaptées et 1,4 million de francs de budget lors de l'arrivée en Ligue nationale B (2001). Achevé avec plus de 5 millions cette saison, le coaching efficace du très expansif Heinz Hermann (international helvétique le plus capé avec 126 piges) et la promptitude du Brésilien Gaspar (31 matches, 31 buts). Il ne manque aujourd'hui que cinq unités au FCV pour atteindre le sommet de la hiérarchie helvétique et réaliser un rêve de gosse. Le cirque Knie, place des Potences.