Vu de Nashville, l’affaire est un peu embarrassante. Jamais les Predators locaux n’avaient été éliminés des play-off de la prestigieuse National Hockey League (NHL) sans remporter le moindre match. C’est ce qui est leur est arrivé cette année contre le Colorado Avalanche, vainqueur de l’acte IV ce lundi sur le score de 5-3.

Vu de Suisse, cette déconvenue cinglante tient de l’aubaine. Elle acte la fin de la saison outre-Atlantique du Bernois Roman Josi, capitaine des «Preds», qui devrait donc pouvoir rejoindre l’équipe nationale avant le début du Championnat du monde ce vendredi en Finlande. La sélection de Patrick Fischer y disputera son premier match le lendemain contre l’Italie.

La préparation a commencé depuis plusieurs semaines. Comme chaque année, nombreux sont les joueurs qui l’ont entamée avant d’être libérés au profit d’autres, à mesure que leurs clubs les ont envoyés en vacances. Après les derniers matchs amicaux du week-end, disputés en Suède, le staff de l’équipe de Suisse a indiqué au défenseur Romain Loeffel ainsi qu’aux trois attaquants André Heim, Noah Rod et Mike Künzle qu’ils ne participeraient pas au Mondial.

Lire aussi: En hockey, la reconfiguration permanente de l’équipe de Suisse

Saison inédite depuis 1993

Seuls 18 hockeyeurs se sont envolés ce mardi pour Helsinki. Il reste de la place dans l’effectif, à dessein. «Nous suivons notamment les événements en NHL et sommes prêts à réagir rapidement en fonction de la situation», déclare le directeur des équipes nationales Lars Weibel dans un communiqué de la fédération, indiquant que la sélection définitive devrait tomber en fin de semaine.

En plus de Dean Kukan (Columbus Blue Jackets) et Janis Moser (Arizona Coyotes) qui étaient déjà de la partie en Suède, elle comportera très vraisemblablement plusieurs hockeyeurs évoluant dans la plus prestigieuse ligue du monde. En amont, la dizaine de Suisses de NHL avaient donné leur accord de principe en vue d’une éventuelle participation au Mondial. Roman Josi n’est pas le moindre d’entre eux.

A 31 ans, l’ancien junior du Club des patineurs de Berne reste sur la meilleure saison de sa carrière – du point de vue de ses statistiques individuelles en tout cas. En 80 rencontres, il a marqué 23 buts et distribué 73 passes décisives pour un total de 96 points, qui fait de lui le défenseur le plus prolifique de la ligue non seulement cette saison mais depuis… 1993. Cette année-là, l’Américain Phil Housley avait conclu son exercice sous le maillot des Winnipeg Jets avec 97 points (18 buts, 79 assists).

Le «James Norris» en vue

Cette production offensive hors norme vaut à Roman Josi de postuler au titre – officieux – de meilleur défenseur du monde. Il a déjà obtenu celui – officiel – de meilleur défenseur de la NHL en 2020 en se voyant décerner le James Norris Memorial Trophy. Il pourrait l’obtenir une deuxième fois le 20 mai: il a été retenu parmi les trois finalistes aux côtés de Victor Hedman (Tampa Bay) et Cale Makar, dont le Colorado Avalanche a causé sa fin de saison prématurée. Cela n’aura pas d’influence puisque le vote est arrêté avant les play-off.

Surtout, cela permettra vraisemblablement à l’équipe nationale de profiter d’un des plus redoutables joueurs du moment à son poste. Le Bernois a déjà pris part à huit éditions du Championnat du monde, dont les deux où, dans l’histoire récente, la Suisse est montée sur le podium (deuxième place en 2013 et en 2018). Cette année, son staff affiche ouvertement l’ambition d’atteindre les demi-finales pour ensuite pouvoir «se battre pour une médaille», nous disait l’entraîneur Patrick Fischer il y a deux semaines.