Quinze ans déjà que chaque printemps, les D35, ces élégants catamarans lémaniques, déploient fièrement leurs voiles pour cinq mois de navigation, rythmés par plusieurs Grands Prix et le fameux Bol d’or. Quinze ans déjà que, grâce à une poignée de propriétaires visionnaires, ces fabuleuses machines portent haut et fort le savoir-faire helvétique en matière de voile high-tech et de multicoques. Presque tous les meilleurs navigateurs du monde ont tiré des bords sur le Léman, l’espace d’une saison ou d’une régate, pour tester ces oiseaux de carbone capables de narguer les airs lémaniques souvent erratiques, grâce à leur impressionnante voilure.

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«Le TF35 sera une bête de course. L’enjeu est de construire, comme à l’époque avec le D35, ce qui se fait de mieux.»

Ernesto Bertarelli

«Le D35 reste l’une des plus belles expériences de la voile internationale, confie Ernesto Bertarelli au Temps par téléphone. Grâce au succès du bateau et de la classe, mais aussi grâce à l’engouement de propriétaires engagés depuis des années, qui ont offert la possibilité à un nombre important de marins de participer, dont certains de renom à l’image de Loïck Peyron, Alain Gautier, Russell Coutts, Grant Dalton et bien d’autres.»

Le championnat D35 2018, qui débute vendredi avec le Grand Prix SNG, s’annonce une nouvelle fois passionnant avec une flotte homogène de neuf équipes affûtées. Mais les propriétaires de ces voiliers dessinent déjà les contours de ce qui sera la prochaine aventure technologique lémanique. Pour ne pas rater le train en marche d’une voile qui se conjugue désormais en trois dimensions, ils se sont mis d’accord pour lancer la conception du successeur du D35, le TF35.

Trois fois la vitesse du vent

Un catamaran à foils, et par conséquent volant, capable de décoller dès 9 nœuds de vent et pouvant atteindre, une fois en vol, jusqu’à trois fois la vitesse du vent. Le TF35 est destiné à devenir le bateau de série sans aile rigide le plus rapide du monde. Mitonné par un groupe d’ingénieurs de la Coupe de l’America, dont le Suisse Luc Dubois, sa mise à l’eau est prévue en 2019 et, si tout se passe bien, le lancement du nouveau championnat en 2020. «Ce sera un bateau qui n’existe pas aujourd’hui, basé sur une technologie qui pour l’instant n’a été utilisée que dans le cadre de la Coupe de l’America, précise Ernesto Bertarelli. Ce sera une bête de course. L’enjeu est de construire, comme à l’époque avec le D35, ce qui se fait de mieux. Un voilier pointu et performant qui aura toutes les caractéristiques de performance requises pour être un vrai concurrent au Bol d’or et en régates de flotte, mais offrant aussi suffisamment de sécurité pour être accessible à des non-professionnels.»

Pour Jérôme Clerc, tacticien à bord de Realteam, dont le propriétaire Esteban Garcia a signé pour cette nouvelle aventure, suivre la tendance des «foiling» sur le lac est cohérent: «C’est le bon moment pour changer de monture. On sera précurseur et ce sera un peu le renouvellement de l’histoire par rapport aux D35. Il n’y aura aucun bateau de ce type-là au monde. Le TF35 restera en avance sur son temps pendant un bon moment.»

Assurer la relève

Parallèlement à cette révolution technologique annoncée, qui permettra à la Suisse de rester un haut lieu de la voile de compétition, certains préparent la relève avec les talents du cru. Avec Okalys Youth Project, Nicolas Grange poursuit la mission entamée il y a quelques années par Team Tilt. A savoir offrir une plateforme de haut niveau aux jeunes qui se sont distingués à l’international dans les séries olympiques.

Nos D35 sont les rois du lac mais ils ont quinze ans. Désormais, les bateaux volent et, aujourd’hui, les jeunes font du foiling depuis l’âge de 10 ans.

Nicolas Grange, Okalys Youth Project

Autour d’Arnaud Grange, 16 ans, trois autres jeunes talents, une coach de renom (la régatière olympique Nathalie Brugger) et de vieux briscards expérimentés, comme Loïck Peyron qui viendra à leurs côtés pour le Bol d’or. «La Suisse romande a eu deux titres de champion du monde en Optimist au cours des trois dernières années, c’est du jamais-vu, souligne Nicolas Grange. Ça montre le niveau qu’on a. Je sors de quinze ans de D35, dont les premières années avec des jeunes Suisses issus du Centre d’entraînement à la régate, puis avec des mercenaires français, et j’ai eu envie de monter une nouvelle équipe autour d’un noyau dur de jeunes talents avec un objectif sur trois ans, deux saisons de D35 et un tour de France à la voile en 2020.»

S’il n’a pas prévu, pour l’instant, d’investir dans un TF35, Nicolas Grange salue le projet: «Nos D35 sont les rois du lac mais ils ont quinze ans. Désormais, les bateaux volent et, aujourd’hui, les jeunes font du foiling depuis l’âge de 10 ans. C’est l’avenir. Le TF35 sera une très belle histoire et un championnat exportable, vu que les bateaux seront démontables.» Ils seront surtout une belle plateforme offerte à ces champions confirmés ou en devenir formés par Tilt, Okalys ou, depuis plus longtemps encore, Alinghi. «Aujourd’hui, on a vraiment des jeunes de talent sur le lac, insiste Ernesto Bertarelli. On avait moins ça quand j’ai commencé. Il y a un écosystème autour du lac Léman qui fait que la voile est un sport qui attire les jeunes. On en a fait en sport attractif en restant à la pointe de la technologie.»