«Si un jour le FC Sion veut engager un clown, il sera facile de privilégier une solution interne.» Ce commentaire vachard du Walliser Bote au lendemain de la nomination de Gabet Chapuisat à la tête du FC Sion s'explique facilement: Le Haut-Valais n'a toujours pas pardonné à Christian Constantin le licenciement abrupt de Jean-Paul Brigger à l'automne 92, alors que le club pointait en troisième position. Ils ne sont donc pas nombreux dans la partie germanophone du canton à estimer, comme Christof Franzen, supporter de longue date et reporter à la TV alémanique, que «deux caractères aussi forts mis en ensemble ne peuvent que créer une dynamique positive.»

Dans le Valais romand en revanche, on semble plutôt vouloir parier sur la réussite de ce mariage explosif. Tel Eric Balet, directeur de Téléverbier, et qui avait débuté comme journaliste sportif: «Je pense que ça va marcher parce que Gabet et Constantin se connaissent très bien. C'était le même cas de figure avec Moulin. Il y a donc un respect mutuel. Constantin, d'autre part, a besoin de quelqu'un qui l'écoute et Gabet est assez malin pour le comprendre. En plus il ne se laissera pas «niquer» par le président.» Pour Eric Balet, c'est plutôt l'engagement de Schällibaum qui était «un mariage contre nature. Déjà quand il venait en Valais comme joueur, il était sifflé, je ne crois pas qu'il était assimilable pour les Valaisans. Et puis son coaching a été désastreux, avec la disparition d'Arnaud Bühler qui avait fait de très bons matches, ou des battants comme Reset et Regazzoni relégués sur le banc de touche. Le 90% du public était en désaccord. Comme coach, même moi j'aurais fait mieux.»

Ancien arbitre de ligue nationale, ancien numéro 2 de la FIFA, reconverti dans les affaires, le Sédunois Michel Zen-Ruffinen partage cet optimisme: «Gabet et Constantin, ça va faire des étincelles, c'est sûr. Surtout que la confrontation de deux forts caractères, on sort d'en prendre avec Clausen. Nestor avait posé des limites, qui ont dû être dépassées, puisqu'il est parti. Gabet lui ne posera pas de limites, mais il répliquera. Ça ne devrait pourtant pas poser de problèmes: Constantin aime les gens qui ont du répondant, les types capables de lui tenir tête. Si le mariage ne tient pas, ce sera plutôt à cause des résultats.»

Ancien ami de Constantin, avec qui il s'est brouillé depuis, le journaliste valaisan Christian Rappaz, qui avait engagé Chapuisat comme chroniqueur à Dimanche.ch croit lui aussi que «ça pourrait mieux se passer qu'on ne l'imagine. Entre deux grandes gueules, les choses sont souvent plus claires, il n'y a pas d'hypocrisie, ça va être à coups de poing et de pied, mais les deux aiment ça, alors...». Pour lui un élément irrationnel mais puissant risque de jouer en faveur de la solidité de l'aventure: «Gabet était l'idole de Christian enfant. Pour la première fois Constantin se retrouve avec un entraîneur pour lequel il a un respect naturel. Il risque donc de montrer plus de considération que pour tous les autres qui sont passés à Tourbillon.» Selon Christian Rappaz, il faut attendre la même bienveillance de la part du public valaisan: «Entre Gabet et le Valais ça a toujours été je t'aime moi non plus. Comme joueur il nous a souvent fait mal à Tourbillon, notamment en inscrivant un but décisif qui nous avait privé d'une finale de Coupe. Mais il a le tempérament tout à fait valaisan.»

Grand amateur du foot dont le cœur balance entre le FC Sion et l'AC Milan, le conseiller d'Etat Thomas Burgener se montre, lui, plus circonspect: «Les débuts de Chapuisat dimanche à Tourbillon contre Thoune ce sera un événement et je tacherai d'y être. Mais Chapuisat et Constantin sont quand même, les deux, des personnages très impulsifs. On m'a déjà demandé si pensais qu'ils fêteraient Noël ensemble, j'ai répondu que ce serait bien beau s'ils atteignent la Saint-Nicolas. Gare en tout cas au père Fouettard.»

Entre le scepticisme et l'enthousiasme, il y a aussi la place pour la dérision. Certains, même en Valais, se sont gaussés de ce nouveau coup du fantasque empereur Constantin. A ce petit jeu, l'humoriste Daniel Rausis est inimitable: «Constantin est un visionnaire, qui a toujours un coup d'avance, et on ne comprend sa stratégie que bien plus tard. Cette fois en engageant un entraîneur qui n'a jamais entraîné que dans des ligues inférieures, il anticipe peut-être, avec une humilité exemplaire, un futur déclin du club, une relégation à venir.»