Au bout du fil, la voix est lasse, atone et fatiguée. C'est que, pour sauver le Lausanne-Sports, Philippe Guignard ne ménage pas sa peine. Il jette ses dernières forces dans la bataille. Sans savoir si ça suffira. Car dans la course contre la montre – et contre la mort – qu'il a entamée en septembre dernier, l'homme fort de la Pontaise s'est donné jusqu'à vendredi pour trouver 5 millions de francs. Sans quoi le LS disparaîtra, incapable d'honorer le sursis concordataire qui lui a été accordé en juin dernier.

La BCV fâchée

Dans sa course folle, le pâtissier urbigène en voit de toutes les couleurs. Dernier épisode en date, dimanche dernier: Le Matin annonçait que le président du LS avait sollicité un crédit de 4 millions de francs auprès de la BCV (Banque Cantonale Vaudoise). Une lueur d'espoir dans la grisaille? Joint mardi dans la matinée, Philippe Guignard commence par doucher notre bel enthousiasme. «Cet article nous cause beaucoup de tort, tonne-t-il. Par son timing, tout d'abord. Au moment où il est sorti, je n'avais pas encore approché la BCV.» Quant à son contenu, ensuite. Selon le journal, le grand timonier de la Pontaise jugerait «logique» un soutien de la banque au Lausanne-Sports, les Vaudois étant bien «venus au secours de la BCV». «Je n'ai jamais rien dit de pareil», argue le principal intéressé. La réaction des pontes de la banque ne tarde pas. Lundi, les téléphones se succèdent. «Ils étaient fâchés. Et je les comprends.» Interrogé ensuite sur les chances de survie du LS, le président se montre très pessimiste. Fataliste, même. «Les ponts sont rompus avec la BCV. Je ne sais plus quoi penser. La situation est angoissante. Mais je ne peux pas vous en dire plus avant vendredi. On tire nos dernières cartouches pour trouver les 5 millions nécessaires à la survie du club.» Des propos alarmants qui laissaient croire, à l'heure du repas de midi, que le LS était condamné. Comment, en effet, le club pourrait-il s'en sortir sans ce crédit de la dernière chance, lui qui attend vainement un repreneur depuis plus de deux ans. Avant de pouvoir annoncer l'enterrement imminent d'un grand du football suisse, encore fallait-il tenter d'obtenir confirmation auprès de la BCV.

Secret bancaire oblige

Après un siège de plusieurs heures du standard de la banque, surprise. Porte-parole de la BCV, Daniel Herrera n'a pas un avis aussi tranché que le président lausannois: «Qu'a dit Monsieur Guignard? Vous êtes sûr? Je suis étonné, tout comme nous avons été surpris de lire ses propos dimanche.» Aucune info, en revanche, sur d'éventuelles relations entre les deux parties. «Secret bancaire oblige, je ne puis vous donner la moindre information sur une demande de crédit. Seul M. Guignard peut vous répondre à ce propos.» Aussitôt dit, aussitôt fait. Au bout du fil, la voix du président est toujours aussi fatiguée. Et pourtant. «Il y a eu quelques changements depuis ce matin.» Un nouvel espoir? «Impossible à dire, on inspecte toutes les pistes.» A la BCV? «On discute, mais les banques entrent rarement en matière dans le domaine du sport.» Et si une tierce personne se portait garante pour le club? «Vous comprenez que je ne peux rien vous dire avant vendredi: je me suis déjà laissé piéger.»