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Zinédine Zidane a souffert pendant le quart de finale de Coupe du roi contre Leganés.
© JUAN MEDINA / Reuters

Football

L’entraîneur Zidane à l’épreuve de la tempête

Après une humiliante élimination en Coupe du roi, il ne reste plus que la Ligue des champions au Real Madrid pour sauver sa saison, et à son entraîneur français pour sauver sa tête. Tant mieux pour lui: il veut prouver qu’il peut gérer une crise

C’en est vraiment fini de l’état de grâce de Zinédine Zidane au Real Madrid. En difficulté depuis des mois, il espérait avoir vu son équipe renouer avec une dynamique positive en étrillant La Corogne le week-end dernier (7-1), mais il ne s’agissait que d’un petit pas en avant précédant un immense bond en arrière. Déjà hors-jeu en championnat, la «Maison blanche» a été expulsée de la Coupe du roi mercredi par la modeste formation de Leganés. Ses murs tremblent, et l’histoire démontre que ses occupants ne résistent jamais longtemps à une telle situation.

14 entraîneurs depuis l’an 2000

Depuis le passage à l’an 2000, 14 entraîneurs se sont succédé sur l’un des bancs les plus convoités et donc les plus exposés du monde. Vicente del Bosque y a passé trois ans et demi (1999-2003), José Mourinho trois ans (2010-2013), tous les autres ont sauté dans des délais (beaucoup) plus courts. Alors qu’il y entame sa troisième année, Zinédine Zidane apparaît pour la première fois sérieusement menacé. Début février, la double confrontation contre un Paris Saint-Germain dévoré d’ambition en huitièmes de finale de la Ligue des champions sera décisive pour son futur. «C’est clair. C’est très clair», a-t-il reconnu mercredi soir après l’élimination enregistrée en Copa del Rey.

Lire aussi: Zidane entraîneur, une trajectoire fulgurante et planifiée

Quand on est au sommet, on ne peut que redescendre ou apprendre à voler, chantait Saez. Cette saison, les supporters du Real Madrid s’attendaient donc à voir Zinédine Zidane déployer des ailes, tant rien ne semblait impossible pour le Français – sinon l’échec – depuis qu’il a été nommé à la tête de la première équipe du club en janvier 2016. Le manque d’expérience que certains lui reprochaient au départ est vite passé en arrière-plan de ses résultats ahurissants: sous sa conduite, Cristiano Ronaldo et ses coéquipiers ont remporté huit titres sur onze possibles et gravé l’année 2017 comme la plus belle de la pourtant riche histoire de la «Casa blanca» (succès en Liga, Ligue des champions, Supercoupes d’Espagne et d’Europe). Fort logiquement, l’ancien meneur de jeu des Bleus a dans la foulée été sacré entraîneur de l’année par la FIFA.

Revers symboliques

Mais il ne lui est pas poussé des ailes pour autant. Depuis le début de la saison, son équipe est sur la pente descendante. Souvent présentée comme un débat entre le Real Madrid et Barcelone, la Liga espagnole se résume aujourd’hui à un monologue catalan, Lionel Messi et compagnie comptant 11 points d’avance sur… l’Atlético Madrid. Le Real n’est que quatrième, à 19 longueurs du leader. Une statistique, repérée par Marca, décrit bien la tendance: avant cette saison, Zidane avait remporté 65 de ses 88 matches à la tête du Real, soit 74%. Le chiffre tombe à 60% en 2017-2018 avec 22 succès en 36 parties.

A la situation générale s’ajoutent des revers symboliques. Le 23 décembre, le Real s’inclinait 0-3 contre le Barça au Santiago Bernabéu. La plus lourde défaite de Zidane depuis son entrée en fonction, concédée contre le grand rival, devant le public madrilène… «Je sais que je vais prendre des coups», réagissait-il, lucide. Ils redoublent cette semaine après la défaite contre Leganés, un club au budget 15 fois inférieur à celui du sien (45 millions d’euros contre 675). «C’est sa pire soirée à la tête du Real. [Il en est] totalement responsable», écrit Marca.

Les choix de Zidane au cœur des critiques

Les choix de Zidane sont au cœur des critiques. La saison dernière, les observateurs louaient sa capacité à organiser une rotation de ses joueurs et à toujours protéger son groupe. Aujourd’hui, sa décision d’aligner une équipe bis en Coupe du roi (sans Ronaldo et Bale notamment) passe mal, comme son obstination à ne pas vouloir renforcer son contingent malgré les départs, l’été dernier, de plusieurs joueurs importants (Pepe, James, Alvaro Morata). Face à la critique, le Ballon d'or 1998 fait le dos rond: «Je suis le responsable de tout ça, et c’est un échec pour moi.»

Contrat prolongé

Dans la même situation, d’autres que lui auraient peut-être déjà été remerciés. Mais à Madrid, le Français n’est pas le premier entraîneur venu. Vainqueur de la Ligue des champions comme joueur en 2002 puis deux fois consécutivement comme entraîneur (2016, 2017), il a acquis un statut à part, comme en atteste la prolongation de son contrat jusqu’en juin 2020 signée récemment, en pleine période de doute.

J’ai envie de montrer que je peux être un bon entraîneur aussi dans la difficulté. Elle ne me fait pas peur

Zinédine Zidane

Il fallait y voir le fruit de la relation privilégiée longtemps entretenue avec le président Florentino Perez. Au moment de son centième match comme entraîneur, en octobre dernier, le dirigeant le décrivait encore comme un «mythe», appartenant «à ce groupe extraordinaire de personnages élus pour figurer parmi nos symboles». Mais aujourd’hui, les deux hommes se seraient éloignés après des désaccords sur différents dossiers: la revalorisation du contrat de Ronaldo (Zidane était pour, Perez n’a pas cédé) et l’engagement du jeune gardien basque Kepa (Perez était pour, Zidane l’a fait capoter). Selon El Confidencial, le maintien de l’entraîneur français à son poste tiendrait en fait à l’indisponibilité des deux hommes que le dirigeant verrait à sa place, Mauricio Pochettino (Tottenham) et Joachim Löw (Allemagne).

Lire aussi notre interview de Zinédine Zidane en 2016: «J’ai toujours le plaisir de jouer»

Zinédine Zidane sait qu’il jouera gros ces prochaines semaines. Dans une interview accordée à France Football au début du mois, le principal intéressé déclarait qu’il savait qu’il ne resterait «pas dix ans» à son poste, mais qu’il se réjouissait de montrer qu’il n’était pas qu’un capitaine par beau temps. «J’ai envie de montrer que je peux être un bon entraîneur aussi dans la difficulté. Elle ne me fait pas peur.» Le voilà servi.

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