Il y a des entraîneurs accrochés à leurs certitudes tactiques comme une huître à son rocher. Pas tout à fait au hasard, Raymond Domenech, arc-bouté sur son 4-2-3-1 depuis le Mondial 2006, alors que ses troupes actuelles ont les caractéristiques pour, par exemple, s’aligner en 4-3-1-2. Leonardo Nascimento de Araújo, 40 ans, tout frais coach du grand AC Milan (sept Coupes/Ligues des champions à son palmarès), lui, n’a pas peur de bouleverser les données en fonction de ce qu’il constate sur le terrain.

Ancien milieu offensif des Rossoneri – où sa technique et son inventivité ont provoqué le désespoir des défenses adverses – «Leo», en bon disciple respectueux, a commencé par copier/coller le système de son prestigieux prédécesseur, Carlo Ancelotti, parti palper les livres sterling de l’oligarque russe Roman Abramovitch au FC Chelsea.

Echec et mat. Début de saison catastrophique, deux victoires et quatre buts en sept matches de Serie A, sans compter la mortifiante défaite à San Siro en Ligue des champions, contre le FC Zurich (0-1). Alors, Leonardo, sur un siège éjectable, a brassé les cartes. Dans le sens de l’offensive plus marquée, contrairement à la plupart de ses pairs qui se sentent en danger et recroquevillent leur équipe dans le dessein primordial de ne pas perdre. «Leo» décrète: «La base est formée de joueurs exceptionnels, mais le club doit réapprendre à gagner.»

Révolution calcistique, le Brésilien applique soudain un 4-2-1-3 où il enlève un milieu récupérateur (Abate) au profit d’une plaque tournante régulatrice (le «vieux» Seedorf, 33 ans et tous ses dons), en soutien de trois attaquants de pointe, soit le petit prodige Pato à droite, Borriello (ex-Genoa) ou l’inusable «Pippo» Inzaghi dans l’axe, le revenant Ronaldinho à gauche. Pari osé mais gagnant. Depuis, l’AC Milan empile les succès tant en championnat que sur le territoire européen – victoire 2-3 à Madrid contre le Real, notamment.

«J’ai choisi cette tactique quand j’ai su que Ronaldinho accepterait aussi de courir après l’ailier droit adverse. Si nous devions changer de schéma, je serais moins heureux.» Message transmis à l’ancien homme des boîtes (de nuit). Là encore, un revirement spectaculaire, mieux, la résurrection du Ballon d’or 2005.

A l’aube de son règne milanais, le champion du monde 1994 – et finaliste 1998 contre un certain Didier Deschamps – déclarait: «Je veux une équipe rapide avec le ballon, pratiquer l’offensive, et j’aurai mon propre style.» Promesse tenue.

Aujourd’hui, le néophyte que le directeur général du club, Adriano Galliani, est allé dénicher à l’image d’un Pep Guardiola au Barça, dit, du haut de son inexpérience géniale: «L’équipe que j’ai le plus admirée, c’est le Brésil de Tele Santana dans les années 80. Elle n’a rien gagné mais offrait un très beau football. Mon équipe de Milan me plaît, car elle aussi est faite pour jouer, inscrire beaucoup de buts, même si nous avons du mal à défendre et couvrir les espaces au milieu.» Discours rarissime dans le foot moderne, qui colle à ce personnage déjà étiqueté «atypique» par les médias italiens à l’époque où il enfilait les godasses à crampons plutôt que le costard-cravate.