Julien Di Biase a le sourire. Le nouveau skipper du voilier Ville de Genève Carrefour Prévention a la satisfaction du devoir accompli. Avec Etienne David, ancien maître à bord du bateau genevois, ils ont atteint leur objectif qui consistait à terminer dans les dix premiers du Tour de France à la voile 2003. Avec une neuvième place et trois victoires de manches, le bilan est positif. «Remporter une manche était un rêve que l'on caressait. C'est chouette car cela nous a donné confiance en nous, insiste Di Biase. Nous sommes aussi très contents du bilan sur le plan humain. C'est très important sur une épreuve comme ça. Et ce n'était pas gagné d'avance.»

Effectivement. Pendant quatre ans, le voilier Ville de Genève Carrefour Prévention a tourné avec un équipage soudé autour du tandem Etienne David-Jean-Marc Monnard. Après la belle troisième place de l'an dernier, il a été décidé de revenir à la vocation formatrice du Centre d'Entraînement à la Régate et de laisser à des plus jeunes et moins expérimentés la chance de s'exprimer. Cette année, une nouvelle configuration a donc été mise en place. Comme l'explique le nouveau skipper: «L'idée était d'ouvrir l'équipe à de nouvelles têtes et de permettre à des jeunes de découvrir la régate de haut niveau, mais aussi donner l'occasion aux anciens d'occuper de nouvelles tâches. Par exemple, pour un numéro un (ndlr: équipier d'avant) de régler des voiles, pour un tacticien de prendre la barre, pour un embraqueur (ndlr: wincheur) de faire la tactique, etc.»

Encore fébriles à Dunkerque lors des premières manches de ce marathon à la voile, les Genevois ont petit à petit pris leurs marques allant jusqu'à couper trois fois la ligne d'arrivée en tête. L'alchimie entre les anciens et les petits jeunes a bien marché: «J'ai dû m'affirmer en tant que skipper. J'ai dû me faire accepter par le reste du groupe même si on a un fonctionnement qui est plus concentrique que hiérarchique. Avant je frottais le pont et là je me retrouvais au briefing des skippers ou au jury lors des réclamations», souligne encore Di Biase.

Le Tour de France à la voile, avec son rythme infernal et son alternance d'étapes de ralliement au large et de régates entre trois bouées est une épreuve idéale pour travailler la cohésion d'équipe. «C'est sûr que c'est une course très complète, acquiesce le skipper genevois. Le fait de vivre ensemble pendant un mois et de devoir organiser sa maison autour du bateau rend la chose plus difficile à gérer qu'un championnat de six jours pendant lesquels tu dors à l'hôtel et tu ne disputes que des parcours bananes (entre trois bouées).»

C'est aussi un important défi sur le plan sportif avec des équipages professionnels composés de navigateurs issus aussi bien du large, de l'olympisme que de la Coupe de l'America. D'ailleurs, cette année encore, c'est l'expérience qui a payé puisque l'on retrouve sur le podium des équipages plus que rodés. Le coskipper du voilier vainqueur Capsport, Bernard Mallaret, participait à son onzième Tour de France à la voile et compte désormais trois victoires. Le deuxième, le Breton Jimmy Pahun, disputera, lui son 20e tour l'an prochain.