Participer au Tour de France. Tel est l'objectif derrière lequel pédaleront, d'ici au mois de mai, les coureurs de Phonak, l'unique équipe cycliste professionnelle en Suisse. Dès le 31 janvier, date à laquelle débute le Tour du Qatar, il s'agira d'emmagasiner des points UCI (Union cycliste internationale). En nombre et le plus tôt possible. Histoire d'intégrer le cercle des quatorze meilleures formations mondiales, et d'obtenir un sésame pour la Grande Boucle du centenaire.

Dévoilées hier à Stäfa (ZH), au siège de Phonak, dans le cadre de la présentation de l'effectif pour l'année 2003, ces ambitions placent Oscar Camenzind et ses compagnons de route face à leurs responsabilités. Après des débuts relativement décevants en première division, Phonak doit désormais changer de braquet. Passer la vitesse supérieure et se faire entendre dans l'univers de la petite reine.

Président du numéro trois mondial en matière d'appareils auditifs, Andreas Rihs veut s'offrir l'extraordinaire vitrine que représente le Tour, «la plus grande arène sportive qui soit». L'homme n'a pas lésiné sur les moyens pour parvenir à ses fins, puisque le budget annuel est passé de 9 à 12 millions de francs. Une petite moitié de cette somme provient des divers partenaires et l'entrepreneur a investi plus de 6 millions à titre personnel.

Andreas Rihs croit dur comme fer aux possibilités de ses protégés: «Les pépins physiques qu'ont connus Oscar Camenzind et Benoît Salmon, notamment, nous ont empêchés de remplir nos objectifs la saison dernière, explique-t-il. Sous la férule du docteur Daniele Tarsi, nous avons amélioré notre suivi médical afin de prévenir les risques de blessures et de virus. La qualité est là et notre matériel performant. J'estime que nous avons 90% de chances d'être présents sur le Tour.»

Autant dire, dans ces conditions, qu'un échec serait fort mal perçu. L'obligation de résultats engendre inévitablement une pression certaine au sein du groupe. Directeur sportif, l'Espagnol Alvaro Pino connaît la musique: «J'ai vécu la même situation avec l'équipe Kelme en 1992 et 1993. Nous avions bien géré le poids de nos responsabilités, avant d'acquérir un statut plus enviable.» Le manager Urs Freuler ne s'inquiète pas davantage. L'heure est aux sourires, aux déclarations optimistes: «Il s'agit de transformer cette pression en énergie positive, lance l'ancien sprinter uranais. Nous disposons de plusieurs éléments d'expérience pour épauler nos jeunes coureurs, le mélange s'annonce prometteur.»

Tout semble rouler pour Phonak. Chef de file supposé, Oscar Camenzind devrait faire office de locomotive. Pour autant que son organisme, capricieux en 2002, le lui permette. Vainqueur du Tour de Suisse en 2000 et de Liège-Bastogne-Liège l'année suivante, le champion du monde de 1998 est susceptible de s'imposer aussi bien sur une course d'un jour que lors d'une épreuve par étapes. Pour l'épauler, vingt-deux coureurs composent une mosaïque internationale (voir ci-dessous).

Présent à Stäfa, le Français Bernard Thévenet, vainqueur du Tour en 1975 et 1977, porte un regard plutôt flatteur sur l'ensemble Phonak: «S'il lui manque peut-être une personnalité saignante et médiatique pour faire parler d'elle, cette équipe est de grande valeur. Elle possède l'immense avantage de pouvoir jouer sur tous les tableaux.» Avec des sprinters comme l'Italien Massimo Strazzer, vainqueur du classement aux points du Giro 2001, ou le Biélorusse Alexandre Usov, Phonak a des atouts de taille sur le plat. Lorsque la route affichera un profil plus escarpé, les grimpeurs ne feront pas défaut. Champion de Suisse, le Valaisan Alexandre Moos est sur la pente ascendante. Le Français Miguel Martinez, champion olympique de VTT à Sydney en 2000, est lui aussi capable de dompter la montagne. Quant à l'Espagnol Santi Perez, qui fait partie des cinq nouveaux visages de Phonak cette année, Urs Freuler n'hésite pas à le comparer au «nouveau Oscar Sevilla».

L'avenir est truffé de promesses. Il ne reste plus qu'à les tenir. En écartant le Giro de son programme, en intensifiant sa préparation pour être en forme tôt dans la saison, en misant sur l'objectif suprême, la formation helvétique prend un pari audacieux. Si le jackpot nommé Tour de France se dérobait à elle, le retour de manivelle pourrait être douloureux.

• L'équipe Phonak 2003: Oscar Camenzind (Sui), Michael Albasini (Sui), Gonzalo Bayarri (Esp), Reto Bergmann (Sui), Denis Bertolini (Ita), Roger Beuchat (Sui), Iker Camano (Esp), Cyril Dessel (Fra), Juan Carlos Dominguez (Esp), Martin Elmiger (Sui), Marco Fertonani (Ita), Bert Grabsch (All), Fabrice Gougot (Fra), Stefan Kupfernagel (All), Miguel Martinez (Fra), Alexandre Moos (Sui), Oscar Pereiro (Esp), Santi Perez (Esp), Gregory Rast (Sui), Benoît Salmon (Fra), Daniel Schnider (Sui), Massimo Strazzer (Ita), Alexandre Usov (Bié).