Le football, c'est aléatoire donc rigolo. Samedi à la mi-temps de Suisse-Slovaquie, tandis que le score n'est pas seul à s'avérer nul, ça gamberge à Lugano; dimanche à 19 heures, les joueurs de Köbi Kuhn embarquent pour une croisière avec femmes et enfants, le sentiment du devoir accompli en bandoulière. Entre les deux instantanés, une bonne seconde période au stade du Cornaredo. Deux buts marqués par Valon Behrami (56e) et Alexander Frei (63e), zéro encaissé. Et un signal positif adressé aux foules à deux semaines du coup d'envoi. «Nous devons rester modestes», s'empresse de souligner le sélectionneur. «Ce n'est pas encore le type de performance qui permet de gagner un Euro.»

Très juste. Köbi Kuhn a suffisamment minimisé, ces derniers mois, le poids de défaites mortifiantes pour ne pas exagérer, aujourd'hui, la portée d'un succès encourageant. Le Zurichois avait présenté la rencontre comme une «simulation» du 7 juin. Mais les Slovaques en amical, personne n'en disconvient, ce ne sont pas les Tchèques lors du match d'ouverture de l'Euro. «C'est là que tout se jouera», clament les chœurs de la Nati. Exact. En attendant, la chronique jauge, décrypte, suppute.

Prenons le cas Patrick Müller. Certains le considèrent déjà, après 77 minutes correctes, comme le Messie. «Patrick Müller n'est pas rapide, il n'est pas grand, c'est simplement Patrick Müller. C'est un phénomène», s'emballe Köbi Kuhn, heureux que la clé de voûte de sa défense ait tenu la rampe. Le Genevois, dont la conscience aura été quelque peu soulagée par la victoire de Lyon en finale de la Coupe de France, demeure prudent quant à sa condition: «Même si j'ai encore des appréhensions dans les duels aériens, j'ai oublié mon genou au fil des minutes», se réjouit-il. «Sur le plan du rythme, c'était autre chose qu'avec la réserve lyonnaise et je n'oublie pas qu'à l'Euro, ce sera encore autre chose. Mais physiquement, je peux gagner en deux semaines. Si je suis encore là...» Ainsi s'exprime la pudeur du convalescent indispensable envers les remplaçants valides que sont Eggimann et Grichting. L'un des deux sera biffé de la liste des 23 que le sélectionneur doit rendre mercredi; Müller non. Köbi Kuhn a trop espéré ce miraculeux come-back pour ne pas aller jusqu'au bout de la démarche. «Patrick apporte son assurance dans l'équipe», témoigne Philippe Senderos en connaissance de cause.

Coïncidence ou pas, l'équipe de Suisse a retrouvé le goût de la victoire, qu'elle avait connu pour la dernière fois au mois d'octobre face à l'Autriche. Et ça fait du bien. Deuxio, elle termine un match sans avoir encaissé de but, chose qui ne lui était plus arrivée depuis mars 2007 devant la Jamaïque. «C'était important pour la défense et pour toute l'équipe», assène Senderos. Cette envie de blanchissage explique en partie l'absence d'allant offensif en première mi-temps. «Après une semaine intense sur le plan physique, on a eu du mal à se mettre dans le rythme», avance aussi Gelson Fernandes, dont le duo avec Gökhan Inler dans l'entrejeu gagne petit à petit en compacité. «Mais on était bien en place, on n'a concédé que peu d'occasions de but.»

Pour réussir son Euro, la Suisse doit redevenir le bloc que n'avait pas su transpercer l'équipe de France en 2005 et 2006. «Cette semaine, nous avons beaucoup travaillé sur la solidité qui faisait notre arme principale», savoure Michel Pont. En ce sens, l'étude comparative menée par le coach slovaque Jan Kocian, dont les joueurs se sont récemment inclinés devant la Turquie (1-0), deuxième adversaire de la Nati à l'Euro, ira droit au cœur de Köbi Kuhn: «Les Turcs jouent de façon plus impulsive et moins disciplinée, ce qui donne davantage de poids à leurs individualités. Les Suisses, eux, s'appuient sur un système et une organisation.»

Valon Behrami semble y avoir trouvé sa place. Dans le couloir droit, le joueur de la Lazio a effacé, en un match plein, deux ans de pépins physiques et d'errances sous le maillot rouge à croix blanche. «Il a enfin bien joué sur l'ensemble d'un match, pas seulement par bribes», apprécie le coach. Résultat: un but et une passe décisive pour une copie sans rature. «J'espère qu'il continue comme ça», exhorte le Zurichois. Le message peut également s'adresser à Alexander Frei. Le capitaine, qui a trouvé la cible pour la première fois depuis son penalty devant la Colombie en mars 2007, n'est plus qu'à une longueur du record de Kubilay Türkiylmaz - 34 buts en 62 sélections. «Cela n'a aucune importance mais j'aimerais bien le battre contre le Liechtenstein. Comme ça, on ne m'en parlera plus pendant l'Euro.»

Rendez-vous est pris pour vendredi à Saint-Gall. Lors de sa dernière sortie avant le 7 juin, la Nati aura pour seule tâche d'attiser les feux de l'espoir allumés samedi sous les trombes luganaises.