«Nous ne pouvons être sûrs de rien à 100%, mais nous sommes très optimistes.» Tel est le pronostic relativement rassurant de Roland Grossen, médecin de l'équipe de Suisse, quant à la possible participation de Tranquillo Barnetta au match d'ouverture de l'Euro, le 7 juin face à la République tchèque. Touché mardi soir lors d'un contact avec Gelson Fernandes, le détonateur de la Nati souffre d'un «étirement ligamentaire de la cheville gauche, avec blessure de la capsule articulaire». «C'est du jargon à livrer aux journalistes», réagit Gérald Gremion, chef du Swiss Olympic Medical Center au CHUV. «On ne peut tirer aucune conclusion sur la base d'un tel diagnostic.» L'évolution de la lésion sera d'ailleurs réévaluée lundi prochain, au terme de nouveaux examens.

Le verdict est en revanche clair, ou plutôt sombre, concernant Steve von Bergen. Le défenseur du Hertha Berlin, mal retombé lors de la même séance, s'est fracturé le quatrième métacarpien de la main droite. L'Euro se déroulera sans lui. Accablée par les coups durs depuis un an (lire ci-dessous), l'équipe de Suisse avait déjà dû déplorer deux forfaits lundi - ceux de Fabio Coltorti (infection virale) et Blaise Nkufo (déchirure des adducteurs). Coïncidence troublante: cette hécatombe sans précédent survient alors que les internationaux helvétiques bénéficient d'un suivi médical individualisé, censé les amener «au maximum de leurs capacités athlétiques».

Désireux de calquer la préparation de ses protégés sur celle de l'Allemagne voici deux ans, étonnante de puissance et de vitalité lors de «son» Mondial 2006, Köbi Kuhn rend prestement visite à son homologue Joachim Löw, histoire de décrocher quelques tuyaux. Les mots clés? Vitesse, puissance, explosivité, endurance. Il s'ensuit l'engagement d'Otmar Keller, ancien préparateur physique d'Alinghi, et la mise en place d'un vaste programme: fréquentes batteries de tests à Macolin, devoirs à effectuer à la maison en fonction des lacunes respectives des joueurs, intensification de la collaboration avec le staff médical des clubs. «Ces derniers nous ont confirmé que notre dispositif, qui répartit la supervision de chaque joueur entre trois médecins et onze entraîneurs nationaux, était unique en Europe», s'est vanté hier Hansruedi Hasler, directeur technique de l'Association suisse de football.

Jusqu'ici, tout va bien. «Notre objectif, c'est que le sélectionneur ait le choix au moment de dresser sa liste, qu'il ne soit pas contraint à prendre les seuls qui seront en bonne santé sur le moment», exposait la même voix fin novembre. Problème: le concept «unique en Europe» débouche sur une multitude de blessures plus ou moins graves. «Méchant hasard», selon Köbi Kuhn, qui se déclare par ailleurs «très satisfait de l'état de forme» de ses joueurs. Hansruedi Hasler abonde: «En fonction des données que nous avons et par rapport aux points de comparaison dont nous disposons, nos joueurs affichent des valeurs correspondant au plus haut niveau européen.»

Encore faut-il être sur pied afin de faire fructifier sur le terrain ce réjouissant postulat. L'hécatombe qui frappe la Suisse relève-t-elle de la fatalité? Pas seulement. «Toutes les équipes ont des blessés à déplorer. Le football est de plus en plus rapide, les articulations sont soumises à des chocs toujours plus fréquents et violents», constate Gérald Gremion. «Et puis les joueurs suisses, dont le temps de jeu n'est pas toujours terrible dans les grands championnats européens, ont peut-être tendance à en faire un peu trop quand ils sont alignés. Les organismes qui ne sont pas sollicités régulièrement peuvent connaître des problèmes de rythme.» Autre chose, docteur? «Parfois, on accélère la rééducation des joueurs parce qu'ils doivent absolument être sur le terrain pour gagner tel match ou décrocher telle qualification. On va jusqu'à prendre des risques, à faire des piqûres pour permettre à certains de tenir leur place. Or, un protocole rapide peut s'avérer épineux par la suite.»

Ni la cheville gauche de Ludovic Magnin, ni le genou droit de Patrick Müller ne prétendront le contraire. Hansruedi Hasler avance un autre argument pour tenter d'expliquer les malheurs de la sélection helvétique: «Nos internationaux sont pour la plupart très jeunes. Ils partent tôt à l'étranger, sont titulaires à 20 ans en équipe nationale. Et dans quelques cas, l'athlète n'est pas complètement préparé pour résister aux charges exigées par le très haut niveau. Certaines choses sont indéfendables au niveau du calendrier, qui pousse des joueurs à disputer jusqu'à 70 matches par saison.»

A propos, il reste un Euro à accomplir. L'excellente nouvelle est tombée en début de soirée: hier, personne ne s'est blessé lors des deux entraînements de la Nati - la moitié des troupes était exemptée de la seconde séance. C'est toujours ça de pris.