Faisons un rêve... L'équipe de Suisse, remarquable deuxième du groupe A derrière le Portugal, se qualifie pour les quarts de finale de «son» Euro. Une liesse superbe enveloppe le choc qui doit opposer les joueurs de Köbi Kuhn au vainqueur du groupe B - Allemagne, Croatie, Pologne ou Autriche. «Détail» surprenant, voire fâcheux: la rencontre de ce vendredi 20 juin est fixée à Vienne! Et pour la première fois dans l'histoire de la compétition, le pays organisateur se voit contraint à évoluer sur sol étranger. Précision rigolote: si elle terminait aussi en seconde position de sa poule, l'Autriche s'exilerait pour sa part du côté de Bâle. Absurde chassé-croisé pour un Euro à l'envers?

«Aux yeux des organisateurs, dans le cadre de ce tournoi, l'Autriche et la Suisse ne forment qu'un seul pays», constate Peter Gilliéron. Le secrétaire général de la fédération helvétique évoque l'éventualité d'un quart de finale à Vienne sans la moindre amertume. Au contraire, la gourmandise prévaut: «Je ne dis pas que je m'y rendrais à pied, mais je serais avant tout très heureux que la Suisse soit qualifiée. Nous avons bien entendu aussi préparé ce scénario au niveau logistique. C'est clair, ce serait mieux de jouer à Bâle. Mais pour ça, il faut terminer premiers...»

Devant le Portugal, la République tchèque et la Turquie, donc. «Ce serait quand même dommage d'organiser un tel tournoi et de devoir jouer un quart de finale à l'extérieur», réagit Alexandre Comisetti, ancien joueur international devenu consultant pour la TSR. «Mais tout cela, c'est le lot des petites nations qui ne parviennent pas à mettre sur pied un Euro sans s'associer à un autre pays.» Lors de l'édition 2000, la situation était similaire pour les deux coorganisateurs. Mais l'exil n'avait pas eu lieu puisque les Pays-Bas, premiers de leur groupe devant le futur vainqueur français, avaient évité le déplacement de Bruges, tandis que la Belgique, éliminée dès le premier tour, n'avait pas eu la chance de jouer en quart à Rotterdam.

N'y avait-il pas moyen de trouver une formule afin d'offrir à la Suisse et à l'Autriche une possibilité de poursuivre leur parcours à domicile dans tous les cas de figure? «Cette décision a été dictée par des critères sportifs», fait savoir via courrier électronique Martin Kallen, patron opérationnel du tournoi. «Le comité exécutif de l'UEFA a estimé que les pays organisateurs bénéficiaient de suffisamment d'avantages avec la phase de groupe disputée sur leur sol.»

Oui mais enfin, quand même, la Nati en quart à Vienne, ce serait malheureux pour les supporters, non? insiste-t-on auprès de Christian Mutschler, directeur de l'Euro 2008 pour la Suisse. «Non, c'est comme ça, c'est le sport. Il faut respecter le tableau. Sinon, ce serait manquer de fair-play envers les autres équipes», professe notre interlocuteur.

«Je pense que même si l'équipe nationale joue ce quart à Vienne, la marée rouge se déploiera», ajoute Alexandre Comisetti. «Ce serait tellement exceptionnel que les gens trouveront un moyen de faire le voyage, comme il y a deux ans en Allemagne. Pour les joueurs, le sentiment du devoir accompli éliminera vite la petite frustration de ne pas jouer dans un stade suisse. Je pense que cela ne changera pas grand-chose. De toute façon, ils sont dans leur bulle.»

A propos de cloisonnement, le tableau de cet Euro 2008 revêt une autre particularité: contrairement à ses devanciers, il est divisé en deux moitiés distinctes, comme lors d'un tournoi de tennis. C'est-à-dire que la finale de l'Euro opposera quoi qu'il arrive une sélection issue des groupes A ou B à un adversaire à dénicher au sein des poules C ou D. Un Allemagne-Portugal ou un France-Italie, par exemple, ne pourra en aucun cas constituer l'affiche ultime. «Nous sommes conscients que cette formule augmente les risques que des adversaires du même groupe se retrouvent en demi-finale, mais l'UEFA a constaté qu'en 2004, certaines équipes avaient deux jours de récupération en moins entre les quarts et les demis», explique un porte-parole de l'instance faîtière. «C'est donc par souci d'équité sportive que nous avons procédé de la sorte.»