Ce sera tout ou rien. Une belle réussite ou un cuisant échec. Dimanche soir, autour de 20 heures, l’équipe de Suisse de football sera fixée sur son sort: soit elle aura composté son billet pour la Coupe du monde 2018 au terme d’une campagne qualificative solide, à peine entachée d’un revers contre le Portugal champion d’Europe en titre; soit Vladimir Petkovic et ses hommes seront définitivement recalés du voyage en Russie et, alors, il ne resterait pas grand-chose des neuf succès enregistrés en autant de rencontres entre septembre 2016 et octobre 2017. D’ici-là: une double confrontation contre l’Irlande du Nord, à Belfast ce jeudi (20h45 heure suisse) puis à Bâle dimanche (18h).

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Les manœuvres sérieuses commencent

En bon français, on parle des «barrages» pour la qualification. Mais l’UEFA et l’ASF utilisent aussi le terme «play-off», qui ne sonne pas comme un anglicisme déplacé dans un pays de hockey sur glace comme la Suisse. Les play-off, c’est le moment où les manœuvres sérieuses commencent après une longue phase d’approche. Il n’y a plus de calculs à faire, de «bonne» défaite, de possibilité de se rattraper ultérieurement. Il s’agit de tracer une frontière nette entre les vainqueurs et les perdants. C’est exactement ce qui attend la Nati et l’Irlande du Nord, comme les six autres formations en ballottage jusqu’à mardi (Croatie-Grèce, Suède-Italie, Danemark-Eire).

Le rythme sera bien celui de play-off: trois jours de préparation, le match aller, puis le retour dans trois jours, le tout ponctué de vols entre Belfast et Bâle. Une cadence élevée qui ne permet pas de réinventer la roue. Vladimir Petkovic n’aura guère dirigé que trois séances d’entraînement en commun avant que ses joueurs ne pénètrent sur la pelouse du Windsor Park. Le petit stade national nord-irlandais – 18 000 places – promet, lui, une véritable ambiance de patinoire: les supporters verts et blancs ne baissent pas davantage la voix que leurs favoris, les bras…

Le deuil de ce qui précède

En play-off, de nombreux sportifs se laissent pousser la barbe par tradition ou superstition. Ils cherchent à embrasser une forme d’instinct viril et sauvage, tout en acceptant l’idée que tout ce qu’ils ont accompli jusqu’alors n’a plus de valeur. Que tout est à nouveau possible.

En 2016, le CP Berne a effacé sa saison régulière timorée en s’emparant du titre national de hockey. Au même moment en NBA, les Golden State Warriors faisaient oublier qu’ils venaient de réaliser le meilleur championnat de l’histoire du basket nord-américain en échouant en finale. Se qualifier pour des play-off, peu importe le sport et la ligue, c’est faire le deuil de tout ce qui précède. «Nous repartons de zéro», a validé le sélectionneur Vladimir Petkovic en début de rassemblement, lundi.

Ferveur nécessaire

Cela marque un changement dans le discours. Au début du mois d’octobre, tout le monde parlait d’une finale contre le Portugal quand il y voyait surtout une étape dans la continuité du travail accompli jusque-là. La dynamique de la «saison régulière» devait pousser la Nati jusqu’en Russie. Cela n’a pas fonctionné. Cristiano Ronaldo et ses coéquipiers s’étaient eux déjà mis en mode play-off. Le supplément d’âme, de ferveur a fait la différence.

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Désormais, c’est à l’équipe de Suisse de s’animer avant qu’il ne soit trop tard. Mercredi à Belfast, c’est le message qu’ont délivré Xherdan Shaqiri et Yann Sommer. «Nous devons montrer le caractère nécessaire pour mériter notre place en Russie», a dit l’attaquant. «Il s’agit d’entrer sur le terrain avec la même mentalité que nos adversaires», a lancé le gardien, le respect pour le fighting-spirit britannique non dissimulé.

Business as usual

Ce jeudi, les conditions météo seront typiquement britanniques, comme le jeu de l’Irlande du Nord. Un ciel bas, comme le bloc défensif de la formation de Michael O’Neill. L’abnégation et le sacrifice sont les valeurs qui l’ont conduite en huitièmes de finale de l’Euro, pas question de les renier contre une Nati supérieure sur le papier.

Le sélectionneur est loin de compter sur l’effectif le plus clinquant du foot européen, mais à Belfast, on aborde chaque match comme le FC Sion une finale de Coupe. Les play-off, c’est juste «business as usual», a affirmé le défenseur Jonny Evans en conférence de presse.

Identité et fierté

Pour le capitaine de West Bromwich Albion (Premier League anglaise) et ses coéquipiers, la semaine de préparation a été rythmée par une couverture médiatique exaltée et des vidéos de motivation diffusées à l’interne. Tout pour l’esprit de corps. «Depuis mon arrivée à ce poste [en 2011], j’ai tout fait pour que cette équipe développe une identité puissante et que les joueurs ressentent une immense fierté à porter ce maillot», détaille le sélectionneur. La recette semble porter ses fruits avec les résultats actuels. En cas de qualification, l’Irlande du Nord retrouverait la Coupe du monde après 32 ans d’absence.

Vladimir Petkovic, lui, n’a pas dérogé à son style plus en retenue en prévision des play-off. Pas de film pour exalter le cœur des troupes. Pas de référence aux barrages remportés en 2005 contre la Turquie, dans une ambiance de folie. «Nous voulons nous battre, oui, mais nous le ferons avec un style suisse», a promis le sélectionneur.


L’ASF et l’Udinese se disputent Valon Behrami

Le club exige le retour immédiat du milieu de terrain de 32 ans en Italie, en invoquant une erreur de procédure dans sa convocation et l’état de santé du joueur. L’Association suisse de football n’entend pas accéder à la demande

Valon Behrami pourra-t-il participer à la double confrontation entre la Suisse et l’Irlande du Nord ces trois prochains jours? La question relevait dans un premier temps du domaine médical. Blessé aux adducteurs, le joueur s’était engagé dans une course contre la montre pour être sur pieds à temps et pouvoir participer aux barrages, ne serait-ce que lors du match retour, dimanche à Bâle.

Depuis mercredi, la problématique se double d’un volet autrement plus polémique: dans un communiqué, l’Udinese appelle l’Association suisse de football (ASF) à libérer son milieu de terrain de 32 ans immédiatement, alors qu’il se trouve à Belfast. «Valon Behrami n’est pas apte à disputer ce barrage en raison de sa blessure et l’interruption de son traitement thérapeutique ne peut influer que de manière négative sur sa guérison», soutient le club du Frioul. Un message déjà adressé à l’ASF le 3 novembre.

«Un formalisme extrême»

Plus étonnant, l’Udinese revendique le retour de Behrami en Italie en expliquant n’avoir reçu sa pré-convocation que le 27 octobre, soit cinq jours après la fin du délai prévu dans le règlement. Mercredi en fin d’après-midi en Irlande du Nord, le délégué aux équipes nationales suisses Claudio Sulser ne contestait pas les faits mais déplorait un «formalisme extrême» de l’Udinese.

«Le règlement nous demande d’envoyer les convocations provisoires deux semaines avant le début de la trêve internationale [elle débutait le lundi 6 novembre en l’occurrence] et nous avons l’habitude de le faire deux semaines avant le match», explique le Tessinois, avocat de métier. Sans justifier cette prise de liberté avec les textes, mais en affirmant qu’elle est systématique et qu’elle n’avait jamais posé de problème avec aucun club, l’Udinese y compris. «Aussi, la démarche nous surprend vraiment», lâche-t-il, néanmoins un peu mal à l’aise.

La santé d’abord

L’ASF n’a pas prévu d’accéder à la demande de l’Udinese, et Claudio Sulser ne voit pas de raison formelle qui pourrait interdire le sélectionneur Vladimir Petkovic d’aligner Valon Behrami dès ce jeudi au Windsor Park. Mais la perspective paraît très improbable pour des raisons médicales. «Une chose est claire, souligne le délégué aux équipes nationales, l’ASF ne va jamais demander à Valon de jouer si son état de santé ne le permet pas.»

L’espoir de voir le milieu de terrain sur la pelouse n’est d’ailleurs pas la seule raison qui a amené Vladimir Petkovic à le convoquer. Valon Behrami apporte son expérience de trentenaire et sa grinta à une équipe très jeune, et – à l’aise tant en italien qu’en français et en allemand – il fait le lien entre les différents groupes linguistiques. Il passe souvent pour le grand frère du groupe, et sa simple présence est jugée importante en prévision des deux matches contre l’Irlande du Nord.

Udinese prête à aller devant la justice

Déjà blessé en octobre dernier, il avait accompagné la Nati lors de la victoire 5-1 contre la Hongrie à Bâle, puis il avait dû retourner dans le Frioul alors que ses camarades prenaient la route du Portugal, où ils ont été battus 2-0…

Ces arguments laissent toutefois l’Udinese insensible. Vraisemblablement inquiète du bon rétablissement de son demi défensif, elle est prête à aller au combat pour défendre ses intérêts. «Si l’ASF ne libère pas le joueur ou si elle décide de le faire jouer ce barrage, nous sommes prêts à nous engager devant les justices civile et sportive pour obtenir réparation.»