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L’équipe de Suisse n’a pas assez de bons joueurs

CHRONIQUE. Faute d’avoir suffisamment de bons joueurs pour épauler ses stars ou les mettre en concurrence, la Suisse stagne et reste à sa place en perdant en huitième de finale, estime Stéphane Henchoz dans sa chronique au «Temps»

L’équipe de Suisse est passée complètement à côté de son huitième de finale, comme déjà de son match décisif contre le Portugal à Lisbonne en octobre dernier. Elle me fait un peu penser à un cheval de concours qui passe facilement les obstacles mais qui échoue dès qu’on monte la barre.

Nos joueurs n’ont jamais été capables d’accélérer, de mettre de la vitesse pour porter le danger devant le but suédois. Nous n’avons pas pris un ballon de la tête avant l’action de Seferovic à la 88e minute, et nous n’avons pas non plus attaqué les deuxièmes ballons. Bien organisés autour de leur gardien de 2 mètres et de leurs centraux de 1m90, les Suédois ont eu le beau rôle: ils avaient même le loisir de placer leurs coups de tête de dégagement! Tous les corners ont été tirés de la même façon, sans plan B, sans quoi que ce soit qui aurait pu déstabiliser le bloc suédois. Je n’ai jamais senti que nous pouvions marquer.

Akanji, révélation suisse de ce Mondial

Sans surprise, la Suède s’est positionnée en 4-4-2 avec deux lignes très basses, avec l’intention de se projeter rapidement à la récupération. A ne pas vouloir perdre la balle, les Suisses en ont oublié de jouer. Les attaquants suédois n’étaient tout de même pas aussi forts pour que les latéraux s’interdisent de monter, pour que Dzemaili ne fasse pas des courses dans les espaces, pour que Xhaka ne franchisse jamais une ligne balle au pied.

Beaucoup de joueurs suisses n’ont pas été au niveau d’un huitième de finale de Coupe du monde. On craignait pour Johan Djourou mais il a fait son match, comme d’habitude. Bien sûr, il n’a pas eu beaucoup de travail et un meilleur relanceur aurait pu apporter un peu plus, mais il a été beaucoup plus propre que Manuel Akanji. La révélation suisse de ce Mondial a fait son moins bon match du tournoi. Il est malheureux sur le tir qu’il dévie dans les buts de Sommer, mais ce genre de chose arrive toujours lorsqu’on est un peu moins bien, un peu lourd, un peu moins vif sur les appuis. Une fraction de seconde de retard et le ballon dévisse au lieu d’être dégagé.

Trois possibilités en plein axe

Le but suédois est chanceux mais ils ont eu trois fois la même possibilité de tirer plein axe. Une fois, ça devait bien payer. Valon Behrami ou Granit Xhaka aurait dû sortir pour contrer. Pour moi, Xhaka a montré hier qu’il n’est pas un grand joueur, parce que les grands joueurs portent leur équipe dans les grandes occasions. Lui ne s’est jamais comporté en patron. Xherdan Shaqiri n’a pas eu de réussite mais a au moins essayé jusqu’au bout. Le problème, c’est qu’il n’a pas été aidé par Michael Lang, catastrophique en remplacement de Stephan Lichtsteiner. Lang n’a jamais pris le couloir, et n’a ainsi jamais offert une solution à Shaqiri qui, sur son pied gauche, ne pouvait que rentrer-centrer, jamais fixer-décaler pour le latéral. C’était trop facile pour la défense suédoise, qui se doutait bien que Shaqiri n’allait pas déborder et centrer du pied droit.

Sur le côté gauche, le problème était inverse: le latéral Ricardo Rodriguez a bien essayé d’apporter quelque chose (sans être Roberto Carlos) mais il n’a pas été aidé par Steven Zuber qui, lui non plus, n’a pas le niveau. En attaque, Vladimir Petkovic a passé le Mondial à changer un borgne pour un aveugle. Mais ni Seferovic, ni Gavranovic, ni Drmic ne sont des attaquants du calibre d’une Coupe du monde.

Trop de joueurs moyens

Au final, la Suisse n’a donc remporté qu’un match (dans les arrêts de jeu) sur quatre. Son groupe était certes difficile mais, deux fois, elle a eu de la chance que la VAR ne soit pas actionnée, sans quoi elle aurait été éliminée après deux matchs. Objectivement, elle est à sa place ce matin. Pour aller plus loin, il aurait fallu compter sur plus de joueurs de talent. Nous n’en avons pas assez. A part un ou deux postes, tout le monde ferait la même composition que Petkovic, et 90% des téléspectateurs auraient fait les mêmes changements que lui. Le pire, c’est que, alors que la Suisse était menée, il n’a pas demandé de troisième changement. Mais qui sur le banc aurait pu apporter quelque chose de différent?

La Suisse a trop de joueurs moyens et pas assez de joueurs de haut niveau. Ce sont des faits, pas une interprétation personnelle. Certes, la Suède s’en sort avec un très bon socle gardien-défenseurs centraux et huit qui s’arrachent autour. Ce n’est pas la philosophie de Vladimir Petkovic, qui a voulu produire plus de jeu que son prédécesseur Ottmar Hitzfeld. Il y est parvenu contre plus faibles. Mais pour produire du jeu contre des équipes organisées, il faut être capable d’éliminer en un contre un pour créer des surnombres. Sans surnombre, il est impossible de bouger un bloc bien en place. La Suisse y parviendra lorsque Xhaka et Shaqiri auront de la concurrence. Il faut qu’il y ait deux Xhaka et que l’entraîneur puisse faire jouer le meilleur.

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