Hanspeter Zaugg rêvait d'un beau cadeau d'adieux avant de laisser sa place à Enzo Trossero et de prendre en charge les «moins de 21 ans» suisses. L'entraîneur ad interim de la sélection helvétique n'en a finalement reçu qu'un demi. Hier à Kaiserslautern, son équipe de Suisse a obtenu un bon match nul 1-1 contre l'Allemagne, au terme d'une rencontre décevante. Retour sur une soirée fade.

18 heures. Dans un hôtel de la petite ville champêtre et dans les coulisses du Friz Walter Stadion, magnifique stade rempli aux trois quarts, on se fait des courbettes entre représentants politiques et sportifs des deux pays, à l'occasion du centième anniversaire de la Fédération allemande de football. La Suisse a été la première à rencontrer l'Allemagne en match international en 1908. La première aussi à tendre la main à sa voisine pour la sortir de son isolement sportif après les deux guerres mondiales, et à disputer un match amical contre l'équipe d'Allemagne réunifiée en 1990, une longue amitié entretenue à coups d'invitations à des tournois et à des matches de jubilé.

Des joueurs souvent démotivés

Sur le terrain, en revanche, pas de cadeau. Dès le début de la partie, deux heures et demie plus tard, l'équipe locale met la pression, comme pour donner tort à Ueli Stielike, l'assistant de son entraîneur Erich Ribbeck. «Les matches amicaux ne veulent plus dire grand-chose, déplorait la veille l'entraîneur de l'équipe de Suisse de 1989 à 1991. On fait de la représentation politique. Les joueurs des grands clubs sont souvent démotivés, et c'est parfaitement compréhensible quand ils doivent jouer le titre ou une demi-finale de Ligue des champions dans la foulée.» Mais ce match a d'autres enjeux pour les Allemands. Les leaders de l'équipe veulent réagir devant leur public après deux contre-performances à l'étranger (défaite 2-1 aux Pays-Bas et match nul 1-1 en Croatie) et montrer leur soutien à leur entraîneur décrié. Les joueurs moins bien considérés, eux, doivent gagner leur place pour l'Euro 2000.

Du coup les Germains entament ce match en crève-la-faim. A défaut d'un jeu chatoyant, ils défendent leur rang de Cchampion d'Europe avec la fougue d'une armée en mal de résultats. C'est d'abord Ziege, joueur de couloir offensif, qui donne le signal d'une reprise de la tête déviée par le grand Zuberbühler après deux minutes de jeu. Puis ce même Ziege, omniprésent jusqu'à sa sortie sur blessure, qui place une nouvelle tête de peu à côté des buts une minute plus tard. Un pétard mouillé au cours d'une première mi-temps qui ne s'animera que dans les cinq dernières minutes.

Face à cette sélection rapidement en panne de confiance, l'équipe de Suisse n'a que son application à opposer. Décimée, ballottée entre un entraîneur ad interim (Hanspeter Zaugg) et un autre attendu en juillet (Enzo Trossero), la formation helvétique fait tourner le ballon sans génie. Chapuisat, Fournier, Thurre, Türkyilmaz, Henchoz et Wicky ne sont pas là, blessés. Pour ne rien arranger, Patrick Müller souffre d'un genou. Johann Vogel, tout frais champion des Pays-Bas avec Eindhoven, tente bien de compenser le faible rendement de Sforza au milieu du terrain, mais les quarante premières minutes sont bien gentillettes. Jusqu'au but gag. Un raté incroyable, un tir anodin de trente mètres de Hakan Yakin mal bloqué par le gardien Jens Lehmann, dont les bourdes commencent à agacer l'Allemagne entière. Au moins, cyniquement dit, ce but a-t-il le mérite de débloquer un peu la partie. Vexés, les Allemands réagissent par un coup franc de Hamann sur le poteau (43e) et un but de la tête de Bierhoff (45e) annulé pour hors-jeu. Un deuxième pétard mouillé: au terme d'une contre-attaque menée par Sesa et Bühlmann, contrée magnifiquement par le paria Lehmann, c'est la Suisse qui manque de doubler la mise dans les arrêts de jeu d'une mi-temps terminée sous les sifflets du public.

La deuxième semble s'animer un peu avec les entrées de Rink et de Kirsten côté allemand, où l'on joue désormais avec trois attaquants. Mais, malgré une légère hausse de rythme et quelques occasions, l'impression n'est qu'illusion. Drôle de match, vraiment. D'un côté, une équipe de Suisse sérieuse mais sans leader, souffrant de la faiblesse de Mazzarelli et de Haas sur les flancs de sa défense, dangereuse en contre-attaque grâce notamment à la vivacité de Sesa et de Cantaluppi et au bon match de Bühlmann. De l'autre, une sélection allemande en pleine crise de confiance, montrant d'étonnantes carences techniques et une incapacité inquiétante d'organiser le jeu. Une sélection finalement sauvée du désastre par un cadeau de l'arbitre suédois Morgan Norman, le seul à ne pas avoir vu la charge illicite de Ballack sur le gardien suisse permettant à Kirsten d'inscrire facilement l'égalisation (85e). Au bout du compte: 1-1, quelques points positifs côté suisse et un match que l'Allemagne oubliera vite. C'est peu.