Certes, ce n’est pas une victoire. Mais ce match nul (0-0) face à la France à Lille est un résultat qui satisfait amplement la délégation suisse, à en juger par les accolades joyeuses autour du sélectionneur Vladimir Petkovic, qui en a même souri. La Nati est qualifiée pour les huitièmes de finale de l’Euro 2016, une première dans un championnat d’Europe. Elle demeure invaincue dans ce tournoi. Et elle a prouvé qu’elle pouvait tenir le coup face à l’un des favoris, sur une pelouse désastreuse. Quand bien même le gardien Yann Sommer peut remercier les montants de son but, qui l’ont sauvé trois fois sur des frappes françaises.

Pologne, Irlande ou Allemagne?

La Suisse, deuxième du groupe A, connaîtra mardi soir son adversaire en huitième de finale, samedi prochain à Saint-Etienne (15h). Ce sera le deuxième du groupe C: probablement la Pologne, voire l’Irlande du Nord ou l’Allemagne. L’équipe de France, qui termine en tête, est face à un scénario plus compliqué. Elle a trois chances sur cinq d’affronter le troisième de ce même groupe, qui devrait être l’Irlande du Nord, à Lyon dimanche prochain. En attendant de connaître le menu, les deux équipes peuvent tirer un premier bilan, qui devrait être positif de part et d’autre.

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Le gardien français peu menacé

La Nati n’a désormais plus battu sa voisine depuis sept matches. Mais les sept titulaires qui restaient de la lourde défaite, il y a deux ans, lors de la Coupe du monde au Brésil (2-5), se contenteront de ce nul. Le sélectionneur Vladimir Petkovic n’a procédé qu’à un changement dans son onze de départ (Breel Embolo à la place de Haris Seferovic), sans que le visage de son équipe en soit changé. Plutôt séduisant, assez peu efficace. Embolo a bien tenté de faire parler sa puissance, son seul atout. Sans jamais menacer le but du gardien Hugo Lloris, qui égalait hier le nombre de capitanats de son sélectionneur (54).

Duel Sommer-Pogba en début de match

L’enjeu tout relatif de la rencontre, couplé à la nature joueuse des deux équipes, a d’abord donné un match très ouvert. Passé une occasion confuse devant le but de Lloris (8e) suite à un corner de Shaqiri, les initiatives les plus tranchantes ont été françaises. Ce qui a donné lieu à un duel de haute volée entre deux hommes: Yann Sommer, le gardien de la Nati, et Paul Pogba, le talentueux milieu de terrain de la Juventus de Turin. Sur sa première frappe, le gardien dévie sur sa transversale (12e); sur la deuxième (13e), il boxe le ballon sur sa gauche; sur la troisième, il regarde le ballon tutoyer l’équerre (17e).

Une pelouse très dégradée

Au fil de la mi-temps, avec une possession plutôt suisse (53%), le rythme du match a baissé, lui donnant parfois l’allure d’une rencontre amicale. L’état très dégradé de la pelouse – qui a même été repeinte en vert à certains endroits pour en atténuer l’aspect inesthétique des zones brunes – a provoqué une trentaine de glissades, parfois en bonne position, dans la surface de réparation.

La veille, les joueurs n’avaient pas été autorisés à s’entraîner sur la pelouse du stade Pierre-Mauroy. Cela n’a pas suffi à la régénérer. Le spectacle était parfois pathétique. Et il est à se demander si le pire n’est pas à venir, alors que ce stade doit encore accueillir trois matches, dont un huitième de finale et un quart.

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Deuxième mi-temps: les Suisses en confiance

A la reprise, sans doute rassurés par le score d’Albanie-Roumanie à la pause (1-0) qui confortait leur deuxième place, les Rouges se sont installé durablement dans la moitié de terrain de leur adversaire, qui a surtout évolué en contre. Sommer, solide, a été sollicité par Griezmann (57e). Puis a vu la superbe reprise de volée de Payet au bout d’une course tout en puissance de Sissoko échouer sur sa transversale (75e). Le même Payet a eu le coup-franc de la gagne (88e), mais le mur a cette fois interrompu sa série de buts inscrits juste avant le gong. Quant à Dzemaili, il a été victime d’un tirage de maillot de Sagna dans la surface à la dernière seconde, sans que l’arbitre le sanctionne (Lichsteiner n’avait pas eu cette chance face à la Roumanie). Mais il était dit que les équipes se quitteraient bonnes amies, en toute neutralité.

Une équipe de France qui se préserve

Le sélectionneur français Didier Deschamps était dans une logique de gestion de groupe. Il avait placé sur le banc quatre titulaires quasi indiscutables en prévision du huitième de finale: N’Golo Kanté et Olivier Giroud (sous la menace d’une suspension), mais aussi Blaise Matuidi et Dimitri Payet, pour recharger les accus. L’ancien capitaine de l’équipe de France championne du monde (1998) et d’Europe (2000) sait toute l’importance d’en garder dans le moteur quand on veut voyager loin. L’équipe de France n’a plus gagné, ni même marqué un but, lors du troisième match de ses cinq dernières phases finales. Elle n’a toujours pas vraiment rassuré. Sa série de six victoires d’affilée s’est achevée là. Mais Deschamps considère sans doute que les avantages de sa méthode compensent cette petite contrariété.