Voilà, c'est fait: l'équipe de Suisse, victorieuse mercredi soir au Pirée (1-2), a su combler le handicap né du fiasco luxembourgeois. A la faveur d'un succès acquis de haute lutte, la sélection helvétique revient à deux longueurs du leader grec après quatre rencontres disputées dans ce groupe 2 des éliminatoires pour la Coupe du monde 2010. Histoire de parfaire la soirée, on adressera une pensée émue à monsieur Kolesnichenko, l'homme qui a permis à la Lettonie d'égaliser à la 89e minute devant Israël (1-1), l'autre gros contradicteur des Helvètes.

Ceux-ci réalisent une première mi-temps solide, si l'on excepte un cafouillage sans frais entre Stéphane Grichting et Christoph Spycher et le jeu au pied approximatif du gardien Diego Benaglio. Compacts comme promis, volontaires comme attendu, les joueurs d'Ottmar Hitzfeld tissent gentiment mais sûrement leur toile. Il faut un bras grec pour contrer le tir de Tranquillo Barnetta (6e) - le Saint-Gallois à la cuisse déficiente sera remplacé peu après la demi-heure; et un arrêt de Konstantinos Chalkias pour repousser une frappe subite d'Alexander Frei (14e). Le plus souvent en possession de la balle, les «rouge et blanc» font au moins jeu égal. En face, seuls les déboulés de Georgios Samaras, molosse du Celtic Glasgow, créent le danger.

Objet d'une inquiétude mal contenue avant le coup d'envoi, la charnière centrale Grichting/Eggimann ne souffre pas trop. On s'achemine vers un bon vieux 0-0 à la pause lorsque la partie bascule une première fois. Bien lancé par Benjamin Huggel, Valon Behrami s'infiltre dans la surface avant d'être pris en sandwich entre Avraam Papadopoulos et Vasilios Torosidis; le penalty est justifié. Sous les sifflets, Alexander Frei ne tremble pas et ouvre le score (42e) face à une équipe qui n'avait pas encaissé le moindre but depuis le début de cette campagne. Salaire princier, retour aux vestiaires.

Dès l'entame du deuxième acte, forcément, la Grèce accentue la pression sur le camp de défense helvétique. Poussés par un stade Karaiskaki quasiment plein, les protégés d'Otto Rehhagel ne versent pas dans le génie. Mais la Suisse recule et cède à son adversaire le milieu de terrain. Grand mal lui en prend. A la 68e, l'un des nombreux ballons perdus par Gökhan Inler, transparent, fait le bonheur hellène: le centre de Georgios Karagounis, à peine entré en jeu, est manqué par Nikolaos Lymperopoulos, mais pas par Angelos Charisteas, arme fatale et héros de la nation. Le buteur de la finale de l'Euro 2004 remet les deux équipes à égalité et on se dit - Hellas, trois fois Hellas... - que ça commence à sentir mauvais pour la Suisse.

Mais non. Au plus fort de la tempête, Ottmar Hitzfeld a l'excellente idée de remplacer Alexander Frei par son pote Hakan Yakin. Le pensionnaire du club qatari d'Al-Gharafa transforme son premier ballon en or. Déviation subtile pour Blaise Nkufo qui s'en va inscrire, tout seul, sa quatrième réussite en autant de rencontres lors de ces éliminatoires (77e). Un gros quart d'heure à tenir.

Quelques vagues s'abattent encore, ça et là, contre le but de Diego Benaglio. Mais le gardien de Wolfsbourg, décrié pour ses prestations très moyennes sous le maillot de la Nati, bloquera sans coup férir la tête de Traianos Dellas dans les arrêts de jeu. Le sifflet de l'arbitre retentit une dernière fois et les Suisses peuvent exulter. Six ans après la victoire arrachée à Dublin, qui avait grandement facilité l'accession à l'Euro 2004, l'équipe de Suisse fête un succès qui ressemble à un acte fondateur. Au bord du gouffre samedi dernier, à vingt minutes de la fin de la rencontre face à la Lettonie, la voilà pleinement relancée dans la course à la qualification pour l'Afrique du Sud.