Euro 2016

Pour l’équipe de Suisse, il s’en est fallu d’un rien

Les hommes de Vladimir Petkovic avaient de grandes ambitions. Battus en huitièmes de finale par la Pologne aux tirs au but, ils n’ont pas démérité du tout mais cela ne suffit plus à consoler personne

L’Euro de l’équipe de Suisse aurait été vraiment réussi si elle avait atteint les quarts de finale. Eliminée au stade d’avant, est-il raté? «Cela dépendra beaucoup de la manière, prédisait le président de l’Association suisse de football Peter Gilliéron quelques jours avant la rencontre. Au Mondial 2014, les sentiments étaient très mélangés. Notre défaite contre l’Argentine ressemblait à une victoire.» Celle contre la Pologne (1-1, 5-4 aux tirs au but), samedi à Saint-Etienne, en était plus proche encore. Voilà l’impression désagréable que donne cette élimination: la Suisse n’a pas évolué d’un iota. Elle stagne.

La déception des joueurs et des supporters est immense car il s’en est fallu d’un rien. Il aurait suffi que ce ne soit pas le pied de Granit Xhaka qui tremble, lors de la séance de tirs au but, mais celui de Robert Lewandowski ou de Grzegorz Krychowiak, et c’était réglé. «Nous méritions autre chose», a regretté le sélectionneur Vladimir Petkovic. Pas faux: la Suisse a eu le ballon et l’a fait vivre de belle manière en seconde période. Mais ce sont des détails futiles pour cette équipe de Suisse. Assez de défaites honorables, assez d’eau tiède, elle voulait marquer l’histoire.

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Le discours a changé

Elle a échoué à se hisser, pour la première fois depuis le Mondial 1954, en quarts de finale d’une grande compétition. Deux ans après la défaite contre l’Argentine au Mondial brésilien, dix ans après celle contre l’Ukraine en Allemagne, elle s’est à nouveau inclinée en huitièmes de finale. Et pour sa quatrième participation au Championnat d’Europe des nations, elle a certes passé le premier tour pour la toute première fois, mais cela revient à appartenir au cercle des seize meilleures équipes du continent. Elle l’avait déjà fait en 1996, 2004 et 2008 en se qualifiant pour le tournoi. Rien n’a changé, vraiment?

Si: dans le discours, l’attitude. En début d’année, le sélectionneur Vladimir Petkovic avait appelé à aborder l’Euro avec «un peu d’arrogance». Tout au long de la préparation et même du tournoi, tous les joueurs ont répété comme un mantra leur envie d’aller plus loin. La qualification pour les huitièmes de finale: une étape sur la route du bonheur, pas une destination. Auto-persuasion? Pas seulement. L’équipe de Suisse est composée de joueurs aguerris au plus haut niveau international, qui ont grandi avec la conviction de pouvoir remporter quelque chose avec le maillot rouge à croix blanche. Certains ont été champions du monde M17, d’autres vice-champions d’Europe M21. «Cela montre que nous avons l’esprit pour gagner un tournoi», assurait Fabian Frei quelques jours avant le match contre la Pologne.

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Le réveil de Shaqiri

Mais le jour J, au moment de faire coller les actes à la parole, l’équipe de Suisse est apparue plus fébrile que jamais dans cet Euro. Pendant des mois, les hommes de Vladimir Petkovic avaient demandé la confiance des supporters et ceux-ci haussaient les épaules. Et quand enfin ils y croyaient – car ils y croyaient, samedi à Saint-Etienne – alors les joueurs de la Nati semblaient pétrifiés à l’idée de ne pas pouvoir tenir leurs promesses. Contre la Pologne, il leur a fallu attendre la pause (et l’ouverture du score adverse) pour se rebiffer.

Dos au mur, l’équipe de Suisse s’est retrouvée. Transparent depuis le début de l’Euro et subitement ressuscité, Xherdan Shaqiri a égalisé d’un merveilleux retourné acrobatique qui restera dans le palmarès des plus beaux buts de l’Euro et toutes les mémoires. Et il ne s’est pas arrêté là: en fin de prolongation, il déposait la balle de match sur la tête d’Eren Derdiyok. Mais l’attaquant n’a pas su la concrétiser.

Pas de fatalisme

De la victoire contre l’Albanie le 11 juin à l’élimination contre la Pologne quatorze jours plus tard, le problème est resté le même. Joueuse, bien organisée, l’équipe de Suisse a eu mille peines à marquer. Trois buts en quatre matches, deux sur des balles arrêtées, le troisième venu d’ailleurs. Aucun au bout d’une phase de jeu construite. Il s’en est souvent fallu d’un rien, quelques centimètres. Haris Seferovic en sait quelque chose. Après de multiples occasions ratées lors de la phase de groupe, il a encore tiré sur la barre contre la Pologne. Quand ça veut pas…

Point de fatalisme à l’ASF. «Nous avons beaucoup progressé au niveau de la création d’occasions, relevait dimanche Laurent Prince, directeur technique. Par contre, au niveau de l’efficacité, ce n’était pas encore ça. Nous devons travailler là-dessus. Insister auprès des clubs pour qu’ils mettent l’accent sur la formation des attaquants. Nous sommes déjà un des seuls pays avec un concept de spécifique pour les joueurs offensifs, mais nous devons faire plus.»

Le 6 septembre contre le Portugal, la Nati ouvrira un nouveau chapitre de son histoire avec les éliminatoires pour le Mondial 2018 en Russie. Aucune révolution ne se profile d’ici-là. Elle a traversé l’Euro sans que le moindre scandale n’éclate, la majeure partie de ses cadres ont encore de belles années devant eux et le sélectionneur garde «la pleine confiance» du président de l’ASF Peter Gilliéron. Après tout, il s’en est fallu d’un rien pour que l’Euro de la Nati ne soit vraiment réussi.

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