Ce fut une action comme dans un rêve. Fluide, facile, évidente, où tout s'enchaîne exactement comme prévu. Le coup d'accélérateur de Breel Embolo pour se départir de son cerbère. Le relais avec Edimilson Fernandes, qui lui remet le ballon loin dans la profondeur. Le centre parfait au premier poteau, légèrement en retrait. La demi-volée du pied gauche ouvert juste ce qu'il faut de Remo Freuler. Et au bout le but. Et avec lui l'espoir

Cette dizaine de secondes de grâce, à la 26e minute de jeu de son septième match de l'année, n'a pas suffi à offrir à l'équipe de Suisse de football son premier succès depuis le 18 novembre 2019, quand elle avait caillassé Gibraltar à l'ombre de son rocher (1-6). Car l'Espagne a fini par égaliser sur une belle action, elle aussi, par Gerard Moreno. Ce n'est qu'un nul, donc. Mais il suffit à préserver l'essentiel: la Nati s'offre une finale contre la relégation au deuxième niveau de la Ligue des nations.

Calculs alambiqués

Battue par l'Allemagne 3-1, l'Ukraine est troisième du groupe avec 6 points. La Suisse ferme la marche avec 3 points et reviendra à la même hauteur en cas de victoire contre son adversaire direct, ce mardi à Lucerne. Selon les critères qui s'appliqueront alors pour départager les deux équipes, elle doit pour passer devant s'imposer 1-0, 2-1 ou par au moins deux buts d'écart. Une victoire 3-2, 4-3 ou 5-4 la condamnerait en raison des buts à l'extérieur dans la confrontation particulière (elle s'est inclinée 2-1 en Ukraine).

Pour la confiance, et pour éviter ces calculs alambiqués, elle aurait bien eu besoin d'une victoire contre l'Espagne après avoir concédé quatre défaites et deux nuls depuis sa reprise post-trêve pandémique en septembre. Elle n'avait jusqu'ici pas livré que des mauvaises prestations. En matière de jeu, ce n'est sans doute pas la performance réalisée au Parc Saint-Jacques que le sélectionneur Vladimir Petkovic aura préféré. Ses hommes ont été privé de ballon (30% de possession), ce dont ils n'ont pas l'habitude. Ils ont parfois dû se résoudre à dégager, ce qu'ils essaient en général d'éviter. Et ils ont vraiment souffert une fois réduits à dix suite à l'expulsion de Nico Elvedi à la 79e minute de jeu.

Alors pour cette fois, la Nati saura se satisfaire de ce résultat, de ce point frustrant mais suffisant. Parce qu'au-delà du magnifique mouvement ayant mené à l'ouverture du score, la Suisse a subi plus qu'autre chose, même si elle n'a offert que peu d'occasions franches à une équipe techniquement supérieure, mais en difficulté pour trouver la faille. Et surtout, elle pourrait être d'ores et déjà reléguée si Yann Sommer n'avait pas arrêté deux penalties de Sergio Ramos.

Au bord du gouffre

Le capitaine espagnol s'était prêté 25 fois à l'exercice depuis mars 2018, et il ne l'avait jamais raté. Mais à Bâle, suite à une main bien malchanceuse de Ricardo Rodriguez à la 57e puis à une faute de Nico Elvedi à la 79e, il a choisi à deux reprises de tirer sur la droite du portier helvétique. Qui a bien anticipé, les deux fois, repoussant le premier essai en corner et interceptant le second. La Suisse avait des raisons de penser que la chance, cette fois-ci, allait tourner en sa faveur... mais la «Roja» a tout de même fini par égaliser.

Désormais, la donne est claire. De deux choses l'une: soit la Nati bat l'Ukraine, conserve (vraisemblablement) sa place dans l'élite de la Ligue des nations et son année très mitigée sera vite oubliée; soit elle échoue, termine 2020 sans la moindre victoire, dans le groupe B de la compétition (et accessoirement dans le deuxième chapeau du tirage au sort des éliminatoires de la Coupe du monde 2022) - c'est-à-dire déclassée. Elle est au bord du gouffre. Mais il s'en est fallu de peu pour qu'elle n'y soit déjà tombée.