Quand on appelle le président de la Course de l'Escalade, Jean-Louis Bottani, on entend un doux gazouillis d'oiseaux dans le combiné, et on a envie de lui dire: «Eh bien, vous avez de la chance, vous travaillez dans un environnement agréable!» Puis on réalise que c'est la sonnerie de son téléphone portable, qui n'arrête pas de l'interrompre. «Il n'a plus de week-ends, plus de soirées, plus de nuits complètes. Il ne se couche pas avant 1 heure du matin depuis des mois», confie la secrétaire de la Course de l'Escalade, Josiane Goy.

Durant les trois mois qui précèdent la manifestation, Jean-Louis Bottani effectue une trentaine d'heures de bénévolat par semaine, en plus de son activité professionnelle à la tête du service immobilier de l'Hospice général. Des centaines d'heures de travail supplémentaires, si l'on compte son engagement le reste de l'année. Il faut entretenir les bonnes relations avec les sponsors, choisir le prix souvenir, prévoir des nouveautés pour maintenir l'attrait de l'événement (comme l'introduction d'une catégorie walking et nordic walking cette année), etc.

L'implosion informatique

Invariablement, dès le mois de septembre, des centaines de bénévoles sont sur le pied de guerre. Environ la moitié des participants (28000 cette année) attend les trois derniers jours pour s'inscrire. La commission informatique a encore frôlé l'implosion. Lorsqu'il a réalisé que son équipe allait devoir gérer 4000 inscriptions de plus qu'en 2006, le responsable de la mise sous pli des dossards, Michel Leeman, a eu un instant de panique. Mardi, il a envoyé sous forme de courriel un vibrant appel à l'aide aux membres du Stade Genève, pour obtenir des renforts. D'ordinaire, le pensum des enveloppes commence tranquillement vers 19h. Cette année, les troupes ont été convoquées dès... 15h. «J'espère qu'on va terminer avant minuit. Sinon, il va falloir s'y remettre demain matin, lâchait Michel Leeman. Certains bénévoles ont pris congé toute la semaine. Moi je suis chanceux, j'ai pu me débrouiller pour ne m'absenter de mon travail que trois jours.»

Avec 28000 inscrits pour un budget de 1,5 million de francs, la Course de l'Escalade bat tous les records helvétiques. L'épreuve du Duc (18 km), organisée en marge à un rythme quinquennal, assied sa popularité avec 4000 coureurs, soit au moins autant que lors de l'édition inaugurale en 2002.

Le risque du déclin

Malgré ce gigantisme, l'Escalade fonctionne beaucoup à l'amitié: «C'est l'histoire d'une bande de copains qui se prolonge depuis trois décennies. Les bénévoles reviennent d'année en année parce qu'ils aiment passer des moments avec leurs potes. Le danger est qu'il suffirait probablement que Jean-Louis Bottani se retire pour que ce ciment disparaisse, analyse l'ancien attaché de presse, Pierre Morath. L'Escalade a atteint son zénith. Le risque naturel de bascule, de déclin, existe. Il faut se montrer très prudent, échapper à l'euphorie qui vous fait aller toujours plus loin.» Si la manifestation continue de croître, la logistique risque de ne pas pouvoir suivre. Les organisateurs devront peut-être dédoubler les départs, ou limiter le nombre d'inscriptions...