Cinq escrimeurs défendront les chances de la Suisse aux Jeux olympiques de Sydney. Chez les dames, la Bernoise Gianna Hablützel-Bürki, la Zurichoise Diana Romagnoli et la Valaisanne Sophie Lamon seront engagées tant individuellement que par équipes dans la compétition à l'épée. Chez les messieurs, le Genevois Laurent Waller (sabre) et le Bâlois Marcel Fischer (épée) ne livreront, eux, que des duels individuels dans leurs spécialités respectives. Une sixième athlète sera du voyage en Australie: Tabea Steffen, dotée du statut de remplaçante.

Laurent Waller excepté – il se prépare à Paris –, les membres de l'équipe suisse olympique d'escrime suivent ces jours-ci un camp d'entraînement à Macolin. Lundi soir, ils tenaient conférence de presse sur les hauteurs de Bienne en compagnie de l'entraîneur national, Rolf Kälich, et du chef de la délégation olympique pour l'escrime, Gabriel Nigon. Pour ce dernier, «la Suisse possède toutes ses chances en Australie. La fédération n'a pas fixé d'objectifs en termes de résultats. Cette saison, notre but était d'obtenir une médaille lors des championnats d'Europe et nous l'avons atteint (n.d.l.r.: les filles ont été sacrées par équipes à l'épée). Ce qui viendra à Sydney sera tout bonus. Nous n'entendons pas mettre de pression sur les épaules de nos athlètes. Ils en supportent déjà assez comme cela.»

Rolf Kälich ne dit pas autre chose, qui estime que, pour monter sur le podium des Jeux, il faudra avant tout posséder un mental de fer. «L'escrime, dit-il, est un sport individualiste dans lequel la maîtrise des événements revêt autant si ce n'est plus d'importance que la condition physique ou la technique.» Dans ces conditions, quelles sont les possibilités d'une Sophie Lamon, récente championne du monde chez les cadettes, et qui a tout juste 15 ans? Pour Gabriel Nigon, «on peut être performant à 15 ans comme à 40. Sophie a commencé la saison parmi les seniors et, à ce jour, elle en a battu une bonne moitié. L'escrime, ce n'est pas comme le ski où vous ne pourrez jamais lancer un adolescent sur la Streif de Kitzbühel ou le Lauberhorn de Wengen. Dans notre sport, nous pouvons lancer très vite les jeunes dans la haute compétition. Ils ne courent pas le moindre risque.»

Sydney pourrait donc valoir quelques (bonnes) surprises à l'escrime suisse. «Chez les dames surtout, considère Gabriel Nigon. Je ne tiens pas à minimiser les possibilités de Marcel et de Laurent, mais, malheureusement pour eux, ils ne bénéficieront pas de l'effet «équipe» qui aide à passer des caps difficiles.» Marcel Fischer part pourtant en Australie en pleine confiance. «Cela fait deux mois que je ne fais que m'entraîner. Il est clair qu'une médaille constituerait pour moi une jolie surprise. Par contre, un diplôme olympique (qui récompense les athlètes classés aux places 1 à 8) n'est pas à exclure. Cela dépendra avant tout de mon début de compétition. Je connais souvent des problèmes lors de mon premier match. Mais, si ça passe, je pense pouvoir battre n'importe qui.»

Même optimisme chez les filles. «Il est vrai que notre titre européen nous a mises en confiance, se réjouit Gianna Hablützel-Bürki, le fer de lance de la formation. Toutefois, nous n'oublions pas que nous l'avons obtenu en l'absence des équipes A de Hongrie, de France et d'Allemagne. Des équipes qui seront présentes à Sydney. Objectivement, dans la compétition par équipes, il nous faudra compter sur des faux pas de nos adversaires pour atteindre le podium.» En ce qui la concerne, la Bernoise vise toutefois un diplôme olympique en individuel. Sa coéquipière Diana Romagnoli aussi qui se «réjouit de l'aubaine que constitue cette première participation aux Jeux». Comme Sophie Lamon d'ailleurs. Avec les succès obtenus cette saison (outre son titre mondial, la Valaisanne a pris, notamment, une 5e place en Coupe du monde), Sophie Lamon sait qu'elle bénéficie de moins en moins de l'effet de surprise. «Les filles me connaissent, dit-elle. Cependant, j'ai une grande chance: celle d'aller à Sydney en n'ayant rien à prouver. J'ai 15 ans et l'avenir pour moi. Ce qui n'est pas le cas de nombre de mes adversaires. Je peux me rendre là-bas libre de toute contrainte psychologique.» Elle ajoute: «Je prends les Jeux non pas comme une récompense pour ma bonne saison, mais bien pour un défi difficile, que j'espère relever au mieux.»

A quelques pas de Sophie Lamon, Tabea Steffen peine, elle, à esquisser un petit sourire. «Ma position de quatrième épéiste n'est certes pas très agréable, mais je suis déjà contente d'être là. Je n'ai pas le moindre désir de voir l'une de mes coéquipières se blesser pour prendre sa place. Vous savez, à Athènes, en 2004, je n'aurai que 22 ans. Tout me sera encore permis.» Surtout que Gianna Hablützel-Bürki sera probablement partie alors à la retraite.