Encore un doublé des McLaren-Mercedes dimanche qui plus est, sur le territoire de la marque allemande. Les flèches d'argent ont réalisé un tir imparable, que symbolise cette vision impressionnante, inéluctable, tour après tour, des deux bolides gris nous arrivant de face, confondus, collés l'un à l'autre, depuis le fond de l'infinie ligne droite entre les hautes rangées de sapins. Deux casques en un, quatre flancs en deux, huit roues en quatre, le tout à 350 km/h pour enfin se dissocier au premier virage à gauche. Un ballet si bien huilé que c'était à se demander si il y avait encore de l'homme là-dedans. D'autant que les casques sont munis d'une visière en plastique fumé si sombre qu'on ne perçoit plus de visage derrière.

Oui, la technique a l'air de tout faire, tout régler, tout orchestrer dans ces cas-là, et la course de dimanche fut ce qu'on appelle une «démonstration». Faut-il s'en plaindre? Ce serait méconnaître la définition de la formule un et, par conséquent, son intérêt. Elle n'est pas un sport comme les autres, c'est un rituel technologique; ce n'est pas un affrontement direct d'hommes, ceux-ci s'y affrontent par l'intermédiaire de la technique, qu'il faut dominer avant de battre l'adversaire. Par conséquent, on ne peut que souhaiter la victoire à l'écurie qui a su trouver les meilleures solutions aux millions et milliards de problèmes que pose la quête de la plus grande vitesse sur sol en boucle. C'est d'ailleurs pourquoi on n'avait pas lieu de se réjouir que les réclamations qui avaient suivi le premier doublé McLaren cette année aient obtenu gain de cause alors même que la fédération internationale, durant les essais de l'hiver, avait jugé légales les inventions que leur avait soumises l'écurie. A présent, il semble que la justice technique revienne au jeu – de manière implacable, certes, mais Dieu que ces flèches d'argent sont belles! D'une beauté d'exactitude… technique.

* Ecrivain.