Un mot résume ce Grand Prix: Cool. C'est celui que les deux vainqueurs, Hakkinen et Coulthard, ont lu au bas de leurs panneaux de stand à chaque passage. Il est inquiétant. Pas vraiment parce qu'il signifierait que leur moteur chauffait. Encore que ce n'est pas impossible, vu les journaux découpés que le public brésilien jeta sur la piste et qui pouvaient boucher les extracteurs. Mais surtout, inquiétant parce que ce mot signifiait d'y aller doucement. Or, leur poursuivant immédiat - le sieur Michael Schumacher - leur concède plus d'une minute à l'arrivée. On dira que cela fait une seconde au tour, donc moins qu'au Grand Prix d'Australie. Oui mais, si Ferrari a eu gain de cause pour faire interdire les steering brakes (comme quoi, conforme en Australie, illégal en dehors?), il n'en demeure pas moins que McLaren a d'autres atouts, bien cachés sous les capes grises dont les mécanos recouvrent à tout moment les secrets des Flèches d'Argent. Ferrari en est obsédé, qui a remarqué qu'on introduisait des données informatiques dans les McLaren peu avant le départ. Un leurre? Justement, en voilà un qui a l'air suprêmement habile et cool: c'est Ron Dennis. Le patron de McLaren avait effectivement averti, moitié franchise, moitié pour écoeurer froidement l'adversaire, que le freinage interne en virage n'était qu'une des inventions qu'il expérimente. Il avait d'ailleurs averti la Fédération internationale. Car Ron a le fair play aussi britannique que le fighting spirit. C'est dire si cet homme cool, dont les voitures sont d'un gris brillamment froid et dont l'une est pilotée par un Finlandais qui commence à être d'une exacte froideur sur la plus haute marche du podium, incarne cette vérité de la Formule 1: plus qu'un sport, celle-ci nous propose un rituel technologique, où le combat est d'ingénieurs autant que de pilotes.

* Ecrivain