Ceux qui avaient enterré Mario Cipollini se sont trompés. Deux fois. Après sa victoire à Blois, le coureur italien a réédité le coup à Amiens. Au terme d'une ligne droite longue de 1700 mètres, semblable au final de la veille sur les bords de la Loire, il a pu mesurer en tournant la tête la marque de respect imposé à ses adversaires: une longueur! Résultat: au championnat officieux des meilleurs sprinters du Tour 99, Mario Cipollini égalise le score de Tom Steels: deux victoires partout.

La deuxième leçon à retenir au terme d'une étape longue de 233,5 kilomètres, est la nouvelle défaite d'Erik Zabel malchanceux avec une crevaison à 11 kilomètres de l'arrivée. Même si le peloton a quelque peu levé le pied pour permettre à l'Allemand de revenir plus facilement – c'est Mario Cipollini qui le dit –, Erik Zabel est apparu émoussé comparé à l'explosivité de Tom Steels qui termine fort et surtout la maîtrise tactique du vainqueur, parfaitement emmené par ses deux fidèles «poissons-pilotes», Gian Matteo Fagnini et Mario Scirea.

Mario Cipollini joue habilement face au public et aux médias de sa beauté et de son charisme, mais le champion italien a de la classe: il est toujours reconnaissant pour le travail effectué par ses équipiers. Après avoir avoué avec fracas mercredi toute l'amertume qu'il éprouvait à se sentir bientôt exclu d'une équipe qu'il chérit, il a confié jeudi que de l'eau avait coulé sous les ponts. «Nous avons eu une discussion avec toute l'équipe. D'une situation fermée envers moi, nous sommes passés à une situation plus ouverte. Il n'y rien de définitif mais je ne cache pas que face aux propositions extérieures, je suis sentimentalement lié à la Saeco.»

Encore une fois l'étape a été marquée par une longue échappée avortée à une poignée de kilomètres de l'arrivée. Partis la fleur au fusil, malgré un vent souvent contraire, une dizaine de coureurs sous l'impulsion de Jacky Durand et Thierry Marichal ont tenté l'aventure au long cours qui leur a permis de compter jusqu'à six minutes et quinze secondes d'avance sur le peloton. Mais de l'échappée, rejointe à 50 kilomètres de l'arrivée par Carlos Da Cruz et Magnus Backstedt partis en contre, seul le leader du classement de la montagne Mariano Piccoli qui a glané encore quelques points en chemin y trouvera motif de satisfaction.

Une fois de plus la gloire est réservée aux flèches cinglantes du peloton et à leur puissance qui émeut même le premier d'entre eux, «Super-Mario». «Les sprints massifs offrent au public beaucoup de spectacle. A la télévision, je ressens beaucoup d'émotion devant la force que dégagent les coureurs.» Et devant l'éclat du maillot jaune, toujours porté par le véloce Jaan Kirsipuu, troisième du sprint à Amiens.