Le scandale du dopage au Tour de France n'aurait pas eu lieu si les douanes, la police et la justice française ne s'en étaient pas mêlées. On a découvert d'un coup les contraintes qui pèsent sur les coureurs s'ils veulent rester au premier plan, et l'indigence d'une fédération sportive face à ce phénomène. Depuis le mois de juillet, le dopage a été évoqué chaque jour, et aucun sport n'échappe maintenant au soupçon. Dans plusieurs pays, la justice s'est saisie du dossier. Les organisations sportives semblent avoir perdu l'initiative. Et elles essaient de réagir, avant que le traitement du dopage soit définitivement passé dans le camp des pouvoirs publics.

L'UCI a été la première à annoncer des mesures, notamment: la réduction du nombre de jours de courses pour chaque coureur, la création d'un suivi médical pour les sportifs d'élite, et la responsabilisation des médecins d'équipes sous le contrôle d'un corps médical agréé par la fédération. C'est maintenant le Comité international olympique qui essaie de reprendre la main. Comme l'expliquait Juan Antonio Samaranch à l'issue de la réunion du comité exécutif du CIO: «En général, nous préférons régler les problèmes sportifs au sein de la famille sportive.» Et il ajoutait: «Mais nous avons besoin des gouvernements parce qu'ils peuvent faire appel à des méthodes dont nous ne disposons pas.» Cette phrase peut paraître anodine. Elle peut être interprétée comme une simple concession opportune à l'évidence des faits qui se sont produits au Tour de France. C'est pourtant une nouveauté.

Faut-il que les organisations sportives soient totalement indépendantes des Etats? Peuvent-elles prétendre «régler leurs problèmes en famille» c'est-à-dire échapper à la loi commune? Sinon, jusqu'où doit aller l'intervention des pouvoirs publics?

Par un hasard ironique du calendrier, la réunion du comité exécutif du CIO sur le dopage a lieu le jour des premiers verdicts dans les procès du dopage en République démocratique allemande. Un Etat – l'Allemagne réunifiée – décide de solder les comptes juridiques d'une pratique politique totalitaire appliquée au sport de haut niveau. En revenant sur le passé du sport d'Etat communiste, la nouvelle Allemagne revient – sans la nommer, ni en parler – sur l'usage politique du sport dans la période nazie (rappelons-nous des JO de Berlin en 1936).

Autant l'incurie des organisations sportives fait peur, parce qu'elle laisse la place à l'exploitation spectaculaire et sans principes des athlètes, autant l'intervention de l'Etat inquiète parce qu'elle ne contient pas en elle-même ses propres limites.