Tennis

L’éternelle jeunesse de Roger Federer

A 34 ans passés, le Suisse n’a jamais aussi bien joué au tennis. C’est ce que montre l’étude statistique de son jeu sur les quinze dernières années. Dimanche, il s’est qualifié facilement pour les quarts de finale de l’Open d’Australie, où il affrontera Tomas Berdych mardi

A l’Open d’Australie, les deux événements majeurs de la première semaine ont été, dans le tableau masculin, l’élimination de Rafael Nadal et la retraite de Lleyton Hewitt. Nadal (29 ans) a paru usé, dépassé. Il commence à perdre ses cheveux, le respect qu’il inspirait à ses rivaux et même un peu de son légendaire fair-play. Après son élimination au premier tour face à son compatriote Fernando Verdasco (lui-même éliminé au tour suivant), l’Espagnol a pesté contre ces balles moins vives qui enlèvent au jeu sa dimension tactique et facilitent le travail des joueurs qui misent tout sur la puissance. Les jeunes.

Hewitt, son contemporain, est à la retraite

Pour Lleyton Hewitt, il y a longtemps que c’est fini. Contemporain de Federer (ils sont nés en 1981), le razorback australien restera dans l’histoire du tennis comme le plus jeune numéro 1 mondial (à 20 ans et 8 mois en 2001) mais aussi comme son plus jeune «has been». Sa dernière grande finale remonte à l’Open d’Australie 2005. Il avait 24 ans et encore onze ans de pente douce devant lui.

Ces deux exemples permettent de mieux prendre la mesure de ce qu’est en train de réaliser Roger Federer. A 34 ans, le Suisse est toujours dans le coup. A Melbourne, il a vécu quatre premiers tours aussi tranquilles que la Yarra River qui musarde aux pieds des gratte-ciel, et signé dimanche face au Belge David Goffin sa 301e victoire en Grand Chelem (6-2 6-1 6-4 en 88 minutes). Pour le reste, il s’est un peu agacé des accusations de la BBC et de BuzzFeed sur les paris truqués mais n’a pas bronché lorsque l’impétueux Bernard Tomic, vexé de la réponse mitigée apportée par le Maître à une question d’un média australien sur ses capacités, a voulu créer ce qu’il est convenu d’appeler un clash. «Si Federer pense que je suis loin du top 10, a dit Tomic, je pense aussi que lui est très loin du niveau de Novak Djokovic en ce moment».

Depuis deux ans, il est au sommet

Tomic mis à part, le milieu du tennis estime plutôt que Roger Federer n’a jamais été aussi performant. En décembre dernier, la publication de Swiss Tennis, Smash, et la revue allemande Tennis Magazin ont effectué un gros travail statistique pour vérifier cette hypothèse. Ils ont analysé les données disponibles pour le Bâlois afin de comparer ses résultats lors des deux dernières saisons à ses moyennes sur l’ensemble de sa carrière (depuis 2000). Pourquoi les deux dernières saisons? Parce que 2013 restera comme une rupture dans la carrière de Federer. C’est l’année où son dos le fait souffrir, bien qu’il n’en dise rien ou le moins possible. Il ne gagne qu’à Halle, tombe en demi-finale à Melbourne, en quart à Roland-Garros, en huitième à l’US Open et même au deuxième tour à Wimbledon. Son revers semble dépassé, son jeu de jambes manque de dynamisme, son service est moins performant. Federer soigne son dos, change de raquette et engage Stefan Edberg qui le convainc d’évoluer vers un jeu plus offensif lui permettant de gagner plus de points faciles. Les deux années suivantes, Federer remporte 11 titres et atteint 9 finales, dont trois en Grand Chelem, toutes perdues face à Novak Djokovic.

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Des statistiques supérieures, à celles de ses meilleures années

Au service, Roger Federer est indiscutablement meilleur que jamais. Sur les saisons 2014 et 2015, il a réussi 64% de premières balles, contre 62% en moyenne sur l’ensemble de sa carrière. Lorsque sa première balle passe, il fait le point dans 79% des cas sur les deux dernières années, et même 80% des cas sur la seule année 2015, son record depuis quinze ans! En carrière, son pourcentage de points sur le premier service est de 77%, contre 72% pour Nadal et Djokovic. Sur les seconds services, il est à 57% de réussite, aujourd’hui comme avant. Il sauve enfin plus de balles de break (69% en 2014 et 2015, 67% sur l’ensemble de sa carrière).

Le service de Federer n’est pas le plus puissant mais le plus précis, il frôle presque à chaque fois les lignes. Il lui permet de remporter en moyenne 88% de ses jeux de service, et même 92% depuis deux ans. Durant l’été 2015, il a ainsi gagné 115 jeux de service consécutivement. Roger Federer a également progressé ces deux dernières années en retour de service. Sur premiers services adverses, il gagne désormais 33% des points, une statistique égale à celles de Djokovic ou Nadal. Son fameux retour SABR («sneak attack by Roger») a marqué les esprits et imprimé l’idée d’un Federer moins attentiste. Il l’est en revers, où il n’abuse plus du slice. Les statistiques montrent également qu’il finit plus souvent ses points à la volée, où il conserve un très bon taux de réussite, souvent en deux temps (une volée à mi-terrain, l’autre au filet).

Son point faible: les balles de break

Reste son point faible: le pourcentage de balles de break converties. Aujourd’hui comme hier, il ne saisit l’occasion que dans 41% des cas. Sur l’année 2015 et sur ce seul élément du jeu, il n’est que le 30e joueur mondial. La finale de l’US Open 2015 illustre de manière caricaturale cette faiblesse. Face à Djokovic, Federer ne transforma que 4 de ses 23 balles de break (17%, contre 48% pour son adversaire). Féru de statistiques, son nouvel entraîneur Ivan Ljubicic a peut-être la solution à ce problème.


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