«Je n'ai rien à reprocher à David. Les défenseurs ne l'ont pas beaucoup aidé.» Marek Sykora, entraîneur d'un Sparta Prague finalement vainqueur aux tirs au but (6-5) des Russes du Metallurg Magnitogorsk lors de la deuxième journée de la Coupe Spengler, vole au secours de David Aebischer, le gardien sur qui il a misé le temps du tournoi grison. Le Fribourgeois, qui a encaissé quatre buts hier après-midi – sur 25 tirs cadrés – avant d'être invité à quitter la glace par le coach tchèque à la 44e minute, n'a pourtant pas brillé. Sorti sous les lazzi moqueurs du public davosien, le dernier rempart des Colorado Avalanches, parqué au HC Lugano en raison de la grève en National Hockey League (NHL), a vécu une sale journée. Mais le seul Suisse à avoir brandi la Coupe Stanley, le trophée suprême du hockey sur glace, en a vu d'autres.

Le Temps: Le Sparta Prague vous a choisi pour pallier l'absence de son gardien No 1 cette semaine. Qu'avez-vous ressenti lorsque l'entraîneur tchèque vous a demandé de sortir?

David Aebischer: En tout cas pas un manque de respect. Ce genre d'épisode est toujours décevant, mais le hockey est ainsi fait. Je suis responsable du troisième but et, sur certains rebonds, nous avons eu quelques problèmes de communication avec des défenseurs que je ne connais pas. C'est tout. Et malgré cette entrée en matière mitigée, je suis très heureux de jouer ici. J'en ai besoin.

– Le HC Lugano vous a engagé le temps du lock-out en NHL, mais vous êtes beaucoup moins souvent titularisé que Ronnie Rüegger. Comment vivez-vous cette situation?

– Il est évident que je ne m'attendais pas à cela. Je suis déçu. Chaque fois que j'ai été aligné (ndlr: douze rencontres pour une défaite à Langnau), je pense avoir réalisé de bonnes performances. Le reste du temps, je bosse dur à l'entraînement. Je ne peux rien faire de plus…

– Quelle est votre relation avec Larry Huras, l'entraîneur des Tessinois?

– Comme tout le monde, Larry a ses qualités et ses défauts. Je préfère ne pas en dire plus à ce sujet.

– Regrettez-vous de ne pas évoluer cette saison sous le maillot de votre club formateur Fribourg Gottéron, alors qu'un accord semblait avoir été trouvé?

– Les dirigeants fribourgeois m'ont déçu. On m'a longtemps affirmé qu'il n'y avait aucun problème, que tout le monde était content de m'accueillir à Saint-Léonard. Jusqu'à un retournement de situation quatre ou cinq jours avant le début du championnat. Ils ont prétendu qu'il s'agissait d'une affaire d'argent, mais je leur avais fait une proposition très correcte (ndlr: la rumeur évoque 300 000 francs pour la saison). J'étais même prêt à payer une bonne partie de mon assurance. Je n'ai pas compris.

– Quel est votre sentiment à propos du lock-out de NHL. Avez-vous l'impression de perdre une année de votre carrière?

– Il est clair que je préférerais toucher mon salaire (ndlr: 2,5 millions de dollars par année) et exercer mon métier pour les Colorado Avalanches à Denver. Mais nous sommes 700 joueurs dans la même situation et, comme 90% d'entre eux, je suis convaincu que nous avons de bonnes raisons d'agir de la sorte. Les propriétaires de club veulent nous imposer un plafonnement salarial et nous défendons nos droits.

– Cette grève vous permet de reprendre contact avec le championnat suisse. Comment jugez-vous son évolution?

– A mes yeux, le niveau de Ligue nationale A ne cesse de s'élever. Le phénomène est encore plus frappant cette saison, avec l'apport des joueurs de NHL. Et j'estime que le fait de jouer avec un cinquième étranger par équipe dès l'an prochain accentuera le processus. La concurrence se fera plus rude et les salaires vont baisser. A terme, ceux qui ont parfois du mal à dépasser leurs limites par confort se bougeront davantage.

– Le confort dont vous parlez est-il responsable du fait qu'en dehors de Martin Gerber et vous-même, aucun joueur helvétique n'ait jamais réussi à s'imposer en NHL?

– Il y a mille chemins pour réussir en NHL. Il faut du talent, de la force mentale et de la chance. Les Suisses qui ont tenté l'aventure outre-Atlantique jusqu'ici ont peut-être manqué de persévérance. J'ai beaucoup travaillé, je ne me suis jamais découragé, même lorsque je me suis retrouvé remplaçant en East Coast League (ndlr: ligue mineure nord-américaine).

– Avec le temps, quel souvenir gardez-vous de la conquête de la Coupe Stanley en 2003?

– Même si j'étais encore le gardien No 2 à l'époque, j'ai vécu des moments inoubliables. J'éprouve une immense fierté de compter à mon palmarès ce trophée qui équivaut à la Coupe du monde en football. Et maintenant que je suis titulaire, le regard des gens de Denver sur moi a changé.