Les grandes manœuvres ont commencé sur le front de l'hôtellerie, en vue d'accueillir des équipes de l'Euro 2008. Depuis lundi, soit au lendemain du tirage au sort effectué à Lucerne, les staffs techniques des nations engagées sur sol helvétique battent la campagne en Suisse romande et Outre-Sarine, à la recherche du gîte optimal.

Chaque fédération a reçu de la part de l'organisateur, voilà déjà plusieurs mois, un catalogue qui répertorie les hôtels présélectionnés: 18 établissements en Suisses, dont 8 côté romand, à proximité des stades de Genève et de Berne.

Les groupes de la compétition étant connus, l'heure du choix final approche. «Nous serons tous fixés d'ici à une semaine, estime Hansueli Egli, directeur du Royal Plaza de Montreux, qui a vu défiler ces derniers jours les délégations turques, portugaises, tchèques et roumaines.

«Nous avons aussi reçu la visite du Portugal et de la Turquie, mais également de l'Italie, confie de son côté Thomas Mächler, directeur de l'hôtel Beau-Rivage, à Neuchâtel. Lundi dernier, c'était la foire d'empoigne.»

Sur les huit équipes appelées à disputer leur phase de poules en Suisse (groupes A et C), trois ont déjà affiché une préférence: sauf revirement de dernière minute, les Pays-Bas s'installeront au Beau-Rivage Palace de Lausanne, tandis que les Français établiront leur camp de base au Mirador Kempinski, juché sur le Mont-Pèlerin. Quant à la «Nati», elle sera retranchée à Feusisberg, comme à son habitude. Aux dernières nouvelles, les négociations restent ouvertes pour l'Italie, le Portugal, la Turquie, la République tchèque et la Roumanie. A noter que l'Allemagne, qui jouera en Autriche, a jeté son dévolu sur un palace du Tessin, et qu'elle a prévu de se déplacer en avion.

Pour qu'un hôtel soit susceptible d'accueillir une sélection nationale, il doit satisfaire à une avalanche de règles, édictées par l'UEFA. «Le contrat que nous avons signé avec Euro 2008 SA comporte plus de vingt pages», indique Hansueli Egli, au Royal Plaza de Montreux. Entre autres requêtes, il est ainsi demandé aux hôtels d'aménager un étage (ou une aile entière) exclusivement dévolu à l'équipe et à son encadrement. Par ailleurs, les établissements candidats doivent disposer d'un minimum de 65 chambres, ainsi que d'un fitness, de salles de massage et de réunions dédiées. Un accès facilité à l'hôtel constitue également un critère déterminant.

«Les équipes recherchent d'abord la tranquillité et la sécurité, observe encore Hansueli Egli. Surtout les grandes nations, beaucoup plus sollicitées par le public et les médias. Je sais par des collègues allemands qu'accueillir des équipes comme la France, l'Italie ou l'Angleterre (ndlr: non qualifiée pour cet Euro) nécessite un dispositif adapté. Les stars restent très attachées à leur confort. Une vedette comme David Beckham, par exemple, mobilise deux personnes à elle toute seule. Et aux abords de l'hôtel, c'est l'émeute au moindre déplacement.» Quand les paparazzi, armés de téléobjectifs, ne s'invitent pas carrément dans l'intimité du groupe... On se souvient de clichés dérobés, trahissant un Fabien Barthez accro à la cigarette, ou dévoilant un David Beckham (encore lui) en caleçon. Le zèle sans limite de la presse people pousse même parfois à la faute le personnel hôtelier, soudoyé pour de menues infos exclusives.

Pour préserver au mieux leur intimité, certaines équipes exigent de disposer d'un hôtel entier. C'est le cas de la France, qui, déjà lors de l'Euro 2004 au Portugal, avait pris ses quartiers dans un palace inaccessible qui lui était entièrement réservé. Car deux ans plus tôt, les Bleus avaient pâti de leurs conditions d'hébergement durant la Coupe du monde Corée-Japon, incommodés par la promiscuité avec les clients de l'hôtel Sheraton, à Séoul, où ils étaient descendus (en fait, les joueurs de l'équipe de France disposaient bien de salons privés pour leurs repas, mais pour s'y rendre, il leur fallait croiser d'autres personnes ou sollicitations).

La leçon a donc été retenue, et le Mirador Kempinski, s'il est élu, prendra des allures de camp retranché au mois de juin prochain. De toute évidence, un périmètre de sécurité sera établi, filtrant l'accès à l'hôtel. «Concernant l'organisation et le dispositif de sécurité, rien n'a encore été discuté, explique pourtant Eric Favre, directeur de l'hôtel vaudois. Et pour cause: l'affaire n'est pas conclue. J'attends toujours la réponse de la délégation française qui s'intéresse également à un hôtel autrichien. Le verdict devrait tomber demain matin (ndlr: aujourd'hui).»

A l'hôtel Beau-Rivage Palace, sur les quais d'Ouchy, on anticipe également une confirmation imminente de la part des Hollandais. «Nous entretenons une très bonne relation avec l'équipe des Pays-Bas, assure le directeur François Dussart. Comme nous l'avons déjà accueillie par deux fois, lors des phases préparatoires de l'Euro 2004 et de la Coupe du monde 2006, nous connaissons bien ses besoins.» A l'instar de toutes les équipes, la formation batave débarquera avec ses cuisiniers, que le personnel local se chargera d'épauler. Une collaboration éprouvée qui «fonctionne très bien», selon François Dussart.

Mais contrairement à la sélection tricolore, la formation des Pays-Bas - si elle opte finalement pour le Beau-Rivage - se contentera d'occuper une partie du palace. «Pour nous, il est exclu de bloquer tout l'hôtel pour une seule équipe, déclare le directeur. Nous disposons en effet de 169 chambres (ndlr: contre 74 à l'hôtel Mirador) et la demande est toujours très forte au beau milieu de l'été.» Ainsi, malgré le statut un peu particulier de leurs possibles pensionnaires, aucun rabais de circonstance n'aurait été consenti à Ouchy. Les autres établissements laissent également entendre qu'ils ont maintenu leurs tarifs.