Le suspense était maigre, et il ne fallait pas compter sur Aleksander Ceferin pour le faire durer davantage que nécessaire. Quelques dizaines de secondes après son arrivée sous les feux des projecteurs, à Nyon, le très peu bavard président de l’UEFA avait déchiré l’enveloppe, extrait son contenu et lâché le morceau: l’organisation de l’Euro 2024 revient à l’Allemagne, au détriment de la Turquie.

Ce n’est pas une surprise. Dans son rapport d’évaluation, l’instance qui orchestre le football européen saluait déjà «une candidature de très haute qualité» quand sa concurrente, bien qu'«en adéquation avec les objectifs à long terme de l’UEFA», souffrait de la situation économique en dégradation dans le pays ainsi que d’interrogations quant au respect des droits de l’homme. Les 17 membres du comité exécutif de l’organisme autorisés à voter (le président de la Fédération allemande Reinhard Grindel et le vice-président de la Fédération turque Servet Yardimci ne l’étaient pas) n’ont pas déjoué les pronostics.

Un scandale a posteriori

En plus de soixante ans d’histoire de cette compétition, ce sera la première fois que l’Allemagne accueillera le Championnat d’Europe des Nations. Mais le pays ne manque pas d’expérience après avoir accueilli en 2006 une Coupe du monde qui avait enchanté les visiteurs par son organisation parfaite, et que les habitants se remémorent comme un «conte d’été».

Le tableau idyllique a été noirci par les soupçons d’achat de votes pour obtenir l’attribution du tournoi – une enquête est en cours – mais le scandale impliquant notamment l’ancienne gloire Franz Beckenbauer n’a pas suffi à refroidir les responsables de l’UEFA, ravis de pouvoir offrir l’Euro à un pays aux stades déjà construits, aux infrastructures éprouvées et à la culture foot affirmée.

Des JO pour se consoler?

Quant à la Turquie, elle n’en finit plus de repartir déçue. C’est déjà la quatrième fois que sa candidature est rejetée, malgré des arguments forts (stades modernes, aéroport gigantesque, situation géographique stratégique entre l’Europe et l’Asie). L’Euro 2016 lui avait filé sous le nez pour une petite voix au détriment de la France. Peut-être se consolera-t-elle avec les Jeux olympiques d’hiver 2026? La ville d’Erzurum, dans l’est du pays, demeure l’une des trois dernières villes candidates alors qu’elles étaient encore une dizaine, dont Sion, au printemps.

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Mais pour l’Euro, c’est raté. En 2020, il vivra une édition très particulière avec ses 51 matchs répartis dans douze villes d’autant de pays différents; une idée portée par Michel Platini lorsqu’il était encore président de l’UEFA, pour fêter les soixante ans de la compétition. Ensuite, retour à la normale, en terrain connu, et pas très loin de la Suisse. En 2006, plus de 100 000 personnes avaient franchi la frontière pour soutenir la Nati à la Coupe du monde. Joueur de la Mannschaft devenu directeur du comité d’organisation du tournoi, Philipp Lahm promet à toute l’Europe «une énorme fête».